«La poursuite de la reprise alimente le redressement des matières premières», constatent Joe Prendergast – responsable de la stratégie sur les devises et les matières premières dans l’unité de recherche du Private Banking et de l’Asset Management du Credit Suisse – et son collègue Sven Schubert – spécialiste des marchés émergents – dans le numéro d’octobre de l’édition suisse du Research Monthly de la grande banque.
«LES ENTREPRISES MINIÈRES ONT DES CASH-FLOWS ÉLEVÉS, S’EFFORCENT D’ABAISSER LEURS COÛTS ET ONT RESTAURÉ LEURS BILANS.» Joe Prendergast et Sven Schubert, Credit Suisse
Les deux auteurs relèvent que «la correction des cours des métaux de base, alors que la reprise économique se poursuit, a créé un potentiel de rattrapage qui commence à se matérialiser, les prix ayant repris le chemin de la hausse après une période de faiblesse au début de l’été.»
Une tendance a priori durable, car «les consommateurs physiques, qui ont retardé leurs achats dans un contexte de montée des incertitudes économiques, sont aujourd’hui contraints de revenir sur le marché, face à une demande qui se révèle plus forte qu’attendue.»
Une constatation confortée par une analyse de l’état des stocks de métaux industriels: aluminium, cuivre, étain, nickel, plomb et zinc. Les niveaux de ces réserves «chutent partout.» Et les deux spécialistes d’anticiper «de nouvelles baisses des stocks des marchés», qui «devraient constituer le tremplin nécessaire à une hausse durable des métaux de base». Ils recommandent à la fois les investissements directs en métaux industriels et les placements indirects.
Actions minières. Les métaux de base n’étant pas, pour l’heure, un placement facilement accessible à l’investisseur particulier, ces experts conseillent une exposition à ce thème via les titres de sociétés minières: «Avec le rebond des métaux de base, les actions minières devraient également se redresser, la hausse de la demande entraînant une augmentation des volumes de production et une amélioration de la rentabilité.»
De plus, «ces actions présentent d’ores et déjà des fondamentaux attrayants. Les entreprises minières génèrent des cash-flows élevés, s’efforcent d’abaisser leurs coûts et, dans le même temps, ont restauré leurs bilans.»
En outre, «l’offre de BHP Billiton sur Potash Corp. pourrait être le point de départ d’une nouvelle vague de fusions-acquisitions dans le secteur, les entreprises disposant de trésoreries importantes et cherchant à diversifier et à renforcer leurs portefeuilles de matières premières».
Entre-temps, BHP Billiton et Rio Tinto, respectivement deuxième et troisième producteurs mondiaux de minerai de fer, ont renoncé à la création d’une coentreprise dans le domaine du minerai de fer: un projet pesant 116 milliards de dollars (111 milliards de francs) qui visait des économies de 10 milliards de dollars grâce à des synergies.
Ce sont toutefois les réticences de plusieurs agences de protection de la concurrence qui ont fait capoter ce projet, et non une analyse plus poussée de son intérêt économique pour les deux firmes. La tendance aux rapprochements entre sociétés minières reste forte.
Autre raison de miser sur les titres de minières, relevée par les experts du Credit Suisse: «Avec des PER compris entre 7 et 8 fois les résultats attendus pour 2010/11, le secteur se négocie à des niveaux attrayants et considérablement inférieurs à son PER historique de 14 fois.»
Nouveaux produits financiers. L’investisseur individuel convaincu que les métaux de base sont au nombre des valeurs tangibles qui commencent à faire figure de refuges sur fond de guerre larvée des monnaies susceptible d’entraîner une dévaluation de plusieurs devises – dont la première monnaie de réserve, le dollar – n’a guère d’autres choix pour miser sur ces matières premières indispensables à de nombreuses productions.
LES PRÉCIEUSES «TERRES RARES», INDISPENSABLES AUX INDUSTRIES DE L’AVENIR, SERVENT DÉJÀ D’ARGUMENT CHOC ENTRE LA CHINE ET LE JAPON.
Même s’il ne souhaite pas forcément s’exposer aux risques industriels propres aux entreprises d’extraction, ni prendre un risque de change lié à la nationalité de l’entreprise extractrice et au fait que nombre de matières premières sont cotées en dollars. Acheter directement du cuivre ou du nickel et en assurer le stockage n’est pas à la portée du petit épargnant.
Celui-ci ne peut que souhaiter que l’engouement pour les ETF sur métaux précieux constituant des stocks physiques amène à la création de nouveaux instruments financiers suivant les cours du cuivre, du nickel ou du zinc et stockant lesdits métaux.
Quant aux précieuses «terres rares», indispensables au développement des industries de l’avenir, elles servent déjà d’argument choc dans un conflit entre la Chine et le Japon; Pékin ayant décidé d’en suspendre les exportations vers Tokyo. Avant de devenir, peut-être, elles aussi un thème de placement prometteur.
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