A quelle pitrerie la politique fédérale ne s’adonnerait-elle pas pour distraire les citoyens et les médias dans la torpeur de l’été? En 2008, Samuel Schmid offrait le spectacle d’une agonie tragicomique. L’an dernier, après la démission de Pascal Couchepin, on a assisté à un curieux bal des prétendants et des prétentions, et voilà que cette année, encore, il nous a fallu contempler l’étalage de caprices de stars de deux ministres.
Elus dans le désordre, virés sans états d’âme, le germe est là qui pourrit la crédibilité des institutions.
Mais, à part le choix du moment, un rien incongru, et la manière, puérile, il n’y a pas grand-chose à regretter dans les départs de MM. Merz et Leuenberger. On les a trop souhaités pour s’en lamenter. A cet égard, certaines indignations, chez les Verts notamment, sont bien hypocrites. Si le socialiste zurichois avait démissionné à la fin de 2007, comme l’usage et la vertu aujourd’hui réclamée l’auraient commandé, il aurait été impossible de virer Christoph Blocher du Conseil fédéral. Quand la manœuvre se joue à une voix près, comment assurer que les Chambres rééditent, lors de plusieurs tours de scrutin, leur improbable audace?
Le départ de Hans-Rudolf Merz met définitivement fin à l’expérience néoconservatrice initiée le 10 décembre 2003 lors de son avènement conjoint à celui de Blocher. Qui s’en plaindra?
Quelle valse au gouvernement tout de même! Depuis le départ de Joseph Deiss en 2006, pas une année sans un nouvel arrivant. Et l’on s’étonne ensuite que la Suisse soit difficile à gouverner. L’éviction de Ruth Metzler puis de Christoph Blocher, la mauvaise habitude prise depuis le retrait d’Otto Stich en 1995 de démissionner en cours de législature, sans concertation et pour servir les intérêts partisans, banalisent à l’extrême l’engagement des conseillers fédéraux. Elus dans le désordre, virés sans états d’âme, le germe est là qui pourrit insidieusement la crédibilité des institutions. Quelle loi inventer pour inculquer le sens de l’Etat à ceux qui devraient le servir avec humilité?
Qui porte la responsabilité de cette dérive? Les partis et surtout leurs dirigeants incapables, depuis trop longtemps, de s’entendre sur autre chose que la répartition cartellaire des postes. Tous ont oublié que la formule magique de composition du collège – plus de quarante ans de stabilité gouvernementale – était certes basée sur la concordance mathématique mais aussi sur une ambition programmatique. D’ailleurs les ministres étaient si conscients de leur mission qu’ils démissionnaient alors de façon concertée – il y eut trois départs coordonnés, par exemple, en 1973.
Le 22 septembre prochain, l’Assemblée fédérale élira deux nouveaux membres du gouvernement. Au vu de la qualité des candidatures pressenties, on ne peut que se réjouir de ce big bang. Ce collège rénové, même s’il devait subir une ou deux retouches après les élections de 2011 (lire l’article de Julie Zaugg, Conseil fédéral: Enfin le Big Bang) sera doté de personnalités plus fortes que l’actuel. Avec le tandem Doris Leuthard-Didier Burkhalter, les élus, issus des deux principaux partis qui ont façonné la prospérité helvétique, devraient constituer le moteur qui a tellement fait défaut ces dernières années.
Ainsi pourra-t-on cesser de se perdre dans les détails procéduriers, dont les deux démissions différées ont donné ces derniers jours un exemple caricatural, et voir le gouvernement affirmer enfin une conviction et des ambitions pour le pays. Ce que l’on est en droit d’attendre d’un gouvernement digne de ce nom.
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