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Benedikt Weibel - Monsieur Eurofoot

Mis en ligne le 12.06.2008 à 00:00

L'Hebdo; 2008-06-12

Benedikt Weibel - Monsieur Eurofoot

Jusqu’en 2006, ce fut le pape du rail européen avec ses trois casquettes de patron des CFF, de président de l’Union internationale des chemins de fer et de conseiller d’administration de la SNCF, au point d’être un des rares Suisses à se voir décorer de la Légion d’honneur. Le revoilà sur le devant de la scène à titre de Monsieur Eurofoot.

En amoureux de la montagne, Benedikt Weibel a d’abord décroché un diplôme de guide en 1971. Mais c’est une autre ascension qu’il entame au pas de charge, celle de la hiérarchie des CFF dont il atteint le sommet en 1993. Il préside la direction générale durant quatorze ans jusqu’en 2006. En tant que délégué du Conseil fédéral pour l’Euro 2008, Benedikt Weibel revient à un amour de jeunesse. En tant que supporter des Young Boys, il fête quatre titres nationaux d’affilée dans les années 50. «Le football est une des rares langues universelles du monde», confie-t-il. Lors d’une toute récente visite en Inde, il s’est ému de cette image: dans un cloître bouddhiste, des moines jouent au foot avec une sorte de balle en laine. L’Euro, qui a débuté le 7 juin, s’annonce plus agité... Benedikt Weibel ne pourra guère jouir du spectacle. Sauf lors de la finale à Vienne, lorsque tout sera terminé en Suisse.v

LA FAMILLE

TROIS ENFANTS Il est marié depuis trente et un ans avec Verena, sa seconde femme. Il est père de trois enfants: Thomas (36 ans) de sa première épouse, puis David (30 ans) et Xavier (28 ans), ancien champion suisse de décathlon.

LES FORMATEURS

ROGER DESPONDS Cet ancien président de la direction générale des CFF l’engage en 1978 comme son assistant et l’envoie très vite pour un cours de six mois à l’EPFL. «Il a été comme un père pour moi. Il m’a constamment soutenu», dit Benedikt Weibel. Plus tard, celui-ci est pressenti pour succéder à Adolf Ogi à la tête de l’Association suisse de ski. Roger Desponds l’en dissuade. Il veut en faire le secrétaire général des CFF et l’envoie six mois pour un «stage» chez Pierre Arnold à la Migros.

Carlos Grosjean LE NEUCHATELOIS PRESIDE LE CONSEIL D’ADMINISTRATION LORSQUE BENEDIKT WEIBEL DEVIENT SECRETAIRE GENERAL DES CFF EN 1983. «UN VRAI LIBERAL, TRES CULTIVE.» LORSQU’IL EST NOMMÉ, LE SOLEUROIS EST DÉJÀ MEMBRE DU PARTI SOCIALISTE, MAIS PERSONNE – À PART ROGER DESPONDS – NE LE SAIT. PIQUANT: LES SOCIALISTES DU CONSEIL VOTENT CONTRE LUI...

LES RELAIS POLITIQUES

ADOLF OGI Alors ministre des Transports, le conseiller fédéral porte Benedikt Weibel à la présidence de la direction des CFF. Récemment, il lui a demandé de reprendre la présidence de la fondation du site Jungfrau-Aletsch-Bietschhorn inscrit au patrimoine de l’Unesco. Adolf Ogi en préside toujours le comité de patronage aux côtés de célébrités telles que Kofi Annan, Jakob Kellenberger ou encore Peter Brabeck.

ULRICH GYGI Le patron de La Poste – le partenaire le plus important des CFF – est comme lui un ancien assistant de l’Université de Berne et de son Institut de la gestion d’entreprise. Il fait aussi partie du «groupe du lundi» qui se réunit régulièrement en début de semaine au Sole mio à Berne.

PETER SIEGENTHALER Un autre ancien assistant de l’Uni de Berne et membre du «groupe du lundi». Le directeur de l’administration fédérale des Finances, très médiatisé lors du grounding de Swissair en 2001, est l’un des hommes les plus puissants de l’administration. «Négocier avec les bons amis est un art difficile, mais Peter a toujours été très correct», relève Benedikt Weibel. Reste à trouver une solution pour financer la caisse de pension des CFF, un problème lancinant depuis plus de dix ans.

LES HOMOLOGUES EUROPEENS

HARTMUT MEHDORN L’inamovible patron de la Deutsche Bahn est un véritable bulldozer: c’est lui qui opère la privatisation du géant du rail allemand, sans obtenir celle des infrastructures, qui restent la propriété de l’Etat. Il côtoie le Suisse au sein de l’Union internationale des chemins de fer (UIC). Tous deux passent chaque année quelques jours de vacances en Camargue où l’Allemand possède une maison.

LOUIS GALLOIS L’actuel patron du groupe EADS a présidé la SNCF de 1996 à 2004. C’est lui qui impose un «étranger» au sein du conseil d’administration, une révolution dans le monde fermé du rail français. Une solide amitié lie les deux hommes.

HUBERT HAENEL Spécialiste du rail, le député alsacien a toujours voulu siéger à côté de lui au conseil d’administration de la SNCF, qu’ils ont quittée ensemble en février 2008. C’est lui qui propose d’attribuer la Légion d’honneur au patron des CFF. «J’ai rigolé en apprenant la nouvelle, tant ce genre de distinction n’est pas suisse, où seule la modestie est reine», dit Benedikt Weibel. Comme une disposition interdit à un Suisse de l’accepter dans le cadre d’une fonction, Benedikt Weibel doit attendre sa retraite pour être décoré.

LES EX-PATRONS

THIERRY LALIVE D’EPINAY Le président démissionnaire du conseil d’administration a souvent été le bouc émissaire des cheminots. Arrivé en 1999, il supervise la mue de la régie en compagnie de droit privé. Après une comparaison des salaires, le CA des CFF propose de rehausser celui de Benedikt Weibel de 380 000 à 720 000 francs. Ce dernier refuse. Il se contentera de 400 000 francs, avec un bonus maximal de 200 000 francs.

Jules Kyburz PRESIDENT DU CA DES CFF JUSQU’EN 1998. IL SOUTIENT SON MANAGER LORSQUE BENEDIKT WEIBEL PROPOSE UN GEL DES SALAIRES DES CHEMINOTS EN 1996 POUR ECONOMISER 100 MILLIONS PAR AN BIEN QU’IL SOIT SCEPTIQUE SUR CETTE MESURE. BENEDIKT WEIBEL DOIT ALORS FAIRE FACE A UNE DEMANDE D’EXCLUSION DU PS. «LORS D’UNE ASSEMBLEE A DAVOS, JE M’ATTENDAIS A ETRE SIFFLE, MAIS J’AI ETE APPLAUDI.»

L’ADVERSAIRE

ERNST LEUENBERGER «Je n’ai pas d’adversaire», clame Benedikt Weibel. Certes, le conseiller aux Etats soleurois, ancien patron du syndicat des cheminots, n’est ni l’un ni l’autre. Leurs personnalités sont pourtant très antagonistes. Benedikt Weibel est fonceur et sportif, Ernst Leuenberger est intello et amateur de cigares cubains. Au gymnase, c’est le second qui gifle le premier, coupable d’avoir troublé une leçon d’anglais. Tous deux en rigolent aujour-d’hui: «Benedikt Weibel a été un bon chef des CFF, un patron engagé et très crédible auprès du Conseil fédéral», dit l’ex-syndicaliste. Seul bémol: «Il porte une certaine responsabilité dans la crise de CFF Cargo et dans la panne générale de 2005 qu’il n’a pas vu venir».

BENEDIKT WEIBEL Une double passion pour le rail et le football.




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