A quelques jours du prochain Salon international de la haute horlogerie (SIHH), qui se tient à Genève du 16 au 20 janvier, Cartier mène le bal avec ses 7000 employés dans le monde dont 98 en Suisse. Navire amiral de Richemont, dont le chiffre d’affaires s’est accru de 29% à 4,2 milliards d’euros au premier semestre clos le 30 septembre dernier, la marque est au groupe ce que Louis Vuitton est à LVMH. Bernard Fornas, PDG du numéro un mondial de la joaillerie et de l’une des principales marques horlogères, affiche toujours une confiance raisonnable malgré les grandes incertitudes qui semblent figer l’avenir économique et social d’une partie de la planète.
Comment la marque Cartier aborde-t-elle la nouvelle année?
Nous continuons à bénéficier d’une distribution géographique très bien équilibrée. Laquelle amortit les fluctuations économiques et les coups durs quand ils surviennent! N’oublions pas que certaines régions du monde se portent fort bien. Avec un pétrole à 110 dollars le baril, le Moyen-Orient s’enrichit, les Etats-Unis se maintiennent à un bon niveau. L’Asie prospère, notamment la Chine domestique, qui représente un petit tiers de notre chiffre d’affaires. Toujours plus nombreux sont par ailleurs les touristes chinois qui viennent en Europe acheter nos créations, notamment à Lucerne, Interlaken, Paris, Rome, Milan, etc.
Certains observateurs redoutent une bulle du luxe comme celle de l’immobilier en 2007. Qu’en dites-vous?
Nos affaires sont saines et nous les contrôlons parfaitement. Nous vendons nos produits dans nos 310 boutiques ou chez des partenaires détaillants sélectionnés. Non, je ne vois aucune bulle en formation.
Donc pas de souci en 2012?
Je suis bien conscient que le ciel est encombré de nuages. Dans notre métier, nous subissons tout: les économies, le prix de l’or et du diamant qui s’envole, la volatilité des devises. Quand, en août 2011, le franc suisse se rapproche d’un euro, ce n’est pas facile à gérer.
J’imagine que vous ne faites pas que subir. Comment réagissez-vous?
Je ne cesse de le répéter à tous mes collaborateurs: «Il faut continuer à maintenir l’image de notre maison à son plus haut niveau de désirabilité. Vous êtes des managers du rêve!» Quand tout va bien, on s’offre les produits désirables, quand tout va mal on en achète encore plus. Par ailleurs, nous sommes très vigilants à notre image et nous ne nous amuserions pas à prêter l’enseigne de Cartier à des hôtels de luxe au Moyen-Orient ou ailleurs. Le roi des joailliers et le prince des horlogers que nous sommes n’a nullement l’intention de devenir le roi des hôteliers. Mais nous devons toujours nous préparer au pire.
Comment?
Flexibilité, réactivité, rapidité. Ce sont nos trois crédos. Selon les circonstances, nous pouvons ralentir ou accélérer très vite notre production, comme nous l’avons expérimenté en 2008. Dès le mois de mai, nous avions freiné notre production bien que les ventes n’aient pas faibli. Grâce à nos boutiques, nous disposons de baromètres qui nous informent quotidiennement et précisément de la situation des marchés. De ce fait, nous n’engrangeons pas de stocks inutiles et coûteux. Par ailleurs, dans les moments difficiles, nous nous efforçons de prendre encore plus de parts de marché.
Le groupe Richemont va ouvrir un grand magasin de luxe au boulevard des Capucines à Paris, en lieu et place de l’actuel magasin Old England. Qu’en attendez-vous?
Nous avons pris un espace dans cet immeuble. La clientèle attendue sera principalement d’origine asiatique. C’est un ajout intéressant dans notre panoplie de boutiques parisiennes.
En Suisse, comptez-vous recruter de nouveaux collaborateurs dans vos différents sites actuels, à La Chaux-de-Fonds, Villars-sur-Glâne (FR), Glovelier (JU), aux Buttes (NE), et aussi sur un nouveau site qui pourrait, dit-on, s’implanter à Couvet dans le Val-de-Travers neuchâtelois?
Pour fabriquer davantage de produits, nous devons en effet disposer de sites avec plus de ressources, tant humaines qu’industrielles, tout en conservant notre savoir-faire et nos critères d’excellence. Je ne peux pas encore vous donner plus d’informations à ce sujet. Désormais, nous produisons nousmêmes tous les mouvements de notre haute horlogerie et une bonne partie de nos autres mouvements mécaniques. Ce n’était pas le cas il y a dix ans.
Cartier est l’une des marques les plus contrefaites. Cela reste un fléau?
La contrefaçon asiatique est en diminution. Il y a de moins en moins de nos produits contrefaits en Chine. C’est le résultat d’un engagement fort de notre maison depuis longtemps dans ce domaine. Cartier défriche de nombreuses nouvelles voies juridiques pour lutter contre ce fléau. Quant à la contrefaçon pratiquée en Suisse, elle m’est insupportable. Certaines marques suisses se permettent de nous copier ouvertement et cela est totalement inacceptable.
Il y a toujours plus de pauvres dans les pays riches et toujours plus de riches dans les pays pauvres. Comment vivez-vous cette situation?
Nous sommes privilégiés, c’est un fait. Notre maison génère de nombreux emplois et cette position nous rend d’autant plus responsables. Cartier remplit ses devoirs à travers sa politique éthique, sociale et environnementale. Par exemple, nous achetons plusieurs centaines de kilos d’or propre extrait d’une mine dans le Honduras et, bientôt, d’une autre en Argentine. Nous avons un devoir d’exemplarité, d’où certaines de nos initiatives, comme nos instituts de formation (joailliers et horlogers) pour perpétuer l’excellence et le savoir-faire de nos métiers, la création des Cartier Women’s Initiative Awards qui, depuis plus de cinq ans, récompensent des femmes de tous les continents ayant un projet d’entreprise novateur et à fort impact social. Sans parler du mécénat et de l’aide que nous apportons aux artistes avec la création depuis vingt-huit ans de la Fondation Cartier pour l’art contemporain.
PROFIL-BERNARD FORNAS
Né le 2 mars 1947 à Condrieu (F).
1980 Directeur Europe de l’International Gold Corporation.
1984 Directeur marketing international de Guerlain.
2001 PDG de Baume & Mercier.
2002 PDG de Cartier, principale société du groupe Richemont.
| Dossier 'Canton de Genève' | | |
Tags: horlogerie, Cartier, Bernard Fornas,
|