VÉNÉRATION Le président vénézuélien Hugo Chávez, sous le portrait de Simón Bolívar, dans le palais présidentiel. KIMBERLY WHITE REUTERS
Révolutionnaires
Bolívar versus Chávez
Le président du Venezuela exploite l’image du libérateur de l’Amérique du Sud à son profit. Comparatif historique de deux héros à près de deux siècles de distance.
C’est la dernière lubie de Hugo Chávez. Il fait déterrer les restes du «libérateur» de l’Amérique du Sud, Simón Bolívar. Mort le 17 décembre 1830, de tuberculose selon tous les historiens. Mais voilà, le «caudillo» du Venezuela s’est mis en tête que son idole a été empoisonnée. Par quelque comploteur colombien bien sûr, puisque ce pays voisin est désigné maintenant comme le grand ennemi de la révolution. Une cinquantaine d’experts, médecins légistes, policiers vont examiner les restes de la dépouille, vivement invités à arriver à la conclusion souhaitée.
LA GUERRE D’INDÉPENDANCE FUT LONGUE ET SANGLANTE.
Plus encore. Chávez vient de faire venir d’Equateur la dépouille présumée de la dernière compagne de Bolívar – plus précisément un peu de terre de la fosse commune péruvienne où elle échoua après son bannissement au Pérou –, Manuela Sáenz, grande figure du féminisme latinoaméricain, révolutionnaire elle aussi. Elle rejoindra son homme dans une tombe glorieuse du Panthéon de Caracas. On oubliera qu’aux dernières heures du héros, elle s’en était tenue à l’écart, préférant sa propre action politique.
Il y a tout juste 200 ans, l’Amérique du Sud commençait de chasser les Espagnols. La guerre d’indépendance fut longue et sanglante. Simón Bolívar domine cette épopée. Sa statue trône sur mille places. Il est vénéré partout. Mais c’est au Venezuela qu’on lui voue le culte le plus frénétique. Chávez a décrété une révolution «bolivarienne». Les deux hommes, pourtant si dissemblables, ont des traits communs. Mais comparé au Libertador, le «caudillo» de Caracas fait figure de bien pâle successeur.
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