Décryptages
Bras de fer à 1000 milliards d’euros
Le Comité de Bâle est loin d’avoir, à ce jour, la certitude que toutes les banques respecteront ses nouvelles normes prudentielles, dites de Bâle III . Alors que les banques américaines n’appliquent toujours pas Bâle II et que Dexia vient d’être démantelée - peut-être la première banque européenne à subir ce triste sort avant d’autres -, la sourde guéguerre menée par les banquiers pour échapper à une partie des nouvelles règles se poursuit en coulisses.
ÉNORME DÉFICIT D’ACTIFS LIQUIDES
L’exigence de constituer des fonds propres de meilleure qualité et de garder suffisamment de liquidités pour survivre à un choc de confiance, tout comme le ratio d’endettement fixant le levier tolérable en proportion de la taille du bilan, limitent la marge de manoeuvre de grands patrons volontiers enclins à sous-estimer les risques systémiques pour mieux doper leurs profits.
D’autant que, pour la plupart des établissements financiers européens - habitués jusque-là avec Bâle II à constituer des fonds propres en fonction de risques identifiés par eux-mêmes -, le nouveau carcan est très contraignant. L’effort à fournir pour s’y conformer est pénible.
Distribuer moins, voire pas du tout, de dividendes pour stocker les bénéfices, réduire la taille du bilan - donc le nombre d’affaires possibles - ne sont du goût à court terme ni des actionnaires ni des dirigeants qui voient fondre la valeur de leurs rémunérations variables en actions et options.
Dans son effort pour convaincre que la sévérité des régulateurs n’est pas forcément pertinente, la revue Conjoncture de BNP Paribas a publié, en juin, une étude intitulée «Bâle III n’aura peut-être pas les vertus de la lance d’Achille», en référence à cette arme dotée de la vertu de guérir les blessures qu’elles avaient infligées.
Et d’expliquer que les nouvelles exigences réduiront la quantité de crédit disponible dans les économies européennes et en augmenteront le coût. Reste que le contribuable - instruit par la violente baisse des actions bancaires pendant l’été, le nouveau sauvetage de Dexia et le coût du Fonds européen de stabilité financière - retiendra plutôt que «les banques européennes présentaient un déficit de 1000 milliards d’euros d’actifs liquides à la fin de 2009». En espérant que, dans ce super bras de fer, le Comité de Bâle saura jouer des muscles.
Tags: Décryptages, chronique de Geneviève Brunet,
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