UBS va supprimer 3500 postes de travail, d’ici à fin 2013; dont 35% dans sa division Wealth Management & Swiss Bank qui comprend ses activités en Suisse. La banque aux trois clés annonce sans ménagement que cela n’ira pas sans licenciements.
«LA MEILLEURE FAÇON DE LUTTER CONTRE LES EFFETS DE CHANGE EST DE DEVENIR ENCORE PLUS EFFICACE.»
Credit Suisse Group espère, lui, éviter les licenciements; tout en supprimant 2000 emplois en 2012, dont 500 en Suisse. Franc fort, taux d’intérêt au plancher et limitation des opérations pour compte propre ont pesé sur les résultats au 2e trimestre.
Le bénéfice net ajusté descend à 835 millions de francs. La rentabilité des fonds propres recule à 10%, contre 15% ajustés sur l’ensemble du 1er semestre.
Vos résultats trimestriels sont décevants; surtout dans la banque d’investissement. Le modèle de banque universelle est-il toujours le meilleur?
Un rendement sur fonds propres de 10% constitue la seconde meilleure performance de toutes les banques globales. Au second trimestre, l’ensemble de nos divisions et secteurs d’activité ont dégagé un résultat positif. L’afflux de fonds à gérer est très satisfaisant. Nous continuons donc à croire que les clients apprécient notre modèle d’affaires.
Vous voulez économiser un milliard en 2012: comment?
L’industrie bancaire est engagée dans un changement structurel: nous devons accroître notre efficacité. Nous continuerons à développer les affaires en croissance, notamment dans le Private Banking et l’Asset Management. Tout en procédant à des réductions de coûts dans l’ensemble du groupe, plus particulièrement dans la banque d’affaires dont certaines activités sont pénalisées par la conjoncture.
Combien d’emplois seront supprimés en Suisse?
Nos effectifs seront réduits de 2000 postes de travail, dont environ 500 en Suisse. Dans ce pays nous tenterons, comme par le passé, de procéder à ces réductions sans licenciements. Un marché du travail interne favorise la mobilité dans l’entreprise. D’autres personnes seront soutenues pour se reconvertir à l’extérieur.
HSBC a annoncé des suppressions massives d’emplois en Europe et aux Etats-Unis et de nombreuses créations de postes en Asie. Allez-vous suivre la même stratégie?
La croissance en Asie est forte, mais nous continuerons à développer nos activités partout où le marché est prometteur pour nous; y compris dans certains segments de la banque d’affaires en Suisse, mais aussi dans le Corporate Banking ou la gestion de fortune pour les Ultra High Net Worth Individuals.
La faiblesse du dollar et de l’euro ampute vos résultats de centaines de millions. Comment réduire ce risque?
La meilleure façon de lutter contre les effets de change est de devenir encore plus efficace partout dans le monde, dans nos différentes activités. Les pressions sur le franc vont probablement durer. Or, nous avons une base importante en Suisse avec des coûts dans cette monnaie. Mais notre stratégie est menée selon une vision à long terme qui ne varie pas au gré des mouvements de change.
La BNS tente d’affaiblir le franc. Le Credit Suisse l’aide-t-il dans cette tâche?
La BNS fait un très bon travail et nous soutenons les mesures prises. Mais les pressions sur la monnaie vont sans doute continuer et cela constitue un grand défi pour le pays. Notre devoir principal est de soutenir les entreprises suisses, notamment dans leurs activités d’exportation.
Le Credit Suisse a-t-il aidé la BNS, en vendant des francs?
L’essentiel de nos opérations sont menées pour le compte de clients. Nous avons très peu de gestion pour compte propre, en raison d’une stratégie d’entreprise prudente. Nous pouvons apporter une aide ponctuelle pour exécuter des transactions, y compris pour la BNS.
Avez-vous été informé par la BNS avant son action?
Nous avons évidemment eu de longues discussions sur ce thème avec la Banque nationale et le gouvernement.
Quelle est l’exposition de Credit Suisse Group à la dette américaine?
Nous sommes très actifs sur le marché des titres de la dette publique américaine. Autant pendant la période qui a précédé le relèvement du plafond de la dette des Etats-Unis que juste après l’abaissement de la note par Standard & Poor’s, ce marché a fonctionné tout à fait normalement.
Quelles seront les conséquences pour le Credit Suisse du changement de notation de la dette américaine?
Dans un premier temps, les conséquences sont minimes. Les marchés avaient anticipé un éventuel changement de notation si l’accord politique conclu aux Etats-Unis n’était pas satisfaisant. Ce changement de note est un signal.
Il ne vous a donc pas surpris?
Non. Pour l’instant, les marchés fonctionnent normalement. L’effet serait différent si les autres agences de notation dégradaient la note des Etats-Unis. Je pense toujours que les investisseurs gardent confiance dans la capacité des Etats-Unis à assumer leur dette.
Si certaines banques européennes rencontraient de graves difficultés, pourriez-vous résister à un effet domino?
Nous sommes sans doute une des banques les mieux positionnées au monde pour traverser des situations difficiles. Nous avons une très large base de capital: notre ratio Tier 1, selon Bâle II, est de 18%. C’est l’un des plus élevés parmi les grandes banques.
En outre, notre modèle d’affaires a été conçu pour résister à une forte volatilité sur les marchés. De plus, nous ne sommes pas exposés aux risques des obligations souveraines grecques, irlandaises, portugaises ou espagnoles. Nous avons des obligations souveraines italiennes, mais elles sont couvertes.
Vos actifs ont diminué au dernier trimestre. Pour respecter les règles de prudence imposées aux banques, allezvous réduire votre bilan?
Nous avons mis l’accent sur une stratégie orientée sur le client et un modèle d’affaires privilégiant une utilisation plus efficace du capital. Dans ce cadre, nous avons déjà réduit la taille de notre bilan; particulièrement dans les catégories d’actifs les plus risquées. Nous restons concentrés sur la réduction du risque réel.
D’autant qu’avec Bâle II.5 – et bientôt Bâle III – nous devons renforcer nos fonds propres en fonction du risque. Nous sommes également tenus de respecter le ratio d’endettement fixé par nos régulateurs et nous sommes à l’aise en la matière. Compte tenu de ces éléments, j’estime que la taille de notre bilan restera stable ces prochaines années.
Les nouvelles réglementations suisses constituent-elles un avantage ou un désavantage dans la compétition?
C’est un peu les deux. Cela dépend si on ne tient compte que de la situation d’aujourd’hui ou de celle qui sera la nôtre dans deux ou trois ans. Notre désavantage actuel tient au fait que la Suisse a réagi très vite: nous respectons déjà la norme Bâle II.5 – intermédiaire entre Bâle II et Bâle III – alors que de nombreuses banques, notamment aux Etats-Unis, en sont encore à Bâle I.
Il est donc plus difficile pour nous d’être compétitifs. En outre, atteindre le niveau de capital prévu dans les nouvelles normes suisses constitue un grand défi. La question se pose de savoir à quel moment les banques du reste du monde atteindront ce niveau de fonds propres. Et ce qui arriverait si certaines banques ne passaient pas à Bâle III.
Et à l’avenir?
A plus long terme, les exigences élevées de capital imposées par la Suisse aux grandes banques pourraient se transformer en avantage. Le capital semble disponible. Nous avons pu en lever suffisamment, à un prix raisonnable, lors de notre émission de contingent convertibles et disposons d’un coussin de sécurité appréciable.
Quel est votre objectif de long terme pour le rendement des fonds propres?
Nous visons un rendement de 15% au minimum, même lorsque nos fonds propres auront été augmentés pour respecter les nouvelles règles suisses et celles de Bâle III.
Un accord entre la Suisse et les Etats-Unis pour régler les contentieux fiscaux est-il souhaitable?
Nous avons toujours soutenu les efforts du gouvernement suisse pour régler les problèmes transfrontaliers, avec tous les pays. Parallèlement, nous répondons aux demandes des régulateurs dans chaque pays.
Certains de vos employés, et la banque elle-même, font l’objet aux Etats-Unis d’enquêtes pour aide à l’évasion fiscale…
Nous faisons effectivement l’objet d’une enquête aux Etats-Unis. C’est un problème que nous prenons au sérieux et nous coopérons avec les autorités américaines à ce sujet.
Vous êtes Américain, avez-vous peur d’aller aux Etats-Unis?
Non, je voyage régulièrement aux Etats-Unis.
Certains analystes estiment que les démêlés juridiques du Credit suisse aux Etats-Unis pourraient créer une nouvelle «affaire UBS» pour la place financière suisse…
Comme je l’ai dit: c’est un problème que nous prenons au sérieux et nous coopérons avec les autorités américaines à ce sujet. En termes d’opérations au jour le jour, nous avons travaillé très durement pour respecter la législation des différents pays.
Les clients allemands pourront opter pour un impôt libératoire. Quel est le montant des avoirs allemands non déclarés dans votre banque?
Nous ne le savons pas: les clients nous annonceront leur situation lorsque l’accord sera en vigueur. Nous avons annoncé que le montant total des fonds transfrontaliers, venant de pays européens, que nous gérons est d’environ 100 milliards de francs, dont 25 à 35 sont considérés comme avoirs à risques. Une partie de cet argent vient d’Allemagne.
Les banques suisses verseront à l’Allemagne une avance de 2 milliards de francs. Quelle est la part du Credit Suisse?
Ce n’est pas encore déterminé. Des discussions sont en cours entre l’Association suisse des banquiers et les différentes banques pour définir la participation de chaque établissement. Elle sera en relation avec l’importance de ses affaires avec l’Allemagne.
Certains de vos employés en Allemagne font l’objet d’une enquête pour aide à l’évasion fiscale. Cet accord les mettra-t-il à l’abri de toute poursuite?
Il faut encore examiner les détails techniques du texte, mais un tel accord facilitera de toute façon la résolution des problèmes passés et devrait ouvrir des perspectives pour le développement de nos affaires en Allemagne.
Quel est le montant des avoirs détenus par des Grecs dans votre banque?
Nous ne le communiquons pas. Nous avons annoncé le montant global des fonds transfrontaliers européens, mais pas le détail par pays.
Vous avez diminué la part des bonus au profit des salaires fixes: un problème pour adapter vos coûts?
Techniquement, cela réduit la flexibilité pour adapter notre base de coûts. En pratique, cela ne fait pas grande différence, car la possibilité de diminuer la part variable des revenus est limitée par la compétition.
Etes-vous optimiste pour vos activités en Suisse?
L’économie suisse va souffrir de la force du franc. Les entreprises s’y sont jusqu’ici bien adaptées mais un franc durablement trop fort constituera un grand défi pour l’industrie. Nous restons toutefois optimistes pour nos affaires en Suisse. Nous travaillons étroitement avec certains de nos clients pour les aider à faire face aux risques de change.
Et en Suisse romande?
Nous employons quelque 2500 personnes en Suisse romande et sommes très présents sur la place financière de Genève et de Lausanne. C’est une région dynamique et importante pour nous: nous sommes très actifs dans les activités de négoce international, de gestion de fortune et de services aux entreprises et clients privés.
Nous avons également décidé de créer un Centre de développement informatique au sein de l’EPFL pour être proches de ce pôle d’excellence et des entreprises sur place.
Texte intégral de l’interview sur www.genevievebrunet.typepad.com
Profil
Brady Dougan
BRADY DOUGAN 52 ans, CEO de Credit Suisse Group et du Credit Suisse depuis mai 2007, il est membre du comité de direction de ces deux entreprises. Il était auparavant CEO de la banque d’investissement du Credit Suisse, après avoir occupé la même fonction à Credit Suisse First Boston depuis juillet 2004. A été CEO de Credit Suisse Americas.
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