Mutuel. «Qui implique un échange d’actes, de sentiments.» Un joli mot – en voie de disparition. D’ailleurs, avant qu’elle ne tienne sous nos latitudes tempérées le rôle de la Camorra à Naples ou des triades à Hong Kong, l’assurance maladie obligatoire s’appelait Mutuelle. Les gens heureux d’être en bonne santé s’acquittaient d’une modique somme mensuelle pour financer les soins de ceux qui n’avaient pas cette chance. Ces temps sont finis et révolu le principe de mutualité. Aujourd’hui, si je paie 341 francs de cotisations par mois, je veux pour 341 francs de sparadrap, non mais! Et rajoutez sur l’ordonnance un flacon de shampoing adoucissant… Cet individualisme éhonté infecte d’autres principes républicains. Les propriétaires de chiens ont lancé une initiative pour que la taxe canine soit affectée exclusivement à nos amis à quatre pattes. Je paie 100 francs par année pour Fido – que l’Etat lui mette pour 100 francs de croquettes, nom d’un chien! Et aussi un bel os en caoutchouc qui fait pouet-pouet quand notre chéri le mordille! Dans leur cabine, les camionneurs ruminent aussi ce genre d’idées égoïstes propres à gercer le principe de solidarité des impôts: la taxe poids lourds ne devrait servir qu’à l’entretien des routes. Et si un routier sympa aplatit Médor qui compissait son pneu, qui remboursera le sparadrap et les rustines? Il va y avoir du grabuge à la rubrique des chiens écrasés!
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