ARCHIVES
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ARCHIVES >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Ben Laden, valeur à la baisse

Mis en ligne le 06.09.2006 à 00:00

L'Hebdo; 2006-09-06

Ben Laden, valeur à la baisse

TERRORISME Cinq après les attentats de 2001, le leader d'Al-Qaïda reste un puissant symbole pour le monde musulman. Mais il est devenu un souci secondaire pour l'administration américaine. Par Michel Audétat.

Quand fut déclenchée l'intervention en Afghanistan, un des fils d'Oussama Ben Laden déclara que les Américains ne trouveraient jamais son père, que ce dernier s'était «dissous dans le paysage». Il n'avait pas tort: cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, le leader d'Al-Qaïda reste aussi insaisissable. On dirait un fantôme qui hante l'actualité. C'est une voix ou (plus rarement) une image qui ressurgit à dates régulières au gré de ses communiqués, tantôt sur les écrans de la chaîne de télévision qatarie Al Jezira, tantôt sur un site web islamique, pour évoquer la Palestine, le Darfour, l'Irak ou encore les Etats-Unis. Ben Laden ou l'arlésienne du djihad.

T-shirts, posters et briquets En même temps qu'il s'est dissous dans le paysage, son image s'est mise à se répandre. Son visage est apparu sur des t-shirts, des posters, des briquets, des montres, en fond d'écran d'ordinateurs portables. Des bazars pakistanais aux marchés indonésiens, l'image circule, suscite l'engouement, prolifère d'autant plus que le personnage est devenu fantomatique. Dans Vie et mort de l'image (Gallimard, 1995), Régis Debray notait que «toutes les grandes secousses populaires, dans l'histoire de l'Occident - des croisades à la Révolution - se présentent comme des déflagrations iconographiques». Avec Ben Laden, cela paraît vrai, pour l'Orient aussi. Il passe désormais pour un symbole vengeur qui lave l'honneur de l'islam face à l'Amérique arrogante et criminelle.

Lorsqu'on descend du symbole au réel, on s'engage dans un dédale de spéculations. Où se trouve Ben Laden? Est-il mort ou vivant? A-t-il été remplacé à la tête d'Al-Qaïda par son bras droit, l'intellectuel égyptien Ayman al-Zawahiri? Depuis les attentats de 2001, on vit au rythme d'enquêtes et de témoignages contradictoires qui finissent pas donner le tournis.

Le problème de la localisation est le plus discuté. Peter L. Bergen, grand reporter américain et spécialiste du terrorisme auprès de CNN, estime, dans son Ben Laden insaisissable (Michel Lafon) paru au début de l'été, qu'il est impossible de répondre à cette question, «sauf à dire qu'il se trouve probablement dans la région frontalière entre Afghanistan et Pakistan». C'est vague: cette frontière s'étend sur 2500 kilomètres, soit la distance de Genève à Moscou.

Pistes brouillées Journaliste d'origine algérienne, Mohamed Sifaoui avait voulu se montrer plus précis. Au terme d'une enquête sur le terrain, il a écrit Sur les traces de Ben Laden (Le Cherche Midi, 2004), et son livre soutient que l'homme traqué aurait trouvé refuge au Waziristan, dans le nord-ouest du Pakistan. Quant au célèbre reporter britannique Robert Fisk, qui a rencontré Ben Laden à plusieurs reprises avant 2001, il a soulevé dans La grande guerre pour la civilisation (La Découverte, 2005) une hypothèse moins courante: «Ben Laden a fui en passant par le Pakistan. Probabilité. Ben Laden est maintenant en Arabie saoudite. Certitude croissante.» Mais Robert Fisk ajoute aussi: «Pour un journaliste, parler de Ben Laden à présent est l'une des tâches les plus difficiles qui soient.»

Autre possibilité: Ben Laden se terrerait non dans une grotte mais dans une zone urbaine. A tout prendre, à supposer que Ben Laden soit encore en vie, ce dont il doute, c'est l'hypothèse que privilégie Richard Labévière, auteur de Oussama Ben Laden ou le meurtre du père (Favre, 2002) et journaliste à RFI: «Les structures d'accueil d'une ville comme Karachi, incontrôlée et incontrôlable, sont certainement plus adaptées que les zones tribales du Pakistan.»

L'enseigne Al-Qaïda Mais Richard La- bévière souligne aussi que «cette question est dépassée aujourd'hui». Avec l'intervention en Afghanistan, Al-Qaïda a perdu ses bases territoriales: «Désormais, la menace terroriste vient de réseaux très autonomes qui se développent en rhizomes et utilisent l'appellation Al-Qaïda comme une sorte de franchise. En outre, pour les Américains, la vraie question est maintenant celle d'un éclatement possible de l'Irak qui contaminerait tout le Proche et Moyen-Orient. En regard de cela, Ben Laden n'est plus qu'un épiphénomène.»

C'est pourquoi l'islamiste d'origine jordanienne Abou Moussab al- Zarkaoui (mort en Irak, en juin dernier) a pu le remplacer dans le rôle de l'ennemi public No 1. Et c'est aussi pourquoi la CIA vient de dissoudre, au début de juillet, la cellule chargée de mettre la main sur le leader historique d'Al-Qaïda. En septembre 2001, l'administration américaine avait promis une prime de 25 millions de dollars à qui permettrait la capture de Ben Laden. Cinq ans plus tard, il n'est vraiment pas sûr que sa valeur soit toujours aussi élevée. |

Al JeZIRA En avril dernier, la célèbre télévision qatarie a révélé le dernier message audio de Ben Laden. Il y dénonce «la guerre des croisés et des sionistes contre l'islam».




Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.