Blattmann suit Keckeis
Par Patrick Vallélian - Mis en ligne le 17.03.2010 à 14:21
|
COURS DE RÉPÉTITION. Le chef de l’armée reprend une idée défendue par son prédécesseur dans «L’Hebdo»: l’armée devrait annuler certains cours cette année déjà.
Il faut abandonner les cours de répétition pour faire des économies! Dans L’Hebdo du 25 février, l’ancien chef de l’armée, Christophe Keckeis, a brisé un tabou: «Si on analyse la situation, il est évident que notre armée de milice nous coûte les yeux de la tête et que, en temps de paix, on n’a pas besoin d’autant de soldats.» «Nous devons avoir le courage d’avouer qu’il faut diminuer le nombre d’hommes en service tout en conservant le budget actuel de l’armée. J’irai plus loin encore. Je suis d’avis qu’il faut abandonner les cours de répétition au profit d’une école de recrues un poil plus longue. Cette variante permettrait d’économiser beaucoup d’argent tout en sauvant le principe de la milice à laquelle je suis attaché.»
La réponse d’André Blattmann, le nouveau chef de l’armée, vient de tomber. C’est oui, avec quelques nuances. Dans une interview accordée mercredi 10 mars au Tages-Anzeiger et au Bund, le Zurichois admet que la suppression des cours de répétition est une piste pour faire des économies. Mais elle ne devrait concerner que certaines armes dans un premier temps, comme l’artillerie par exemple. C’est également ce que nous disait Christophe Keckeis. «Nous sommes un des pays qui disposent du plus grand nombre d’obusiers au monde. Des obusiers qui tirent à 30 kilomètres alors que, en face, l’artillerie moderne tire à 150 kilomètres. C’est un exercice alibi, professionnellement incohérent.»
Blattmann reprend même l’idée «keckeisienne» d’une école de recrues prolongée de quelques semaines en innovant tout de même: il admet que l’idée de cours de répétition sous la forme de piquet est une variante à explorer. Dans cette situation, l’employeur de chaque soldat devrait s’assurer que sur une période précise de trois semaines par an, ce dernier puisse être mis à disposition de l’armée et appelé à son service au cas où la situation l’exigerait.
Limer dans les dépenses. Cette prise de position réjouit aujourd’hui Christophe Keckeis: «Le message du chef de l’armée m’a fait un immense plaisir. Je constate qu’il cherche systématiquement des solutions nouvelles, mieux adaptées au réel besoin militaire actuel et surtout aux ressources mises à disposition de l’armée. Je suis certain qu’il est sur la bonne voie. J’espère simplement qu’il sera compris, appuyé et suivi par suffisamment de politiciens orientés vers l’avenir réaliste de notre armée qui veut et doit rester une armée de milice.» Reste une question: pourquoi Blattmann a-t-il effectué ce virage à 180 degrés alors que, en novembre encore, il affirmait ne pas vouloir toucher aux cours de répétition. Tout simplement parce que l’armée devrait encore économiser entre 150 et 200 millions jusqu’à la fin de l’année, selon plusieurs sources. Et qu’elle ne sait plus où limer dans ses dépenses. Seule option à court terme: les cours de répétition qui valent leur pesant d’or. «L’armée a déjà averti certains commandants d’unité, notamment dans l’artillerie. Ils doivent se préparer à laisser leurs gars à la maison», témoigne un officier. Des décisions tomberont avant l’été.
Tags: Armée, cours de répétition, André Blattmann, Christophe Keckeis,
|