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Bilan plutôt positif pour le libre choix en Hollande

Par Tasha Rumley - Mis en ligne le 12.06.2008 à 00:00

Reportage. Le modèle hollandais a inspiré le Lobby parents. Mais si l’enseignement adapté aux besoins de chacun fait ses preuves, le libre choix aggrave la ségrégation sociale.

D’innombrables têtes voilées se pressent dans les couloirs de l’école primaire, suivies de bambins qui traînent les pieds. Il est 8h30 dans ce quartier d’immigrés du sud de La Haye. L’heure du rendez-vous entre mamans, écoliers et institutrices. Cet établissement est une «école noire», conséquence du libre choix qui existe aux Pays-Bas depuis cent ans: les étrangers des quartiers défavorisés s’y concentrent, alors que les Hollandais les fuient comme la peste. Ils jettent généralement leur dévolu sur l’exact contraire, les «écoles blanches», privées ou publiques. Parce que, aux Pays-Bas, cette distinction a perdu tout son sens; 70% des établissements primaires sont privés et tous sont gratuits. Ils ne se distinguent que par leur offre: modèle pédagogique, discipline stricte, profil artistique ou fréquentation – «noire», «blanche» ou mixte.

La ségrégation. En entrant dans la classe, les mères articulent «goede morgen», un bonjour en hollandais hésitant. Chaque matin, les enseignantes leur consacrent une vingtaine de minutes pour leur inculquer des principes d’éducation. Gratuitement et en hollandais, afin de perfectionner leurs fragiles connaissances. Car le vrai cours linguistique, elles l’ont suivi durant le préscolaire: dès 2 ans et demi, les petits sont scolarisés et leurs mères apprennent la langue, gratuitement toujours. Une offre spécifique de ce genre d’établissement: à Ostade, sur 380 élèves, seuls trois sont Hollandais. Les Turcs (40%) et les Marocains (40%) forment la majorité, d’autres nationalités complètent le tableau.
«Lorsque j’ai vu qu’il n’y avait que des élèves étrangers, j’ai été choquée», reconnaît Gonul. Arrivée à La Haye à la suite de son mariage avec un compatriote, cette Turque a grandi en France. Conseillée par sa communauté, elle a opté pour l’école du quartier. Rapidement, Gonul en a reconnu les avantages pour son fils, comme pour elle. «Les maîtresses sont gentilles et m’ont beaucoup aidée, surtout avec la langue.» Elle considère que c’est une bonne école et pense y placer ses futurs enfants. «L’ambiance est bonne entre les communautés, il n’y a pas de clivages. Je trouve positif que mon fils grandisse dans un univers mixte.» Mixte, c’est relatif: les seuls Hollandais sont de l’autre côté du pupitre.
Ce n’est pas seulement à cause de l’offre spécifique des «écoles noires» que les immigrés s’y concentrent. «Pour tous les parents, Hollandais ou étrangers, l’emplacement constitue le premier critère de sélection», explique un officiel du Ministère de l’éducation. Environ 80% des élèves fréquentent l’école du quartier. A La Haye comme ailleurs, les migrants se concentrent dans les zones à loyers modérés – l’école reflète donc la politique urbanistique.

Une meilleure prise en charge. Pour Renald Gunsch, directeur d’Ostade, l’existence des établissements «noirs» est la preuve que l’intégration a échoué. Dès lors, son objectif est de fournir aux migrants une instruction adaptée qui leur permettra précisément de s’insérer progressivement dans la société. Et les résultats sont encourageants. «Les tests de la fin du primaire montrent que les «écoles blanches» obtiennent des résultats légèrement meilleurs que les «noires», explique le Ministère de l’éducation. Mais, si l’on pense au fossé du début du primaire, dû à l’énorme part d’allophones, cette différence est minime. Le chemin parcouru par les élèves étrangers est impressionnant.»
D’ailleurs, les professionnels se sont habitués à la séparation. «Certains enseignants estiment qu’il est plus facile de travailler dans une école totalement noire, observe le spécialiste du Ministère. Ils ont appris à gérer cette situation et certains ne voudraient pas revenir à la mixité. Toutefois, notre politique est d’améliorer le mélange au sein des écoles.»

Financement doublé. L’Etat finance toutes les écoles, publiques comme privées, mais double ses subventions aux «écoles noires». Ainsi, celles-ci peuvent élargir le corps enseignant et travailler en petits groupes.
Plutôt que de se baser sur la nationalité des élèves, l’Etat statue sur le niveau d’instruction de leurs parents, Hollandais ou étrangers. Mais cette volonté de soutenir davantage les bas revenus subit des à-coups: «Depuis six ans, notre financement diminue, déplore le directeur Renald Gunsch. Il y a eu pression populaire contre l’octroi de subventions supérieures pour les étrangers. Mais il suffit qu’il y ait un accès de violence dans une «école noire» et les fonds apparaissent à nouveau. Trop tard!»
 
 
Découvrez l'entier de l'article dans L'Hebdo.
 
 
 




Tags: enseignement, étrangers, écoles, enfants, parents, Hollande,

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