Un sondage publié par Libération nous apprend que la cote de popularité du premier ministre français, le discret François Fillon, aurait fait un bond de sept points en un seul mois. Qu’a-t-il donc fait d’exceptionnel pour que les sondés lui offrent cette prime royale à l’occasion du nouvel an? Rien, bien entendu. On dirait un cadeau tombé du ciel.
A en croire l’institut qui a réalisé le sondage, ce serait à peu près ça. Selon Viavoice, cette subite embellie résulterait de la mort du gaulliste à la voix grave Philippe Séguin: «Son décès a placé le premier ministre sous les feux de la rampe en dévoilant sa sensibilité humaine et a rappelé la possibilité d’une autre droite, alternative au sarkozysme.» Pour une fois, le loser Philippe Séguin aurait donc fait gagner son camp politique…
Ainsi, quelques sanglots ravalés devant une caméra, à l’annonce du décès, auraient suffi pour que la cote de François Fillon grimpe dans le cœur des Français. On aimerait en rire si l’on ne sentait qu’il y a dans cette affaire quelque chose d’obscène. Mais d’une obscénité que l’on ne saurait attribuer à personne, ni à François Fillon, ni aux sondés, ni même à l’institut de sondage qui a produit cette analyse: c’est l’obscénité anonyme d’un système dans lequel il semble si naturel qu’une mort puisse se quantifier et se convertir instantanément en points de popularité politique.
POUR UNE FOIS, PHILIPPE SÉGUIN AURAIT DONC FAIT GAGNER SON CAMP
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