L'Hebdo;
2005-08-18 Bourlingueurs cosmiques et clones comiques
Cinéma La science-fiction fleurit avec «H2G2» et «The Island», soit du nonsense british et un blockbuster bruyant.
Aussi vrai que l'espace est infini sur les bords, Le Guide du Voyageur galactique est une bizarrerie culte issue du pays de la sauce à la menthe et des Monty Python. Tour à tour feuilleton radiophonique, trilogie romanesque en cinq volumes ou série télé, The Hitchiker's Guide To The Galaxy (H2G2 pour les initiés), désopilante parodie de la science-fiction imaginée par feu Douglas Adams, accède au grand écran.
Ce matin-là, Arthur Dent découvre que des bulldozers s'apprêtent à ratiboiser sa maison. Son meilleur ami fait son coming-out: il est extraterrestre. Et la Terre va être anéantie pour ouvrir une nouvelle bretelle hyperspatiale... Embarqué malgré lui dans une odyssée spatiale, notre héros fait quelques rencontres du 17e type: Zaphod Beeblebrox, président du Gouvernement Impérial Galactique à mi-temps, Marvin le robot dépressif, sans oublier l'ordinateur qui met 7,5 millions d'années pour répondre «42» à une question sur le sens de la vie...
Un glaçon dans votre gargle? Nonsense dans toutes les dimensions de l'espace et du temps! Truffé à l'humour anglais le plus exquis, Le Guide du Voyageur galactique additionne les sketches souvent hilarants, mais souffre de l'absence d'une intrigue. Certains traits délectables du livre se perdent dans la logorrhée. Pensons à l'infecte poésie des Vogons: «O blas bougriot glabouilleux»... Ou au «gargle blaster pan-galactique», ce cocktail qui fait «comme d'avoir la cervelle écrabouillée par un gros lingot d'or entouré d'une rondelle de citron»... Ou encore aux stances du cachalot: le générateur d'improbabilité infinie a créé un cétacé dans la haute atmosphère. Le temps d'aller s'écrabouiller sur la planète, le pauvre animal essaie d'édifier une «image cohérente du monde»... Il eût fallu un Terry Gilliam pour inventer les images équivalant aux élucubrations farfelues de Douglas Adams.
Rates sur pattes La rumeur prétendait que Michael Bay, le plus explosif des cinéastes américains (The Rock, Armageddon, Pearl Harbor), s'était mis à réfléchir. Il n'en est rien. Certes, les 45 premières minutes de The Island, film synthétisant THX 1138, L'Age de Cristal et Bienvenue à Gattaca avec une touche de Blade Runner, semblent inviter à la réflexion. Ensuite, ça se gâte.
Dans un complexe prophylactique ultramoderne, une communauté de survivants mène une vie sans heurts. Une grande loterie désigne parfois un heureux veinard qui a le droit de partir pour The Island, l'île au large de l'espoir, le seul endroit sur Terre qui ait échappé à la contamination.
Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si Lincoln 6 Echo ne faisait pas de cauchemars. Pis, le jeune homme se pose des questions sur le sens de la vie et éprouve une coupable attirance pour la blonde Jordan 2 Delta. A force de fureter, il découvre qu'il n'y a pas d'île. Ses camarades et lui font partie du nouveau rêve américain: ils sont des «polices d'assurance», c'est-à-dire des banques d'organes ambulantes susceptibles de prolonger la vie d'une élite de nantis.
Le rat s'enfuit du laboratoire et les superbrigades d'intervention musclées se lancent à sa poursuite. Assez traînassé du côté de la philosophie! Place à l'action! Passé une légitime stupeur existentielle (je suis un clone de trois ans...) et une inadéquation sociale absolue (on la met où la carte de crédit? Et le zizi?), Lincoln 6 Echo acquiert une superefficacité jamesbondienne: il castagne comme un vieux ninja et file à 300 km/h sur l'une des motos volantes de la police.
Bref, toute réflexion est évacuée au profit de mitraillages assourdissants et des sempiternelles incohérences: pourquoi le clone d'une personne de 60 ans doit-il avoir 60 ans? |Antoine Duplan
H2G2 - Le Guide du Voyageur Galactique. De Garth Jennings.Grande-Bretagne, 1 h 48. The Island. De Michael Bay. Avec Ewan McGregor, Steve Buscemi. Etats-Unis, 2 h 15.
«H2G2» Zaphod Beeblebrox, maître du monde.
«The island» Ewan McGregor et Scarlett Johansson,clones en fuite.
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