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Bienne: École privée payée à des cancres

Par Sabine Pirolt - Mis en ligne le 02.06.2010 à 10:34

MALAISE. Un enseignant biennois, conseiller de ville, dénonce des cas d’élèves à qui les œuvres sociales paient une école privée ou des leçons particulières.

 
Malgré trente-trois ans d’enseignement, il y a des situations qui font perdre son latin au Biennois Alain Pichard, membre du Conseil de ville (Verts libéraux). Dans une interpellation interpartis à la fin de 2009, l’enseignant et d’autres conseillers de ville ont posé des questions concernant le cas de Florim*, un cancre à qui les œuvres sociales de Bienne paient une école privée. Cet Albanais, 17 ans en juin, fréquentait les cours de l’école de Madretsch. «Lorsqu’il venait, il ne fichait rien, ne respectait pas les règles, mettait la pagaille dans la classe.» Le politicien raconte les multiples heures de discussions, les séances de crise avec son père et l’assistante sociale qui s’occupe de sa curatelle éducative. «Nous lui avons donné plus d’une chance, mais il ne les a pas saisies.» L’an dernier, la commission scolaire et le corps enseignant ont donc refusé de lui accorder le droit de faire une 9e année: il avait en effet redoublé, et ainsi effectué ses neuf ans de scolarité obligatoire.

Pas de chiffres. Le Vert libéral souhaitait savoir combien de jeunes à l’aide sociale bénéficient ou ont bénéficié de ce privilège et de celui de se voir offrir des cours de soutien privé. La réponse du Conseil municipal vient de tomber: ce dernier ne donne pas de chiffres et explique que «l’école privée représente la solution la plus appropriée pour assurer l’insertion professionnelle et sociale d’un mineur dans une situation de détresse». Il souligne encore que «cela ne constitue pas une règle, mais une exception rarissime».

Message tronqué. Une réponse qui ne convient pas à Alain Pichard. «Des confrères m’ont contacté pour me parler d’autres cas: depuis 2005, les œuvres sociales auraient payé l’école privée à quatre élèves et des cours particuliers à six autres depuis 2007.» L’enseignant se demande quel message est ainsi délivré à des jeunes qui perturbent l’enseignement. Florim est venu devant le collège se vanter qu’il était désormais au gymnase. C’est ainsi que le corps enseignant a appris qu’il suivait l’Ecole Feusi à Berne.

Le Biennois parle encore de 12 000 francs d’économie de matériel qui devront être faits par les 224 élèves de son collège. «Je ne dis pas qu’il ne faut pas soutenir des jeunes en difficulté, mais je demande qu’on réfléchisse aux sommes investies. Il existe d’autres solutions comme les pré-apprentissages ou le centre de formation professionnel. Douze mille francs, c’est au moins le prix qu’a dû payer la ville pour Florim.» De fait, une 9e année d’école à Feusi coûte 14 240 francs. Le jeune homme a intérêt à être motivé.

Empêcher la dépendance. Il l’est, confirme son père, rencontré par L’Hebdo. Ce serveur – dont l’ex-femme, rentrée au pays, est à l’AI – éduque seul ses deux garçons. Oui, son fils avait des problèmes scolaires, mais c’est fini. «Il est sur le bon chemin et rentrera dans une école de commerce en août prochain.» Le quadragénaire tend une feuille avec des résultats d’examens: Florim a obtenu 15,5 points, mieux que les 12,5 exigés pour réussir. Ce père de famille comprend-il que certains s’offusquent des dépenses publiques faites pour un élève qui perturbait la classe? «Je comprends. Mais grâce à cette année, mon fils va bien et il a une chance de s’intégrer. Mon revenu, salaire et rente AI pour les enfants compris, est de quelque 6200 francs. Je n’aurais pas pu lui offrir cette école.»

A la tête de la Direction de la formation, de la prévoyance sociale et de la culture, Pierre-Yves Moeschler explique: «Alain Pichard est vexé, car nous avons pris une autre décision pour l’avenir du jeune homme. Si nous ne l’avions pas fait, cet enfant serait à la rue. Empêcher la dépendance à long terme de l’aide sociale correspond à une économie annuelle de 25 000 francs.» Reste à savoir si les parents d’élèves en difficulté, qui ne bénéficient pas de la manne de l’Etat, comprendront.

*Prénom modifié.





Tags: Ecole privée, Alain Pichard, Bienne,

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Réaction de fleur fanée
le 03.06.2010 à 22:13
à propos des cancres des aides socials pour certains eleves,...
 



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