La Suisse n’est pas la France. Plus dilué, le pouvoir y est moins grandiloquent, moins attirant. Il fait moins tourner les têtes. De l’avis unanime d’une dizaine d’observateurs de la vie politique contactés par L’Hebdo, l’affaire DSK ne pourrait avoir son pendant en Suisse.
Le séisme qui secoue la République française n’en fait pas moins jaser sous la Coupole. «Je ne connais pas en Suisse de cas d’un politicien qui aurait commis une agression sexuelle. Et s’il y en avait eu une, je pense qu’elle aurait éclaté au grand jour», déclare le conseiller national Hugues Hiltpold (PLR/GE).
Le Genevois avoue s’être bien diverti en lisant Sexus politicus, une enquête de Christophe Deloire et Christophe Dubois réalisée en France sur l’appétit de séduction des hommes de pouvoir.
Mais rien de comparable chez nous. «En France, un homme politique a sa cour et l’assume totalement. En Suisse règne une culture de la pudeur qui fait qu’on ne se vante pas d’avoir des aventures extraconjugales.»
Dans la Confédération, le pouvoir est aussi plus dilué avec un président qui n’est que le premier d’entre ses pairs. «Le pouvoir n’y est pas aussi fascinant. Impossible d’imaginer un ou une politicienne cumulant les mêmes pouvoirs politique et économique qu’un DSK», note la socialiste Maria Roth-Bernasconi.
De plus, dans un pays aussi petit, tout le monde se connaît. «Le contrôle social par ses propres pairs y est fort», ajoute-t-elle.
En fait, le seul véritable scandale ayant éclaté au Palais ne concerne pas un politicien, mais l’ancien chef de l’armée Roland Nef. Accusé d’avoir harcelé son ex-compagne, celui-ci avait dû démissionner en 2008. L’affaire avait éclaboussé son chef politique Samuel Schmid, l’atteignant dans sa santé et précipitant son départ du Conseil fédéral.
«Ambiance camp de ski.» Bien sûr, la Coupole fédérale bruisse elle aussi de rumeurs de coucheries. Règne, certaines fins de soirées pendant les sessions, une «ambiance camp de ski», comme le résume joliment un familier du Palais, favorisant «le flirt et plus si entente».
Mais les relations entre parlementaires ou avec des journalistes sont souvent supposées et rarement avérées. Surtout, ce ne sont là que des idylles, extraconjugales ou non, librement consenties entre deux partenaires adultes.
De ce point de vue-là, «le microcosme politique n’est ni pire ni meilleur qu’un autre milieu professionnel, estime Christophe Darbellay, président du PDC. Il y a quelques histoires où la connivence s’est transformée en idylle, mais sur le nombre c’est marginal.»
«En quelque vingt ans d’activité professionnelle au Palais fédéral, je n’ai jamais été victime d’un comportement déplacé d’un politicien», témoigne une consœur.
Celle-ci dit avoir été souvent invitée à manger, y compris par des conseillers fédéraux portés sur la drague, mais sans exagération de leur part: «Lorsque la conversation devenait trop privée, je la réorientais vite sur la politique.» «La politique est aussi une histoire de séduction. A chacun de fixer ses limites», résume Christophe Darbellay.
Reste un cas particulier, qui ne saurait être comparé à l’affaire DSK, mais à propos duquel la presse ne s’est jamais montrée très curieuse: celui de Jean-Pascal Delamuraz, que d’aucuns avaient soupçonné en 1983 de porter une responsabilité morale dans le suicide d’un ancien syndic de La Tour-de-Peilz, avec la femme duquel il aurait eu une liaison par le passé.
Longtemps, les médias vaudois notamment s’étaient imposé un prudent mutisme sur cette affaire impliquant un homme politique promis au Conseil fédéral. «Avec une presse nationale cultivant le soupçon bien davantage qu’autrefois, il est fort probable que Jean-Pascal Delamuraz ne serait plus élu aujourd’hui», croit pouvoir affirmer un ancien journaliste alémanique.
Ce ne sont là que des conjectures. Heureux pays que celui dont le destin ne bascule pas sur une histoire de coucheries.
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