TRANSPORT RER
Big bang romand à Neuchâtel
C’est écrit en page 2 de l’ample rapport qu’il consacre à son projet d’Agglomération et de RER. Le Conseil d’Etat neuchâtelois veut «faire mentir» l’Office fédéral de la statistique qui lui prédit à l’horizon 2035 un destin de déclin et de marginalisation par rapport aux pôles de dynamisme lémanique ou bâlois. Belle ambition que de refuser le fatalisme technocratique.
In corpore, le gouvernement a présenté ce mercredi son projet de RER, dont le TransRUN constitue l’épine dorsale. Le réseau irriguera l’«agglomération polycentrique» composée de Neuchâtel, du Locle et de La Chaux-de-Fonds. Il dynamite le clivage Haut/Bas qui coûte tant au canton, y compris en termes d’image de deux camps retranchés – un peu anachronique vu la petite taille de l’ensemble. L’audace a un coût, juste en dessous du milliard: 919 millions de francs, c’est-à-dire 1 à 2% des dépenses publiques cantonales pendant une génération. Le temps presse: si Neuchâtel veut bénéficier de l’apport des CFF et de la Confédération pour environ un tiers de la facture, il doit rendre réponse avant la fin de l’année. La votation aura donc lieu le 23 septembre.
L’ARC JURASSIEN RECONNECTÉ À L’ARC LÉMANIQUE SATURÉ.
Les Neuchâtelois, dont la fiscalité et le train de vie publique restent très supérieurs aux autres cantons, seront-ils d’accord de récuser leur frein à l’endettement pour ce grand dessein? Les communes consentiront-elles à apporter leur contribution?
Oser un big bang. Dans nos démocraties économes, ce genre de combat n’est pas gagné d’avance. Il y aura dix ans en novembre prochain que les Vaudois acceptaient de se lancer dans l’aventure du M2. La hauteur du oui – 62% – étonna après une bataille acharnée sur l’opportunité d’une telle infrastructure et son coût. La facture fut d’ailleurs tant rabotée pour désamorcer les oppositions qu’on regrette aujourd’hui du côté de Lausanne de ne pas avoir vu plus grand. Une décennie plus tard, le métro est déjà saturé. Mais il a révolutionné les déplacements des Vaudois.
Grâce au RER, le trajet entre Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds sera deux fois moins long, 14 minutes seulement. Toute la circulation intracantonale en transports publics sera fluidifiée: Auvernier ne sera plus qu’à 36 minutes du Locle contre 57 actuellement. Un million d’heures de déplacement seront économisées par an.
Mais l’enjeu est plus vaste: en mettant La Chaux-de-Fonds à moins de 1 heure de Lausanne, ce projet reconnecte opportunément tout l’arc jurassien à un arc lémanique saturé. Les écoles, les entreprises et les logements neuchâtelois ne seront plus excentrés, mais naturellement inscrits dans le réseau de la grande métropole, animée de campagnes, qu’est devenue la Suisse romande.
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