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Par Antoine Menusier - Mis en ligne le 19.09.2012 à 14:28 |
Au début du troisième millénaire, les superhéros étaient des geeks, ces boutonneux de l’internet qui avaient conquis le monde. Asthmatique, asexué, le jeune Pascal Ertanger deviendrait le plus puissant d’entre eux, en France du moins. On s’essaie là, modestement, à la prose d’Aurélien Bellanger, l’auteur de La théorie de l’information, son premier roman. Cette chair fraîche de 32 ans, philosophe de formation, a sonné à la porte des Editions Gallimard avec une lettre de recommandation de près de 500 pages rédigée par ses soins. La théorie de l’information, qui fait référence à Claude Shannon, mathématicien américain, modélisateur de la communication entre machines via l’encodage des bits, qu’un article scientifique de sa main, paru en 1948, rendra célèbre, raconte l’épopée glaçante et triomphante de l’informatique, dont Pascal Ertanger, issu de la classe moyenne pavillonnaire du sud parisien, né en 1967, est, ici, le personnage central. Derrière lui on reconnaît Xavier Niel, le fondateur de Free, l’un des principaux fournisseurs français d’accès à l’internet et quatrième opérateur de téléphonie mobile, depuis son entrée remarquée sur ce marché en janvier dernier. S’amuser, dit-il. Ecrit au passé, plaqué sur notre époque, le roman ressemble à un récit de science-fiction où l’humanité glisse dans une féerie froide gérée par des machines. L’irréel a remplacé le réel. L’adolescence de Pascal Ertanger est celle des jeux de rôles, du physique sans grâce, de l’expérience de la mort – il réchappe miraculeusement d’une crise d’asthme. Il est un personnage spielberguien contrarié, un faux faible doué d’une puissance messianique. Il se lance à 20 ans dans le Minitel rose, empoche des millions de francs, investit dans les peep-shows, s’y rince l’œil sans plaisir, découvre l’amour au contact d’Emilie, une artiste-hôtesse. Il se fiche des conventions étriquées du haut patronat d’Etat, mais progresse intelligemment, noue des alliances avec des énarques atypiques, Jean-Marie Messier, le futur dirigeant de Vivendi, est l’un d’eux. L’âge de la communication et du divertissement est arrivé. Messier se cassera la gueule, Ertanger non, qui passera à travers l’effondrement de la bulle internet, au début des années 2000.
ÉCRIT AU PASSÉ, PLAQUÉ SUR NOTRE ÉPOQUE, LE ROMAN RESSEMBLE À UN RÉCIT DE SCIENCE-FICTION.
Ertanger n’est pas un vulgaire créateur de start-up motivé par le fric, il a une vision paranormale de l’univers qui fera sa fortune. Dans la troisième et dernière partie du livre, l’auteur pousse à fond les moteurs de la machine: il montre Ertanger, milliardaire retiré des affaires, qui s’emmerde donc, entreprendre des choses folles. Bellanger considère Houllebecq, l’auteur des Particules élémentaires, comme son maître. Il lui a consacré un essai, Houellebecq, écrivain romantique (Editions Scheer). Néobalzacien dans l’intention, il brosse, sans affects apparents, le tableau de l’époque. Les descriptions savantes, parfois incompréhensibles, mais lisibles et toujours sensorielles, disent l’impossibilité du sentiment. La critique a bien accueilli La théorie de l’information. Libération et Les Inrockuptibles ont aimé, Télérama un peu moins. Pourtant roman phare de la rentrée littéraire, il n’a pas été retenu par les jurés du Goncourt dans leur première sélection. Ceux du Médicis oui, tout comme ceux du branché prix de Flore. Clic final en novembre. «La théorie de l’information». D’Aurélien Bellanger. Gallimard, 487 p. |









