A la veille de l’ouverture du 21e Salon international de la haute horlogerie (SIHH), le 17 janvier à Palexpo à Genève, Cartier demeure la marque phare parmi les 19 invitées de la manifestation.
Elle appartient au groupe Richemont qui a récemment annoncé une hausse de son bénéfice de 87% à 644 millions d’euros au cours du premier semestre de l’exercice 2010/11 clos au 30 septembre.
Entretien avec son président Bernard Fornas.
Comment se porte la marque Cartier?
Vaisseau amiral du groupe Richemont, la maison Cartier a su préserver une croissance soutenue pour l’ensemble de ses activités: de la joaillerie à l’horlogerie en passant par les accessoires, notre maison continue à démontrer une créativité exceptionnelle ainsi qu’un dynamisme commercial certain.
Est-ce une surprise après la crise?
Non car j’ai toujours préparé Cartier à affronter le pire quand tout allait bien. Durant les belles années de 2005 à 2008, nous avons pu anticiper les événements à venir.
Nos 300 boutiques dans le monde sont des baromètres très fiables. Elles nous donnent quotidiennement des informations précises sur la marche des affaires.
Dès le printemps 2008, nous avons observé une baisse de la clientèle et un déclin de la moyenne des achats. Nous avons donc pu procéder à une baisse de régime et dimensionner nos ateliers en conséquence. Nous avons été les premiers à le faire.
Cela a suscité beaucoup de commentaires à l’époque, car les ventes au global semblaient encore très dynamiques. De même, quand la reprise s’est annoncée, nous avons pu redémarrer tout aussi vite, prenant de vitesse bon nombre de nos concurrents.
Arrêter et redémarrer la production, qu’est-ce que cela signifie en termes d’emplois?
Tout est une question d’anticipation et d’organisation. Quand je dis que c’est quand tout va bien que l’on se prépare au pire c’est aussi à cela que je pense.
Nous avons effectué un travail colossal tout au long de ces dernières années afin d’obtenir un outil de production qui soit à la fois flexible et réactif.
Ainsi nous avons pu passer la crise récente en douceur, en aménageant nos charges de travail et en préservant les emplois. Cela est essentiel dans un domaine où l’expertise et le savoir-faire sont clés.
Combien de personnes sont engagées dans les sites en Suisse?
Environ 1600 collaborateurs.
Vous jonglez avec les marchés?
Nous sommes un avion à cinq réacteurs: en Europe, aux Amériques, au Moyen-Orient, en Asie et au Japon. Quand survient une crise, certains réacteurs compensent les baisses de régime d’autres.
Par exemple, les affaires au Moyen-Orient et en Asie n’ont pas connu de ralentissement pendant la dernière crise. Bien au contraire! Elles ont largement compensé les baisses observées aux Etats-Unis et, dans une moindre mesure, en Europe.
A ce titre, Le Vieux Continent a été dynamisé par les pays d’Asie, je pense bien évidemment au tourisme et notamment aux dizaines de millions de Chinois qui viennent nous rendre visite depuis ces dernières années et qui achètent nos créations lors de leurs voyages.
La Chine, précisément, est-elle un marché prioritaire?
Cartier a été l’un des pionniers en Chine. En 2001 et 2002, j’ai pris la décision d’accélérer la pénétration de notre maison dans ce pays en ouvrant des boutiques à Pékin et Shanghai, avec l’objectif clair d’en être le leader sept à dix ans plus tard.
Mission accomplie: en Chine, nous sommes aujourd’hui le plus grand joaillier et nous figurons parmi les trois premiers horlogers. Nous avons implanté 37 boutiques et ce dans 22 villes.
Mais nous ne comptons pas nous en tenir là. Dans les deux ans à venir, nous prévoyons déjà d’avoir une cinquantaine de boutiques Cartier dans plus de 25 villes.
Quel est le profil de l’acheteur chinois?
Ayant été pionniers sur ce marché nous constatons aujourd’hui que les créations Cartier sont particulièrement recherchées pour célébrer les grands moments d’une vie. Après les bagues de fiançailles, viennent les mariages, puis les anniversaires des enfants.
Que vous réserve 2011?
Si nos indications sont plutôt encourageantes nous restons cependant prudents. A nouveau, notre réactivité et notre flexibilité seront des atouts précieux face à une conjoncture sur laquelle nous n’avons aucun contrôle.
Si les économies se reprennent, nous ferons mieux que les autres. Si elles dérapent, comme en 2008, nous baisserons moins que les autres.
Le franc suisse trop élevé inspire de grandes craintes aux exportateurs horlogers. Pas à vous?
Aujourd’hui notre lecture de l’environnement va au-delà des monnaies. Il y a le diamant, dont les prix étaient en chute libre il y a deux ans et qui remontent aujourd’hui, l’or coté à 450 dollars l’once il y a deux ans et à 1375 dollars aujourd’hui.
Tout cela fluctue constamment. Nous sommes donc amenés à ajuster nos prix régulièrement pour refléter ces réalités. C’est aussi en cela que la flexibilité de l’outil manufacturier est importante.
Avez-vous augmenté certains prix sur les marchés européens compte tenu, notamment, de la faiblesse de l’euro?
En effet. Mais en novembre, nous avons aussi baissé nos prix au Japon, entre 5 et 7%, en raison de la force du yen. Nous sommes toujours soucieux de préserver un juste équilibre de positionnement entre nos différents marchés.
«Don’t spoil a good crisis» (Ne gâchez pas une bonne crise): pourquoi croyez-vous à ce dicton anglais?
Parce qu’une crise bien gérée peut être génératrice de prises de parts de marchés à un coût relativement bas.
Comment?
En restant fidèle à ses principes: soutenir sans cesse une forte créativité tout en maintenant l’excellence dans ses réalisations.
Sur ces dernières années nous avons aussi continué à développer notre réseau de boutiques et maintenu à un haut niveau nos investissements en communication alors que d’autres les ont réduits. Notre visibilité en a donc fortement bénéficié.
2011 marque la fin, en tout cas théoriquement, des livraisons d’ébauches par Swatch Group au profit de mouvements finis. Cela touche Cartier?
Nous entretenons de très bonnes relations avec Swatch Group dont on connaît le sérieux et le dynamisme. Par ailleurs, contrairement à d’autres marques, nous ne sommes pas dépendants à 100% de l’extérieur. Notre intégration est très forte grâce à nos sites manufacturiers.
Qu’allons-nous découvrir sur le stand Cartier du prochain SIHH?
Vous allez constater que Cartier est la seule maison à avoir une réelle créativité transversale, qui concerne tous les métiers de l’horlogerie et de la joaillerie.
Avec notamment trente nouvelles montres de la haute joaillerie et de véritables œuvres d’art, notamment en micromosaïque, ainsi que quatre nouveaux mouvements à haute complication et douze nouvelles références dans la haute horlogerie. De l’art et de la technique au plus haut niveau.
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