«Tchernobyl était un accident soviétique, pas nucléaire», a longtemps affirmé Bruno Pellaud. Et Fukushima, alors? «C’est un drame japonais. Les responsables de la compagnie d’électricité de Tokyo ont mal fait leur travail.»
Quant aux politiques suisses fraîchement convertis à l’abandon du nucléaire, c’est «le règne de l’irrationnel». Le lobby du nucléaire? «Il n’existe pas, tout le monde est rentré dans sa coquille.»
Tout le monde sauf lui, Bruno Pellaud, ancien président du Forum nucléaire suisse, ancien directeur général adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Lui, défenseur inébranlable et vieux routier impénitent, toute une vie au service de l’atome.
Sa «révélation», il l’a eue à 18 ans: c’était en 1955, lors de la Conférence internationale des Nations Unies sur l’utilisation pacifique de l’énergie atomique, à Genève. Gymnasien à Lausanne, il passe dix jours sur place, au milieu des 4000 délégués.
Le jeune homme poursuit ses études au Poly de Zurich, avant d’enchaîner les postes à New York, San Diego, Zurich et Vienne.
A 73 ans, Bruno Pellaud observe avec philosophie le débat sur l’approvisionnement énergétique. «Les décisions sur le nucléaire aujourd’hui? C’est comme un fumeur qui annonce qu’il arrêtera dans dix ans. J’attends de voir.»
La galaxie internationale
L’AIEA
Bruno Pellaud a gardé des contacts avec ses anciens collègues basés à Vienne. Le plus prestigieux d’entre eux est Mohamed el-Baradei, qui a dirigé l’Agence internationale de l’énergie atomique de 1997 à 2009. «Il a changé de vie maintenant», relève son ancien adjoint. Le Prix Nobel de la paix poursuit désormais sa carrière politique en Egypte.
L’UNIVERSITÉ DE PRINCETON
Il s’est fréquemment rendu à Princeton pour donner des conférences et participer à des groupes de travail, le plus souvent autour du thème de l’Iran. «C’est ma dimension américaine, ce qu’il me reste des Etats-Unis après les huit années que j’y ai passées entre 1963 et 1970.»
THE ASPEN INSTITUTE
Ce think tank de droite, fondé dans le Colorado en 1950, a régulièrement invité Bruno Pellaud à des séminaires sur l’Iran et la non-prolifération nucléaire. En mars dernier, il y a présidé une discussion sur le contentieux nucléaire entre émissaires américains et nord-coréens dans un château en Allemagne. «J’aime faire ce genre de choses. Ce sont des étoiles dans mon firmament qui me permettent de sortir du contexte purement suisse.»
Ses inspirateurs
HANS BLIX
Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique a pris Bruno Pellaud comme directeur adjoint en 1993. Ce dernier fut impressionné par l’intégrité intellectuelle et l’intelligence politique du diplomate suédois. «Il sait parfaitement où il veut aller et, lorsqu’il accepte un compromis, c’est pour mieux atteindre son objectif initial.»
MICHAEL KOHN
Président de Motor Columbus et d’Atel dans les années 70 et 80, Michael Kohn «appartient à cette génération de pionniers du nucléaire qui avaient une vision politique extrêmement large».
Agé de 89 ans, l’ancien «pape de l’énergie» est toujours actif; les deux hommes se téléphonent de temps en temps. «J’ai souvent utilisé Bruno Pellaud comme source d’information, indique Michael Kohn. De par ses activités internationales, il était toujours bien renseigné.»
Ses repères professionnels
CHANTAL BALET
Ils ont collaboré étroitement dans le cadre de la campagne contre deux initiatives antinucléaires en 2003. Valaisanne comme lui, l’ancienne responsable romande d’Economiesuisse et actuelle présidente de la Fédération romande de l’énergie apprécie la maîtrise technique de Bruno Pellaud: «Quand on mène campagne sur un sujet aussi complexe, c’est précieux d’avoir un expert sous la main.»
MARTIN PFISTERER
Le directeur des Forces motrices bernoises (FMB) est une connaissance de longue date. «J’ai beaucoup pensé à lui ces derniers temps, dit Bruno Pellaud. Le tsunami médiatique a été terrible pour sa société. Mais on oublie que, depuis quinze ans, cet homme a fait plus pour les énergies renouvelables aux FMB (Jura, Mont-Crosin, Mont-Soleil) que tous les politiciens rouges-verts réunis.»
Son réseau au DFAE
MICHELINE CALMY-REY
Depuis six ans, Bruno Pellaud conseille le Département fédéral des affaires étrangères sur différents thèmes en lien avec le nucléaire. Sans être un proche de la conseillère fédérale en charge du département, il dit apprécier sa personnalité. «On peut en penser beaucoup de choses, mais elle a une cohérence politique totale dans sa fonction.»
LES DIPLOMATES DE L’OMBRE
Bruno Pellaud a conseillé les diplomates suisses, notamment en lien avec la médiation en Iran ou dans le cadre de la Conférence sur le désarmement. Représentant permanent de la Suisse auprès de cette instance à Genève, l’ambassadeur Jürg Lauber estime que le Valaisan «a apporté des conseils très utiles, grâce à son expérience internationale».
A la suite de l’accident de Fukushima, Bruno Pellaud a proposé l’établissement d’un système de peer reviews obligatoires au niveau international pour vérifier la qualité des installations nucléaires. Une idée que le DFAE a affinée et défendue sur la scène internationale.
Ses oasis
LA FAMILLE
C’est à Icogne, dans le chalet familial, que se réunit régulièrement sa tribu. Son épouse Marie-Claire lui a donné trois enfants: Katia, biologiste, Diego et Stéphane, tous deux informaticiens. Bruno Pellaud avoue qu’on ne parle pas beaucoup de nucléaire autour de la table à manger. «Mes enfants s’intéressent assez peu à ce que je fais.»
UN COUP DE CŒUR
Né à Martigny, Bruno Pellaud porte une affection particulière à la Fondation Gianadda. «Je ne connais pas particulièrement bien Léonard Gianadda, mais j’ai de l’admiration pour ce qu’il a fait dans cette ville. C’est quelqu’un qui parle comme un ingénieur, mais opère avec une grande finesse artistique. Et il a ce côté culotté qu’ont les Valaisans.»
Ses affinités politiques
PASCAL COUCHEPIN
Bruno Pellaud vient de Chemin, audessus de Martigny, là où se trouve le chalet familial de l’ancien conseiller fédéral. «Je m’identifie à son radicalisme pur-sang. Dans la société, il y a 10% de personnes qui ont besoin d’aide, mais il faut laisser travailler le 90% restant.»
MARCEL MAURER
«Le premier président non conservateur de la ville de Sion depuis 150 ans, ce n’est pas rien! Il développe activement les énergies renouvelables en Valais, mais il considère que ce n’est pas inconciliable avec un socle fort dépendant du nucléaire.» Le libéralradical considère Bruno Pellaud comme un «repère solide qui parle de choses qu’il connaît bien et ne cherche pas la polémique».
Ses adversaires
ISABELLE CHEVALLEY
«Le débat nucléaire manque de qualité», souligne Bruno Pellaud. La députée vaudoise Vert’libérale est l’une des rares personnes avec qui il refuse désormais de monter sur un podium. «Elle n’attaque pas les idées, mais la personne, en cherchant constamment à faire passer son contradicteur pour un imbécile ou un vendu.»
ROGER NORDMANN
«Nous ne sommes pas d’accord sur beaucoup de choses, mais c’est un vrai plaisir de débattre avec Roger Nordmann. C’est quelqu’un d’authentique.» Le conseiller national socialiste reconnaît des qualités similaires à Bruno Pellaud: «Contrairement à d’autres qui se drapent de scientificité, il y va au moins franchement et s’affiche tel qu’il est, c’est-à-dire en tant que lobbyiste.»
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