Bienvenue au pays des stabilisateurs
Décodage. Les services de Doris Leuthard ont ressorti de leur boîte à outils, le concept de «stabilisateur automatique». Ce qui n’empêche pas les comparaisons avec l’étranger.
Mardi, le Parlement nippon votait une relance de 62,2 milliards de nos francs. Mardi toujours, la chancelière allemande, Angela Merkel, lançait un second plan – 75,1 milliards, s’ajoutant aux 46,5 déjà engagés – pour stimuler la première économie européenne, qui est aussi le principal importateur de biens suisses. Cette semaine, le Congrès américain devrait se pencher sur le plan de 931 milliards du président Obama. A côté de cela, on en conviendra, les (peut-être) 3 milliards que Berne prévoit d’investir font sourire. Mais alors la Suisse est-elle fille d’Arpagon? Pour contrer cette critique des milieux syndicaux et de la gauche, Doris Leuthard et son Secrétariat d’Etat à l’économie (seco), n’ont que deux mots à la bouche: «stabilisateurs automatiques», notamment l’assurance chômage (AC). Autrement dit, cela signifie que, en cas de crise, la hausse du chômage, et donc du versement des allocations, soutient la demande. A l’inverse, par beau temps, le total des recettes de l’AC excédant celui des dépenses, on soustrait des ressources à l’économie, tassant ainsi la demande. Bref, le lissage du cycle économique se fait tout seul.
Peanuts. Selon le seco, le déficit de l’AC devrait se creuser à 3,8 milliards avec la crise. Et offrirait donc une impulsion de plus d’un demi-point de pourcentage de croissance. Une somme qui s’ajoute aux deniers déjà promis par Doris Leuthard. C’est donc plus de 6 milliards de francs que Berne s’apprête à investir, stabilisateurs inclus. A la mi-janvier, Jean-Daniel Gerber, le chef du seco, le rappelait, même s’il concédait que, comparé au plan américain, celui du Conseil fédéral faisait songer à des peanuts (Le Temps, 13 janvier 2009). Deux semaines après ces paroles et à l’aune de cette nouvelle relance d’un Etat fédéral allemand muni, lui, de ces «stabilisateurs» que sont les retraites ou l’assurance chomâge, on se dit que la Suisse reste pingre. Et ce, même en escomptant un effort coordonné des cantons. Il n’est donc pas certain que l’image d’une Suisse profiteuse – cette fois-ci de la relance allemande – se modifie chez notre voisin d’outre-Rhin.
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