Il existe une drôle de solitude dans les histoires de Bernard Comment. Ou plutôt un isolement, une volonté de demeurer à part, de se préserver. Peut-être de tenir: de survivre?
C’est de cela dont parle Tout passe, neuf récits brefs qu’il publie cette semaine. Neuf questionnements sur les traces, les fragments, pour reprendre le titre du livre regroupant des écrits de Marilyn qu’il édita l’année dernière. Un précipité de vie se fait alors jour, un flou qui passe au net, une mise au point s’organise.
C’est une vieille dame en piscine qui nage en gardant son secret. C’est un héritier qui a froid, et s’interroge sur son père. Il y a aussi l’entraîneur d’un club de football qui s’en va préférer les fauves aux hommes. Ou la femme qui posa nue, sur un méchant tapis, autrefois, et dont le chemin recroise celui de l’homme qui prenait les photos.
Le dernier récit, panne de courant enfermant public et employés d’une grande bibliothèque, permet aussi à Comment de dire quelques lectures aimées, une tendresse pour les livres que l’époque n’a plus. Pas de nostalgie. Plutôt une entrée en résistance douce.
Ménager les surprises. «Au jour de la mort, il ne reste que trois ou quatre ou cinq événements d’une vie», écrit Bernard Comment. Ce sont ceux-là qu’il décrit. Pas forcément ce que l’on imagine parfois de grands moments, points d’orgue ou tragédies, mais plutôt des basculements, remontées de souvenirs enfouis, quelque chose que l’on se cacherait d’abord à soimême et qui se révèle sans prévenir.
La réussite de ces neuf récits abrasifs et remuants réside ainsi dans leur manière de surprise. Bernard Comment ménage à sa façon un suspense, prend des chemins de traverse, emmène le lecteur sur des fausses pistes qui sont aussi les méandres des âmes, des vertiges et toujours cette envie de se retrouver enfin confronté à soimême. C’est parfois étonnant, toujours prenant, souvent très émouvant: Tout passe reste, comme un souffle au cœur.
Débat sur Marilyn. Il dit qu’il «n’aime pas les milieux», qu’ils soient ceux de l’université, des écrivains, du Quartier latin, tout ce qui ressemble à un enfermement l’agace. S’échapper demeure au centre de cette écriture. S’échapper comme un ailier au football: l’éditeur parisien n’oublie jamais le joueur de l’enfance, à Porrentruy. Il est de cette sorte camusienne d’écrivains sachant que le ballon qui roule et passe entre les hommes raconte une morale.
Il joue encore, d’ailleurs, dès qu’il le peut, parce que cela permet justement les mélanges de gens et de sociétés, rassemblés pour une heure de sueur, une vérité. Ces vérités, ce sont celles qui le bouleversèrent chez Marilyn, dont les poèmes et textes divers, rassemblés et édités par lui au Seuil en 2010, firent événement.
Un étrange réseau d’allers-retours peut même dès lors se tendre entre Tout passe et Fragments: car les questionnements de l’actrice américaine sont plus intuitivement ceux de la condition humaine et, encore une fois, du sens que l’on veut trouver à l’existence. Le regard neuf jeté sur Marilyn Monroe est ainsi un paradoxal motif d’espérance et de rédemption possible: tout ne passe peut-être pas tant que ça, finalement.
Bernard Comment sera opportunément dans quelques jours à Lausanne pour en débattre, à partir du livre consacré à celle qui disait: «J’ai toujours pensé que je n’étais personne», mais dont la lumière nous atteint encore si fort.
«Tout passe». De Bernard Comment. Editions Christian Bourgois, 140 pages.
Grand débat Payot/L’Hebdo. «Autour de Marilyn Monroe: Fragments». Avec Bernard Comment.
Lausanne. Théâtre Vidy-Lausanne. Lundi 11 avril, 19 h. Entrée libre.
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