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Beau, bon, bien Bénabar

Mis en ligne le 14.03.2002 à 00:00

Découverte 32 ans, caustique, tendre et loustic, le Parisien chante à Bulle et à Genève.

L'Hebdo; 2002-03-14

Beau, bon, bien Bénabar

Découverte 32 ans, caustique, tendre et loustic, le Parisien chante à Bulle et à Genève.

L'accordéon s'étire sur un air à danser. Le chanteur se lève «A notre santé» et le groupe, bonhomme, l'accompagne en choeur: «Est-ce ma faute à moi si j'aime le café et l'odeur du tabac, me coucher tard la nuit me lever tôt l'après-midi.» Sur cette scène alsacienne, il cause, il cause Bénabar, blague entre les morceaux, son timbre paille de fer et ses mèches en pétard: «Tiens, on dirait que ce soir, j'ai la voix d'Annie Girardot.» Veston consciencieusement plié à côté du piano électrique, il débute en solo une histoire de vélo, et comme son héros le minot, trébuche. Patatras, adieu couplet, bonjour impro. Ça rigole et ça danse dans la salle complice. Le chanteur remonte en selle: «Les paumes incrustées de gravier, ça fait mal et pis ça pique. C'est surtout vexant de tomber en public.»

On ne le connaissait pas Bénabar. 32 ans, presque un nouveau venu de la chanson, la française, la classique pour ainsi dire, plus Brel-Brassens, voire Fersen, que rock ou intimiste. A la scène, il est en costard noir, mais le reste de la journée, fraîcheur oblige, noue un cache-nez bleu et porte un pantalon écossais. Une cigarette chasse l'autre, le verbe est vif et son regard pétille. Il doit son présent succès à son deuxième album «Bénabar» et à un trajet en taxi: «Henri Salvador y a entendu l'une de mes chansons à la radio et m'a demandé de l'accompagner lors de sa dernière tournée. Une chance inouïe. Et surtout l'occasion de vivre le métier à l'ancienne, avec rideau rouge, pupitres et soirées de gala.» Sur scène, le titi parisien né dans un pavillon d'Evry s'agite beaucoup, danse, bondit, se laisse tomber, harangue ses musiciens... et perd parfois sa voix, «comme à Genève lorsque j'ai passé avant Salvador. Mais depuis, je prends des cours et je fais gaffe.»

Ces jours prochains, il chante en Suisse, sur le haut de l'affiche ce coup-ci. L'occasion de retrouver ses amis le Bel Hubert, Michel Bühler et surtout le Soldat Inconnu avec qui il partage un goût pour les ambiances de cabaret et les fanfares: «J'ai joué de la trompette quand j'étais petit. Avec une casquette bien trop grande pour moi. J'adore la chaleur, le côté dérisoire d'une fanfare quand les uniformes sont plus rutilants qu'un costume de général mexicain. C'est une musique qui me touche et qui peut être très triste.»

Bénabar rigole, il aime faire rire les autres. Né Bruno, il a même débuté musicalement dans un duo au patronyme de clown, Patchol et Bénabar, avant d'enregistrer sous son seul nom «La pt'tite monnaie». Mais ses chansons savent aussi conter le tendre, l'épicier arabe, la fille esseulée ou la compagne endormie «à poings fermés»: «A qui parle-t-elle quand elle dort la nuit, prononce des onomatopées, des petits cris, collée à moi et pourtant si lointaine, elle me manque déjà, je voudrais qu'elle revienne.» A la maison, «il y avait "Télérama" sur la table», un grand frère qui écoutait Renaud, une maman libraire et un papa régisseur de cinéma. C'est ce domaine qu'il explore en premier, plutôt que la musique dont il dit «ne rien connaître ou presque». Il signe des courts-métrages, obtient un prix avec «José Jeannette» et officie comme scénariste ou gagman chez Canal Plus, écrivant les épisodes de la série «H» (avec Djamel) ou peaufinant les éditos de Bruno Gaccio. Un travail à la chaîne «où l'on doit rire de tout, de Miss France à l'euthanasie, pas toujours pour le meilleur, mais cela m'a appris à ne pas être indulgent avec mes textes».

De cette époque, le chanteur garde un don d'observation remarquable et un talent pour ficeler une histoire de tous les jours en quelques phrases. «Je ne suis pas un mystérieux. Mes chansons sont plutôt directes et sincères. A les écouter, on devine quel type il y a derrière.» Et parfois, Bénabar décrit ce qu'il connaît le mieux, à savoir sa propre existence. Ainsi, cette fête d'anniversaire en Bretagne: «Encore deux bourriches d'huître à ouvrir, ce qui nous fait 72 bonnes raisons d'avoir des points de suture. Les filles sont dans le salon, parce qu'écailleur c'est masculin. Où sont les féministes quand il s'agit de s'ouvrir les mains?»

Thierry Sartoretti, Mulhouse

«Bénabar». Zomba/Musikvertrieb.

Genève. Festival Voix de Fête. Casino Théâtre. Bénabar, Général Alcazar, La Teuf. Sa 23, 20 h 30. Le festival présente aussi Miro (le 15), Nicolas Reggiani (le 16), Richard Desjardins (le 17), les Ogres de Barback (le 21)... Rens. 022 343 49 98. Bulle. Hôtel de Ville, Francomanias, Me 8 mai.

Bénabar Du côté de chez Brel, Brassens et Fersen.




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