Carrière
Qu’est-ce qu’un bon diplomate?

Par Catherine Bellini - Mis en ligne le 30.07.2012 à 14:13

AFFAIRES ÉTRANGÈRES. Pour défendre ses intérêts dans un monde plus complexe, plus hostile aussi, la Suisse a besoin d’ambassadeurs attentifs et d’habiles négociateurs. Mais qu’estce qui fait un bon diplomate? Avant la Conférence annuelle des ambassadeurs fin août, portrait d’un corps en mue.

«Certains diplomates ne se prennent pas pour la queue de la poire», sourit Dick Marty, ex-parlementaire qui les a beaucoup fréquentés alors qu’il était à la Commission des affaires extérieures du Conseil national, mais aussi comme membre de la Commission d’admission des jeunes diplomates. A force de glisser des parquets du Quai d’Orsay à la Maison Blanche, de poser à côté des Clinton, Kofi Annan et autres Obama, on pourrait croire, la nuit dans sa résidence au terme d’une somptueuse garden-party, que la vie de diplomate est un long fleuve tranquille, avec pour seul désagrément un léger mal de tête au réveil. Maudit champagne.

Eh bien, pas du tout. Il arrive qu’un diplomate coure de vrais dangers, qu’il ou elle sauve des vies, qu’il obtienne un cessez-lefeu, ou qu’il saute d’un continent à l’autre pour éteindre le feu susceptible de brûler la place financière suisse. Parfois, avec ses collègues, il organise à toute vitesse une conférence sur la Syrie, il prépare une visite à des industriels ou à des parlementaires, ou, encore, représente les intérêts américains à Cuba et en Iran. Le diplomate donne aussi des interviews, explique, notamment en Egypte, que le peuple suisse n’a rien contre l’islam, même s’il a accepté l’initiative contre les minarets. Enfin, tout chef de mission qu’il soit, un bon ambassadeur n’hésite pas à mettre la main à la pâte, comme l’ambassadeur Georges Martin qui emmenait un jeune Suisse à l’hôpital dans les rues de Jakarta, en pleine crise du tsunami.

Second rôle. Non, la profession n’a jamais été un long fleuve tranquille. Elle l’est moins que jamais. Car, comme le monde alentour, le métier a changé. Moins de prestige et de visibilité, moins de temps et de liberté d’action, davantage de contrôle, de pression.

Aujourd’hui, Berne veille au grain. A la centrale, environ 120 diplomates téléphonent, mailent, contrôlent les 223 autres diplomates en place à l’étranger. Quant aux conseillers fédéraux, toujours prêts à dégainer leur trousse de toilette, ils sautent dans l’avion dès qu’un succès politique se dessine à l’horizon. Puis en parlent à la nation, en duplex de Shanghai ou de New Delhi. Le jet-lag est entré dans leur vie. De plus, ils se déplacent avec les spécialistes de leurs offices et avec leur entourage, si bien que l’ambassadeur se voit souvent réduit à un rôle d’hôtelier et d’organisateur d’events.

Ah! il est loin le temps où l’ambassadeur plénipotentiaire négociait et signait des accords sous les feux de la rampe alors que les conseillers fédéraux restaient sagement à Berne. Autre époque que celle qui voyait le président de la Confédération ne quitter le sol helvétique sous aucun prétexte. Quand la reconnaissance était telle qu’un négociateur pouvait devenir conseiller fédéral tel Hans Schaffner en 1961.

Globalisation, technologie et centralisation aidant, le rôle du diplomate risque donc de rabougrir comme peau de chagrin. Dès lors, à l’heure où chaque citoyen est informé en tant réel des bouleversements du monde par les médias, sur internet, quelles sont les qualités qui font un bon diplomate en ce début de XXIe siècle?

L’amour de son pays. Autant le dire d’emblée, brosser le portrait d’un diplomate équivaut à dessiner la quadrature du cercle. Tant les qualités qu’il devrait réunir sont multiples et souvent antinomiques. Tant les fonctions diffèrent suivant qu’on est ambassadeur dans une grande mission ou une petite, qu’on travaille comme négociateur ou comme facilitateur, dans un cadre bilatéral, entre deux pays, ou multilatéral comme au sein de l’ONU.

Mais il est des fondamentaux. D’abord, il faut aimer son pays. Et aimer les gens. Un bon diplomate, comme le décrit Jan Atteslander, responsable des affaires extérieures d’Economiesuisse, «s’identifie aux valeurs suisses tout en montrant beaucoup de curiosité pour le pays où il vit». Car si le bon ambassadeur défend les intérêts de la Suisse, il doit aussi, estime Xavier Comtesse, directeur romand d’Avenir Suisse, «créer de l’intérêt pour son pays, lui ouvrir des marchés dans l’industrie, mais aussi la science et la culture. C’est important dans un pays qui gagne un franc sur deux à l’étranger.»

Gérer le travail en équipe, autre aptitude nécessaire, que ce soit avec le personnel à l’étranger comme avec la centrale à Berne. Et, comme on change de poste tous les quatre ans, la flexibilité fait partie des bagages: rester un généraliste doté d’une large vision du monde, tout en étant capable de se spécialiser rapidement dans les dossiers majeurs du pays ou de l’organisation où l’on est amené à travailler.

Une propension à l’empathie. Indispensable enfin: de l’empathie, mais sans perdre son esprit critique. Brigitta Gadient, la politicienne grisonne qui siégea longtemps dans la Commission de recrutement des jeunes diplomates, mais aussi au sein de l’Union interparlementaire, précise: «Il faut savoir écouter, observer, savoir prendre en considération d’autres sensibilités culturelles et politiques.» Connaître l’autre permet d’avancer dans une négociation, mais aussi de livrer une analyse de la situation, de ses conséquences potentielles pour la Suisse. Comme le remarque un ambassadeur: «Il nous faut des gens qui connaissent vraiment les Etats-Unis par exemple, qui nous rappellent que ce pays ne plaisante pas avec la justice et le fisc.»

Bref, le bon diplomate sort de son bureau, lève le nez, boit de nombreux cafés avec de nombreux politiciens, hommes d’affaires, membres de cabinet. Il parle aussi en public, à la population, aux médias locaux. Cela s’appelle constituer un réseau. Précieux quand survient la crise. Comme le souligne Michael Ambühl: «Il faut alors pouvoir téléphoner au secrétaire d’Etat le samedi soir. Ce n’est ni banal ni facile. Son entourage vous dira peut-être que c’est absolument impossible.»

Enfin, comme dans la vie en général, mieux vaut avoir la santé quand on a choisi la carrière. Un estomac bien accroché, des nerfs d’acier. Au Liban, en Tchétchénie, quand survient le tsunami ou l’accident de Fukushima, dans des situations tendues au Pakistan, en Libye, en Egypte. On dort alors au bureau, dans un sac de couchage, on prépare les évacuations des Suisses. Il arrive aussi qu’on tremble pour sa propre famille, dont on est sans nouvelles.

Curiosité pour le monde. Et pourtant, cette profession exigeante, de moins en moins prestigieuse, ne cesse pas de susciter des vocations. Comme le clame Beat Nobs, chef de la Division Asie et Pacifique: «La diplomatie, c’est plus qu’une profession. C’est une vie. Une vocation. Une curiosité pour le monde.» Pour elle, on quitte la zone de confort qu’est son propre pays. L’ambassadeur Nobs a la niaque. Il a de quoi. La venue à Berne de la cheffe de l’opposition birmane Aung San Suu Kyi, c’était lui. Il l’avait rencontrée, invitée, tout simplement. Et comme la femme avait une longue relation avec la Suisse, elle est venue.

La Suisse dispose d’excellents diplomates et négociateurs, aujourd’hui comme hier. Dick Marty et Brigitta Gadient, qui ont une vue d’ensemble, l’affirment haut et fort. Et d’en citer quelques-uns: Peter Maurer (en partance), Dante Martinelli (à l’ONU à Genève), Jacques de Watteville (UE à Bruxelles), Markus Peter (Pakistan) ou Michael Ambühl. Au fond, il faudrait surtout mieux utiliser leurs compétences, les consulter comme autant de baromètres dispersés autour du globe. Comme il aurait fallu entendre l’ambassadeur Carlo Jagmetti qui tirait la sonnette d’alarme avant l’affaire des fonds en déshérence aux Etats-Unis, le Conseil fédéral aurait dû écouter «les diplomates qui, depuis dix ans, martelaient que notre secret bancaire n’était pas durable», estime un haut fonctionnaire.

Renforcer le corps. Une autre idée fait son chemin. Thomas Held, l’ex-chef d’Avenir Suisse qu’on ne peut pas soupçonner de vouloir plus d’Etat, l’affirme: «La Suisse a besoin de davantage de diplomates classiques.» Il propose de former les spécialistes des autres départements aux mécanismes de la négociation, mais aussi d’organiser le concours non pas une fois, mais deux fois par an. «Les lignes de conflits se sont multipliées dans le monde, géographiquement et thématiquement. L’insécurité en Europe et la nouvelle donne dans le Maghreb représentent de grands défis», analyse-t-il.

Jan Atteslander, d’Economiesuisse, abonde dans le même sens. «De plus en plus de pays ont acquis de l’importance pour la Suisse: les régions émergentes en Asie et en Amérique latine, les pays arabes, l’Est. Nous regrettons les économies faites dans la diplomatie, les fermetures de consulats à Dubaï, Djeddah (Arabie saoudite) et Chicago alors qu’on fait exploser le budget de la Coopération au développement.» Dans un pays où l’économie vit des échanges internationaux, ses représentants revendiquent un solide corps diplomatique. D’autant plus que la Suisse, ni membre de l’OTAN ni membre de l’UE, semble parfois un peu seule.

Au sein du corps diplomatique, on regrette aussi les fermetures de consulats et d’ambassades tandis qu’une nouvelle race d’ambassadeurs essaime – baptisés les «ambassadeurs laptop». Comme nous le confie un haut fonctionnaire: cesgens se retrouvent seuls avec du personnel local et rapidement submergés par les tâches administratives qu’un bon secrétaire pourrait très bien assumer. Quant aux Quereinsteiger, ces personnes qu’on propulse ambassadeur alors qu’elles viennent d’autres horizons, les politiciens et les représentants de l’économie y sont ouverts. Pour autant qu’on en use avec modération. Pour des missions ponctuelles.

Tous les chemins mènent à Burkhalter. Ce sera bientôt l’heure de parler de tout cela. L’été, tous les chemins des ambassadeurs, diplomates, consuls et coopérants mènent à Berne où se tient, du 20 au 24 août, la grande messe de la diplomatie suisse: la Conférence des ambassadeurs. Une institution depuis les années 50, des ateliers où les diplomates en poste à l’étranger définissent avec leur interface à Berne leur stratégie commune, échangent avec les conseillers fédéraux sur les thèmes chauds du moment.

Cette année, la manifestation revêt un intérêt tout particulier avec l’arrivée de deux nouveaux aux Affaires étrangères: le conseiller fédéral Didier Burkhalter et son nouveau secrétaire d’Etat Yves Rossier, qui y passeront une sorte d’examen. Les ambassadeurs, de nature très observatrice, soupèseront chaque mot, commenteront chaque geste.


Peter Maurer

Le virtuose du multilatéralisme

Peter Maurer, 56 ans et des cheveux dressés en épi, c’est un peu l’ange gardien des Affaires étrangères qui s’est envolé à la présidence du Comité international de la Croix-Rouge début juillet. Son départ a soulevé une sincère vague de regrets dans un département pourtant plutôt panier de crabes. Chef de la mission permanente de la Suisse auprès des Nations-Unies à New York de 2004 à 2010, il y a donné une réputation d’excellence à notre pays, pourtant tout jeune membre. Il lui a donné un visage aussi. L’Assemblée générale de l’ONU lui a d’ailleurs confié plusieurs taches, dont la présidence de ladite 5e Commission, chargée des questions administratives et budgétaires. Il a ensuite succédé à Michael Ambühl comme Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères.

Le Bernois de Thoune est aussi celui par qui le «soft power» est entré dans la diplomatie helvétique. Josef Deiss lui avait confié cette tache en 1999. Marqué par la réconciliation opérée en Afrique du Sud après l’apartheid quand il était en poste à Pretoria, Peter Maurer a alors développé la politique suisse de la paix et des droits de l’homme. Historien de formation, il sait qu’une société qui a souffert doit pouvoir parler des frustrations et des peines du passé pour avancer.

Virtuose du réseau et du multilatérisme, Peter Maurer est peut-être le diplomate le plus estimé et le plus aimé du pays. «Un génie de la diplomatie, mais qui exerce avec modestie, simplicité et pugnacité», décrit Luzius Wasescha, chef de la Mission suisse auprès de l’AELE et de l’OMC qui part à la retraite. En fait, Peter Maurer suit un itinéraire très semblable à celui de l’Appenzellois Jakob Kellenberger: grand diplomate, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, président du CICR. Un style, aussi, qui privilégie le travail en équipe et ne cherche pas à tout prix les feux de la rampe.


Michael Ambühl

La machine à négocier

Quand une négociation aboutit, Michael Ambühl, 61 ans, n’est pas du genre à crier: champagne! Tout au contraire. «Une véritable déformation professionnelle: je me demande si quelque chose m’a échappé. Au lieu de me réjouir que les propositions aient passé, je me demande toujours pourquoi l’autre a dit oui.» Il est comme cela le secrétaire d’Etat aux questions financières internationales, ancien chef du bureau de l’intégration du DFAE, ex-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, les sens toujours en alerte, il contrôle tout, prêt à bondir. Qu’il s’agisse de sauver ce qui reste du secret bancaire face à l’Allemagne ou de voler au secours d’une UBS embourbée dans un désastre américain qui salit l’image de la Suisse.

La négociation, c’est devenu la seconde nature du mathématicien sorti de l’Ecole polytechnique de Zurich. Plus apprécié comme grand négociateur que quand il était secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, l’homme a fait ses gammes en Inde et surtout à Bruxelles, au coeur de cette machinerie «en perpétuelle négociation». Sa créativité et sa détermination, déjà à l’oeuvre lors des premiers accords bilatéraux avec l’Union européenne, forcent l’admiration.

«Même si on se demande si l’autre partie est convaincue ou si elle en a simplement assez», sourit un diplomate qui l’a vu à l’oeuvre. Mais il sait aussi jouer les facilitateurs, comme il l’a montré avec l’Arménie et la Turquie, faisant en sorte qu’aucune partie ne perde la face. La négociation, un jeu tellement stimulant qu’il pourrait, telle une drogue, rendre dépendant? «Peut-être, parce qu’on veut gagner, terriblement.» Peut-être aussi une histoire de famille: le cousin de sa mère était déjà négociateur en chef au sein du Département de l’économie. Il s’appelait Hans Schaffner. Il fut aussi le seul haut fonctionnaire de l’histoire suisse à être élu au Conseil fédéral.


Edouard Brunner

Le diplomate flamboyant

J’ai tout appris de lui, dit en substance Raymond Loretan, qui fut son secrétaire diplomatique. «L’étape la plus formatrice de ma vie.» Edouard Brunner est alors secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, le numéro 2 du département. «Il savait traduire les situations internationales en opportunités pour la diplomatie suisse.»

L’ex-parlementaire genevois Jacques-Simon Eggly l’a bien connu aussi. «Les premiers accords d’Helsinki à l’époque de la guerre froide, c’était lui.» Des accords, les premiers de l’OCDE, visant à améliorer les relations entre le bloc communiste et l’Occident. Edouard Brunner avait la passion politique contagieuse.

John Clerc, ancien secrétaire adjoint des services du Parlement et responsable des affaires extérieures, se souvient de cet homme qui emmenait des délégations de parlementaires dans New York, leur expliquant le rôle des Nations Unies et pourquoi il était dommageable que la Suisse n’en soit pas. «Il dynamisait les gens.» Décédé en 2010 à l’âge de 75 ans, Edouard Brunner reste une étoile dans le ciel de la diplomatie helvétique. Même si tous s’accordent à dire que si Brunner a pris tant de place, c’est aussi parce que le conseiller fédéral Pierre Aubert, peu sûr de lui, la lui a laissée. Après sa retraite en 1997, le gouvernement a encore fait appel à lui. Adolf Ogi lui confia notamment la tâche de repenser la politique de sécurité de la Suisse dans le cadre de la Commission Brunner.


Heidi Tagliavini

La facilitatrice dans les conflits

Une Heidi en star de la diplomatie suisse à l’étranger, cela ne s’invente pas. Nommée par l’UE en 2008 pour enquêter sur les raisons du conflit entre la Russie et la Géorgie, son rapport, pourtant critique envers les deux parties, n’a pas entamé sa réputation dans la région. L’ex-parlementaire tessinois Dick Marty se souvient d’une scène qui en dit long sur son aura internationale. «Au Conseil de l’Europe, les députés ont réservé une ovation à Heidi Tagliavini. Pour Micheline Calmy-Rey, alors présidente de la Confédération, les applaudissements furent polis.»

A la retraite depuis peu, mais quelquefois en missions secrètes – elle élude la question –, la sexagénaire, silhouette de jeune fille, parle 8 langues d’une voix frêle et a vécu 18 missions. Dont la guerre en Tchétchénie, «un moment-clé». En poste pour l’OSCE en 1995, elle est la seule femme d’une mission de 6 personnes. «Notre bureau était l’unique endroit où les parties en guerre acceptaient de venir négocier.» Dans un conflit, les revendications sont antagonistes, baignées de traumatismes et d’agressions.

«Une école pratique, brutale», où l’on apprend à s’imposer, à suspendre la discussion quand une partie dénigre l’autre. Il faut de l’intuition, savoir immédiatement quoi dire, sinon la spirale agressive reprend.» En alerte 24 heures sur 24, on sait qu’on risque sa vie, on entend les tirs d’artillerie. Mais la motivation est évidente: «Chaque jour, chaque semaine et chaque mois où l’on empêche la guerre, c’est un jour, une semaine, un mois où la population ne souffre pas.»

Comme Michael Ambühl, Heidi Tagliavini, entre en diplomatie inspirée par un membre de sa famille: le secrétaire d’Etat aux Affaires économiques extérieures Franz Blankart. «Que vas-tu faire de toutes ces langues? Présente-toi au concours!» Sceptique, peu préparée, la doctorante en philologie – russe, français et italien –, vit le concours comme une révélation. «Captivant !» Elle sait alors que c’est sa voie. «Je ne l’ai pas regretté un instant.»


Le concours diplomatique: sésame d'une carrière

Depuis 1956, le concours reste l’étape à franchir pour entrer dans le corps diplomatique qui comprend aujourd’hui près de 350 personnes. Conditions: 35 ans maximum, nationalité suisse, master ou licence universitaire, maîtrise de trois langues, dont deux nationales.

Cette année, quelque 300 candidats ont envoyé leur dossier. Le Département des affaires étrangères respire: leur nombre avait chuté jusqu’à 60, à la suite de la politique du personnel de Micheline Calmy-Rey qui, pour promouvoir la parité des sexes, avait écarté des candidats hommes qui avaient pourtant réussi le concours.

Les jeunes sélectionnés pour un premier tour écrivent une rédaction sur un sujet d’actualité, remplissent un test à choix multiple et se présentent dans leur deuxième langue nationale et une troisième langue importante telle que le russe, le chinois, l’arabe, l’espagnol ou le japonais.

La quarantaine de candidats généralement retenue pour le second tour passe un test d’aptitude. La présentation, pièce maîtresse du concours, se déroule devant une commission d’admission, composée de parlementaires, de diplomates, de représentants du privé, de professeurs et d’un psychologue. Comme le précise son président Dominik Furgler, ambassadeur en Egypte et neveu de feu le conseiller fédéral Kurt Furgler: «Ce n’est pas comme à l’université, juste ou faux. Nous devons sentir les personnes, leur caractère, leur humour, évaluer leur façon de parler et de se comporter même quand ils ne connaissent pas la réponse.»

Utiles pour départager les candidats, des épreuves écrites testent leurs connaissances en politique, histoire, culture, droit et dans les deux langues non maternelles. Chaque candidat passe encore vingt minutes avec un psychologue.

La commission livre ses propositions au chef du Département. Les douze à quinze heureux élus suivent un stage à Berne puis à l’étranger durant un an. La commission procède à une évaluation finale. Rares sont ceux à échouer à ce stade.

Les stagiaires gagnent, suivant leur âge et leur expérience, entre 80 000 et 120 000 par an de salaire brut. S’ils deviennent un jour chef d’une mission à l’étranger, leur salaire variera entre 215 000 et au maximum 270 000 francs, ce traitement étant réservé à quelques postes d’ambassadeur seulement, à savoir à Londres, Paris, New York, Berlin ou Rome.

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