Il était une fois... un enfant né à Neuchâtel, alors terre prussienne, auquel l’horlogerie – et la puissance de son marketing – doit beaucoup: Abraham-Louis Breguet (1747-1823), lui que certains surnomment «le plus grand horloger de tous les temps» et auquel, dans la continuité du Louvre en 2009, le Musée national suisse* consacre une exceptionnelle exposition baptisée «A.-L. Breguet, l’horlogerie à la conquête du monde».
A la clé: quelque 175 pièces dont notamment les fameux manuscrits achetés aux enchères par la maison Breguet en 2010, la reproduction de la célèbre montre Marie-Antoinette alors que l’originale reste toujours dans les coffres d’un musée israélien, des pendules de voyage, dont celle du général Bonaparte lors de l’expédition d’Egypte, des instruments de mesures, des peintures, des brevets, etc.
Organisée de manière thématique, l’exposition rappelle combien Breguet fit avancer l’art horloger, lui à qui l’on doit, entre autres, l’invention ou le perfectionnement d’échappements de toutes sortes, du spiral et du tourbillon, mais aussi des chronographes, des montres à tact et la première montre- bracelet.
L’expo permet surtout de clore le débat sur Breguet le Suisse vs Breguet le Français. Car, comme l’écrit Emmanuel Breguet (son descendant) dans sa préface au catalogue, «si Breguet est bien Français par son empreinte dans la vie intellectuelle, scientifique et commerciale de la France (il y passa 60 années de ses 77 ans de vie, ndlr) il est également bien Suisse par ses origines familiales, ses quinze premières années, son retour de deux ans en pleine Révolution (1793-1795, au cours desquels il matura quelques-unes de ses inventions, ndlr) et par une grande partie de son entourage professionnel et de ses amitiés.»
A 15 ans, Abraham-Louis arrive à Paris, il y côtoie alors nombre de Neuchâtelois et de Suisses, des proches de Ferdinand Berthoud au révolutionnaire Marat, de ses élèves et collaborateurs – les Droz, Sandoz, Jeanneret, Perrelet, Roy, Recordon et Dumergue, tous compatriotes – à ses nombreux fournisseurs, Suisses eux aussi.
Et l’historien de conclure: «Au risque de verser dans l’imagerie populaire, sa rigueur, sa persévérance, son sens de l’organisation et de la perfection de chaque détail, semblent aussi des vertus bien helvétiques...»
Mais de rappeler que «l’homme qui séduisit la Cour de France (...), réussit la prouesse de se faire respecter et admirer des Anglais, conquit Saint-Pétersbourg, Madrid, Naples et Istanbul avec des produits inédits et un réseau qui préfigure d’une certaine manière la “mondialisation du luxe” que nous vivons aujourd’hui, est trop grand pour une seule étiquette.
Il fut à l’évidence l’homme d’une heureuse harmonie de qualités suisses et françaises, trouvant – et c’est peut-être son secret – dans la profession qu’il avait choisie, la mesure du temps, un langage non pas national mais universel.»
* Prangins. Exposition du 10 juin au 19 septembre. Zurich. Landemuseum, du 6 octobre au 8 janvier 2012. www.breguet.chateaudeprangins.ch
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