La voie bilatérale entre la Suisse et l’Union européenne (UE) ressemble de plus en plus à une traversée du désert. Toujours pas d’accords ni sur le libre-échange agricole, ni sur l’électricité, alors qu’on discute depuis un, voire deux ans! Un round de négociations agricoles prévu pour cette semaine (21 et 22 octobre) a même dû être annulé. «Nous devions parler de protection des consommateurs notamment. Mais les Suisses ne sont pas prêts», dit-on à Bruxelles. A en croire le dernier rapport sur la politique extérieure 2009, on se croirait dans une chanson des Poppies des années 70. «Non, non, rien n’a changé, tout, tout a continué…» Concernant l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne, le Conseil fédéral constate: «Cela reste une option.» Ni plus, ni moins. Hélas pour la Suisse, au siège de l’UE à Bruxelles, le ton a changé. Il est devenu plus sec, plus intransigeant. «Il n’est plus question de négocier un régime d’exception pour la Suisse, tout au plus des phases de transition pour lui permettre de s’adapter au droit communautaire», déclare aujourd’hui un diplomate qui ajoute: «Le premier paquet d’accords de 1999 serait aujourd’hui impensable dans une UE à 27 pays». Le Conseil fédéral, qui consacre cette semaine une retraite à ce sujet, n’en semble pas véritablement conscient, à deux exceptions près: Moritz Leuenberger, qui a toujours prôné l’adhésion, et Pascal Couchepin que ses amitiés avec des dirigeants européens comme Jean-Claude Juncker et José Manuel Barroso ont rendu plus europhile que par le passé. La cheffe des Affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, quant à elle, se tait. Prendre de l’influence. L’ambassadeur de l’UE Michael Reiterer a récemment invité deux hôtes dans sa résidence à Berne: l’ex-commissaire européen Franz Fischler et l’ancien secrétaire d’Etat Franz von Däniken. L’Autrichien a tenu ce discours aux Suisses: «Plutôt que de vous poser la question de votre souveraineté, réfléchissez en termes d’influence.» Pour prendre de l’influence à Bruxelles, les Autrichiens ont décidé d’adhérer à l’UE en 1995. Les deux orateurs ont aussi invité les europhiles à ne pas trop rêver. En se joignant au club des Vingt-Sept, la Suisse devrait faire d’inévitables concessions sur la démocratie directe. Cela n’ébranle pourtant pas trop Franz von Däniken, un partisan déclaré de l’adhésion dès le moment où il a quitté son poste en 2005. «Il ne faut pas s’imaginer qu’à Bruxelles, la Suisse se retrouverait toujours seule face au reste de l’Europe. Elle pourrait aussi former des coalitions et influer la politique dans la direction qu’elle souhaite. » Une affirmation confirmée par de nombreux fonctionnaires qui siègent dans les comités mixtes gérant les accords bilatéraux ou l’espace Schengen. «La Suisse n’est jamais toute seule.» Il n’y aura pas de surprise lors de la retraite du Conseil fédéral. Les Merz, Leuthard, Widmer-Schlumpf et Maurer sont tous des adeptes de la continuité bilatérale. Et leurs partis respectifs applaudiront. Dans un communiqué, le comité exécutif du Parti libéral-radical vient de balayer «l’aventure de l’adhésion », préférant conclure de nouveaux accords bilatéraux avec la Chine et Hongkong. Il oublie que l’UE reste de loin le principal partenaire économique de la Suisse, représentant 62 % de ses exportations et même 80 % de ses importations. Comme le dit un diplomate, il faudra bientôt choisir entre la souveraineté ou une perte de croissance. «A force de s’accrocher à sa sacro-sainte souveraineté, la Suisse n’aura plus un accès total à certains marchés européens.»? Ce moment de vérité surviendra dans moins de deux ans.
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