On n’avait pas vu cela depuis longtemps: le président de la Poste Claude Béglé semble provoquer les attaques en série, les coups bas à répétition, les contrevérités assassines. Son ministre de tutelle Moritz Leuenberger vient certes de lui sauver la mise. Mais pour combien de temps? On ne comprend pas cet acharnement sans revenir sur la personnalité de Claude Béglé. L’homme semble venu d’une autre planète. Trop expansif, avec ses longs bras qui semblent vouloir embrasser le monde entier; trop bavard dans un milieu où la sincérité s’apparente à de la candeur; trop narcissique dans une entreprise, la Poste, où la sobriété et la retenue s’expriment jusque dans le silence qui règne à midi au réfectoire du siège bernois. Indubitablement, son besoin presque maladif de briller dans les médias lui joue de mauvais tours. Peut-il le brider? Il le faudrait, sous peine de nouvelles et cruelles déconvenues. C’est en tout cas ce que lui conseillent ceux qui, autour de lui, le soutiennent et croient qu’il peut encore redresser la barre.
Engagé pour conduire la Poste dans une ère nouvelle, le Vaudois s’est d’ailleurs d’emblée heurté à ses prédécesseurs, qu’il nomme volontiers «la vieille garde»: l’ancien président Anton Menth, un homme effacé, au maigre bilan, mais à la haine tenace. Et l’inoxydable Ulrich Gygi, aujourd’hui président des CFF, qui a su mener le géant jaune sur le chemin des premières réformes: réduction de l’emploi dans le secteur en recul des lettres et des paquets, développement rapide (mais discret) de PostFinance. La leçon de cette affaire? Dans le marigot fédéral, on prend des risques à s’aliéner les crocodiles des ex-régies et de la haute administration. De toute évidence, malgré son intelligence exubérante (ou à cause d’elle), Claude Béglé n’a pas compris les réseaux du pouvoir bernois. Et les raisons de la méfiance qu’il suscite.
Mais cette bégléphobie épidermique s’explique aussi par un réflexe panique à l’énoncé de tout projet d’expansion à l’étranger. Qu’on en soit seulement à esquisser des scénarios, sans articuler de chiffres précis, et c’est malgré tout la curée: ce type est fou, il va nous ruiner... Les affaires Swissair et Swisscom ont laissé des traces profondes. Le parallèle avec Nestlé? Le président de la Poste parle trop, sans doute. Mais il pose les bonnes questions.
Car, pour éviter l’effritement du service public, après le refus du Conseil fédéral d’accorder à la Poste une licence bancaire, il est vital de trouver des relais de croissance, selon l’expression consacrée. Maintenant, et pas dans cinq ans, lorsqu’il sera trop tard. On ne peut pas refuser la fermeture des bureaux postaux dans les vallées les plus reculées et, dans le même temps, bloquer toute réflexion sur de nouvelles sources de revenus. En Suisse, et à l’étranger. Populistes, ou simplement un brin schizophrènes, ceux qui tirent à boulets rouges sur Claude Béglé font semblant d’oublier cette réalité. Des idées originales, des propositions constructives sur l’avenir de la Poste? Ils n’en ont jusqu’ici énoncé aucune. Trop facile.
Le président de la Poste parle trop. Mais il pose les bonnes questions.
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