Entre elle et l’Union européenne (UE), cela n’a jamais été l’amour fou. Dans le dossier européen, Micheline Calmy-Rey a assuré le minimum: une voie bilatérale axée sur le pragmatisme, ponctuée par de belles victoires en votations populaires sur l’entrée de la Suisse dans l’espace Schengen (2005), l’aide à la cohésion destinée aux pays de l’Est (2006) et surtout l’extension de l’accord sur la libre circulation des personnes (2005 et 2009).
«ELLE A DÉCRIT L’EUROPE SOIT COMME UN ADVERSAIRE POLITIQUE, SOIT COMME UN MARCHÉ À INVESTIR.» François Cherix, politologue
«Sa politique européenne a toujours été ambiguë», note le politologue François Cherix. «Alors que Micheline Calmy-Rey a affiché beaucoup d’empathie pour de nombreuses autres régions du monde, elle s’est limitée à décrire l’Europe soit comme un adversaire politique, soit comme un marché à investir. Elle n’est jamais parvenue à concevoir l’UE comme un partenaire ami ayant les mêmes racines démocratiques et culturelles.»
Grosse frustration. Ainsi, la cheffe du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) quitte le Conseil fédéral sur une grosse frustration qu’elle finit par ne plus pouvoir cacher. A deux reprises, elle tient des propos peu diplomatiques, oscillant entre la condescendance et l’agressivité.
En novembre 2010, alors que la Suisse fête le cinquantenaire de sa mission à Bruxelles, Micheline Calmy-Rey ne saisit pas l’occasion rêvée de célébrer l’amitié avec un continent enfin pacifié. Au contraire, elle dérape dans un discours qu’aurait pu signer le tribun de l’UDC Christoph Blocher. Elle en appelle à «l’helvétisation du continent» et va jusqu’à suggérer à l’UE de pratiquer le modèle bilatéral suisse avec d’autres pays tiers!
«Plusieurs diplomates européens étaient vraiment choqués», raconte le correspondant de La Liberté à Bruxelles Tanguy Verhoosel. Le quotidien fribourgeois reçoit même une lettre de lecteur de l’ancien directeur général de la Commission européenne Michel Vanden Abeele, qui s’irrite de cette «Suisse donneuse de leçons».
En juillet 2011, Micheline Calmy-Rey frise à nouveau le code de bonne conduite. «Le comportement passif de l’UE est inacceptable», déclare-t-elle à la SonntagsZeitung. Que s’est-il passé? La présidente de la Confédération a voulu lancer un troisième paquet de négociations bilatérales, mais elle s’est heurtée à une double opposition. Au sein du Conseil fédéral, ses collègues ne sont pas pressés, surtout en cette période électorale. Et à Bruxelles, ni la Commission ni les Etats membres n’ont suivi.
C’est donc un dialogue de sourds qui prévaut dans les relations entre les deux parties. Depuis décembre 2008, les responsables de l’UE martèlent que la voie bilatérale n’a pas d’avenir dans sa forme actuelle, mais Berne fait la sourde oreille, fâchant surtout les grands voisins allemands et italiens.
En fait, Micheline Calmy-Rey n’a jamais eu les convictions européennes qu’on lui a prêtées avant son élection. Alors que, en 2009, Pascal Couchepin (PLR) et Moritz Leuenberger (PS) s’identifient avec le destin de ce continent, la cheffe du DFAE n’avouera jamais une telle fibre. Lorsque son propre parti réitère ses ambitions européennes à Lausanne en 2010, elle se fait discrète. «Elle n’aura jamais eu le courage de son parti», déplore un camarade.
Dossier en chantier. Aujourd’hui, alors que la Suisse n’a jamais été aussi dépendante de l’Europe et a introduit ce qu’il faudra bien un jour appeler «l’eurofranc», Micheline Calmy-Rey laisse le dossier européen en plein chantier. A Bruxelles, un diplomate un brin désabusé laisse tomber. «Vous les Suisses avez laissé l’UDC peser de tout son poids sur le dossier européen. En principe, c’est la cheffe du DFAE qui aurait dû empêcher cela et développer une vraie vision européenne.»
Une chose est sûre: le successeur de Micheline Calmy-Rey ne pourra pas occulter la réalité des chiffres, notamment ceux des exportations suisses, orientées à 60% vers l’UE et à seulement 6% vers les puissances émergentes du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Mais la Suisse ne rêve que de ces dernières !
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