L'Hebdo;
2007-02-08 Grâce et disgrâce Blâmé
L'événement a disparu plus vite des pages d'actualité que la gentillette proposition de congé-paternité de Doris Leuthard, contrariée par le Conseil fédéral. La semaine dernière, la Délégation des finances des Chambres a critiqué Christoph Blocher pour la manière dont il s'est débarrassé de Valentin Roschacher, procureur général poussé à la démission l'été dernier.
A partir de combien de blâmes se fait-on virer? Le conseiller fédéral UDC n'en est pas à son coup d'essai puisque la Commission de gestion du Conseil des Etats lui a déjà adressé en juillet 2006 une triple remontrance dans l'affaire des requérants albanais. Un désaveu confirmé par le collège en octobre, une première historique!
Blocher est régulièrement épinglé pour son étrange conception de la séparation des pouvoirs. Mais, l'avertissement reste sans conséquence. La semaine dernière encore, il a attaqué les décisions de la Commission de recours en matière d'asile (CRA), qui ont le mauvais effet, selon lui, de doper les admissions de requérants érythréens, et d'influencer à la hausse des statistiques de l'asile qu'il s'était promis de réduire au plancher.
Là encore, l'indignation s'est vite étouffée. La Suisse s'habitue aux provocations du tribun. Dans quel autre pays au monde un ministre peut-il autant déraper sans être sanctionné?
Notre système ne prévoyant ni motion de censure ni procédure de destitution, il appartient au Parlement de défaire ce qu'il a fait: il ne doit pas réélire ce ministre qui n'a pour ambition que de flétrir les institutions qu'il prétend défendre.
Le 10 décembre 2003, Blocher a juré «d'observer la Constitution et les lois et de remplir en conscience les devoirs de sa charge.» Ses grands électeurs se souviendront-ils que la séparation des pouvoirs est un principe constitutionnel (qu'ils ont d'ailleurs aussi pour mission de défendre)?
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