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CONSEIL FEDERAL
Bruno Zuppiger: le retour en grâce

Par Michel Guillaume - Mis en ligne le 07.12.2011 à 11:23

Surprenant come-back à l’UDC: le président de l’USAM, jadis suspecté de trop dévier de la ligne du parti, est devenu l’homme providentiel pour regagner un deuxième siège au Conseil fédéral.

Bruno Zuppiger boit du petitlait. Normal, pour un fils de paysans qui a passé les cinq premières années de sa vie dans une ferme. A l’âge de 59 ans, ce Zurichois de l’Oberland savoure sa douce revanche, celle d’être candidat officiel de l’UDC au Conseil fédéral – sur un ticket avec Jean-François Rime –, où il rêve de rejoindre son ami Ueli Maurer, domicilié à Hinwil tout comme lui.

Quel spectaculaire retour en grâce! Parce que l’actuel président de l’Union suisse des arts et métiers (USAM) n’a jamais été en odeur de sainteté dans le cercle des intimes du leader Christoph Blocher. En 2007, puis en 2008, celui-ci s’en méfie et lui barre la route lorsqu’il s’agit de récupérer le siège de Samuel Schmid, passé au PBD avec Eveline Widmer-Schlumpf.

A l’époque, le centre gauche voit en lui un candidat de rupture parfait pour ne pas briser la concordance. Mais Bruno Zuppiger met les choses au point: «C’est vrai que j’ai été contacté par nos adversaires, mais j’ai d’emblée refusé de jouer ce jeu-là, tout simplement parce qu’il m’aurait été impossible de gouverner sans l’appui de mon groupe.»

Au sein même de l’UDC, Bruno Zuppiger ne fait toujours pas l’unanimité. Personne ne le dit ouvertement, mais la Weltwoche vient de publier un portrait très critique de lui. Lorsqu’il était secrétaire cantonal de l’USAM zurichoise, il a été impliqué dans des opérations immobilières qui ont placé l’organisation au bord de la faillite. Il est blanchi par la suite, mais quitte son poste pour créer en 1995 sa propre entreprise de conseil qui occupe aujourd’hui une petite dizaine de personnes.

 

«IL M’AURAIT ÉTÉ IMPOSSIBLE DE GOUVERNER SANS L’APPUI DE MON GROUPE.»
Bruno Zuppiger, candidat officiel de l’UDC au Conseil fédéral

 

Epicurien. Ces jours-ci, Bruno Zuppiger jouit de l’instant présent, de cette conjoncture où toutes les circonstances jouent en sa faveur. En 2008, il était «trop rond, trop déviant, trop imprévisible». Trois ans plus tard, ces tares indélébiles aux yeux de Christoph Blocher sont devenues autant de précieuses qualités selon le nouvel homme fort de l’UDC, Peter Spuhler.

C’est lui qui a soufflé son nom à la direction du parti. Voisin de pupitre au Conseil national, Bruno Zuppiger est un ami de l’entrepreneur thurgovien. Tous deux ont même créé le groupe Food, Fun and Politics en 2001, une trentaine de bons vivants se réunissant pour une bonne bouffe chaque dernier mercredi de session.

Mais quel homme politique se cache derrière ce convivial Zurichois? «Un UDC pur sucre, mais capable de collaborer avec les autres partis», résume la sénatrice socialiste bâloise Anita Fetz, elle aussi membre du club d’épicuriens dont fit aussi partie une certaine Doris Leuthard. Le principal intéressé ne dément pas: «Je souscris en grande partie à la plateforme de l’UDC. Quant à mon style, j’aime les gens, j’ai appris à écouter leurs désirs.»

Ce mélange d’intransigeance et d’empathie, qui lui a permis de se constituer un impressionnant réseau sous la Coupole, fait sa force. C’est clairement Bruno Zuppiger, siégeant à la fois dans les Commissions des finances et de la sécurité, qui est le pivot de l’action du renforcement de l’armée à 100 000 hommes et de la hausse de son budget à cinq milliards de francs par an.

Déchiré. Le plus souvent, il se montre très strict en matière de politique financière, mais il lui arrive d’exécuter d’acrobatiques grands écarts, déchiré qu’il est entre l’UDC et l’USAM. En porteà- faux avec son parti, il s’est notamment prononcé pour l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne et en faveur de l’«accord UBS», deux sujets très chers aux milieux économiques.

Dans la question énergétique, il louvoie, ne disant ni oui ni non à la sortie du nucléaire. Officiellement, la candidature de Bruno Zuppiger n’est destinée qu’à attaquer le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf. Dans les faits, elle risque fort de viser le PLR Johann Schneider-Ammann, qui a beaucoup déçu par ses modestes prestations en commission. Plus que jamais, le PS est tenté d’effectuer la rocade, dans l’espoir de voir Eveline Widmer-Schlumpf se replacer au centre. Après le petit-lait, du champagne pour Zuppiger?





Tags: Conseil Fédéral, Bruno Zuppiger, UDC,

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