Black, big, beautiful
Par LARS-OLAV BEIER - Mis en ligne le 31.03.2010 à 16:19
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L’actrice Gabourey Sidibe, star de «Precious», crée le débat en questionnant les canons de beauté made in Hollywood.
«Que vais-je bien pouvoir faire de tous ces habits?» demande Gabourey Sidibe tout en contemplant, depuis la fenêtre, Central Park où la neige tarde à fondre. Gabourey est née ici, à New York, mais quelques kilomètres plus au nord, à Harlem, un quartier où l’on n’ose rêver de se retrouver un jour au 8e étage d’un hôtel de luxe au cœur de Manhattan. Dans son rôle d’obèse analphabète pour le film Precious, la jeune femme de 26 ans et plus de 150 kilos a fait sensation: elle n’avait jamais fait de cinéma.
Les vêtements qu’elle a portés pour fouler les tapis rouges des nombreuses célébrations cinématographiques de ces dernières semaines, il a fallu les lui couper sur mesure. «Je devrais en faire cadeau…» La page est bientôt tournée, elle le sait, et nul ne peut lui dire si elle écrira un nouveau chapitre. Lors de la cérémonie des oscars, où elle figurait parmi les nominées, elle fut rayonnante, charmante et sûre d’elle à la face du monde. Mais combien de rôles existe-t-il dans les scénarios de Hollywood pour une actrice au corps si… hyperbolique?
Beau et gros? Le succès de Gabourey Sidibe a déclenché aux Etats-Unis un âpre débat autour de l’obésité, de la beauté et de la santé. Il couvait depuis des mois, la cérémonie des oscars l’a déchaîné. Il y est question de discrimination, de racisme et de savoir si tout Américain a le droit d’être comme il le veut, notamment trop gras. C’est donc l’American Way of Life qui est en jeu. «Je ne puis dire qu’une chose, commente Gabourey, je ne veux pas être un symbole. Pour rien et pour personne.»
Fille d’un chauffeur de taxi sénégalais et d’une chanteuse qui dut parfois faire la manche dans le métro de New York pour nourrir sa famille, Gabourey Sidibe n’avait pratiquement aucune expérience de la scène quand elle se présenta au casting de Precious. Le réalisateur Lee Daniels avait déjà vu cinq cents femmes, y compris des comédiennes professionnelles. Tiré du roman Push, le film se déroule à Harlem dans les années 80 et retrace le sort d’une certaine Claireece Jones, surnommée Precious, abusée par son père, battue par sa mère, qui met au monde un enfant handicapé et finit par contracter le sida. Mais, pour Lee Daniels, Precious devait impressionner les spectateurs, pas les déprimer. Il lui fallait donc une interprète capable de montrer comment une femme tire de la force de sa souffrance.
Tags: Gabourey Sidibe, Precious, beauté, obésité,
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