L'Hebdo;
2006-09-14 Caisse unique: le oui majoritaire des directeurs de la Santé
COUP DE THéâTRE Treize chefs cantonaux de la Santé publique, contre douze, soutiennent l'initiative populaire. «L'Hebdo» les a tous interrogés. Un tel appui apporte une crédibilité nouvelle, presque inespérée, pour un projet auquel la gauche elle-même ne croyait pas. Par Pierre-André Stauffer.
Une voix de majorité. En apparence, c'est peu. En réalité, c'est déjà beaucoup. Ils sont treize directrices ou directeurs cantonaux de la Santé publique, sur vingt-six, à se prononcer en faveur de l'initiative dite «pour une caisse maladie unique». Douze se disent contre; une, la radicale obwaldienne Esther Gasser Pfulg, s'abstient. Elue au gouvernement de son demi-canton il y a deux mois seulement, elle n'a pas eu le temps, dit-elle, «d'étudier le dossier sous tous ses aspects». Déposée en décembre 2004, l'initiative demande l'institution par la Confédération d'une caisse unique pour l'assurance obligatoire des soins, en lieu et place des 87 caisses existantes aujourd'hui. Elle sera soumise au peuple le 11 mars 2007. Tous les conseillers d'Etat concernés ont été contactés par L'Hebdo.
Une voix de majorité, ou même l'égalité parfaite, treize contre treize, au cas où Esther Gasser Pflug finirait par dire non, serait déjà un succès pour l'initiative, si l'on veut bien se rappeler d'où elle vient, et comment elle a démarré. Née de la volonté d'un petit groupe ultraminoritaire, le Mouvement populaire des familles, elle a fini par rallier les écolos et les socialistes. Non sans peine. «Il y a encore douze mois», dit Pierre-Yves Maillard, directeur de la Santé publique du canton de Vaud, «nous devions nous battre au sein de la gauche pour la faire accepter». Malgré les coûts de la santé qui s'alourdissaient, les primes qui s'envolaient, les réserves des caisses qui s'accumulaient et les familles qui s'enfonçaient, le coeur n'y était pas. Ni l'ambiance générale. On ne se sentait pas assez puissant pour soutenir une initiative qui apparaissait comme une entreprise de disqualification idéologique du marché. Une négation de la libéralisation et une voie privilégiée vers l'étatisation.
Mais peu à peu, les esprits ont évolué. Chez les directeurs cantonaux de la Santé publique surtout, agacés par les ultimatums répétés des assureurs dans l'interminable exercice de révision de la LAMal.
Pierre-François Unger réservé Aucune défection aujourd'hui dans les rangs des directrices et directeurs cantonaux socialistes. Ils sont tous pour l'initiative: le Vaudois Pierre-Yves Maillard, le Valaisan Thomas Burgener, la Fribourgeoise Ruth Lüthi, le Jurassien Claude Hêche, le Bernois Philippe Perrenoud, le Soleurois Peter Gomm, la Schaffhousoise Ursula Hafner-Wipf, le Schwyzois Armin Hüppin, la Tessinoise Patrizia Pesenti, l'Appenzellois des Rhodes-Extérieures Matthias Weishaupt. La Saint-Galloise Heidi Hanselmann est plus réservée. Elle craint qu'une caisse unique ne fasse obstacle à une différenciation des tarifs selon les régions. Néanmoins, elle «tend» pour le oui. Complètent la liste des avis favorables un écologiste, le Nidwaldien Leo Odermatt, qui s'est taillé une stature cantonale dans la lutte contre le dépôt de déchets radioactifs à Wellemberg, et un démocrate-chrétien, le Genevois Pierre-François Unger. L'ancien médecin n'a rien de l'inconditionnel extasié, mais au moins, dit-il, «l'initiative fera réfléchir et bouger les choses». Son oui n'est peut-être que provisoire, en attendant il est bien là.
La surprise, l'énorme surprise, vient de Verena Diener, directrice de la Santé publique du canton de Zurich. Même si elle appartient à une dissidence de droite du parti écologiste, elle s'était, dans un passé récent, prononcé deux fois pour l'initiative. Aujourd'hui, elle dit non, ébranlée par le réquisitoire de son collègue lucernois Markus Dürr, lors de la dernière réunion du comité de la Conférence des directeurs cantonaux de la Santé publique. Et puis, ce qui n'arrange rien, elle éprouve une animosité personnelle envers un autre de ses collègues, le Vaudois Pierre-Yves Maillard, qui la mouche volontiers en séance. Elle n'en reste pas moins, sur le principe, «partisane de la caisse unique». Ce qui la gêne, comme d'ailleurs ce qui gêne Markus Dürr, c'est ce qu'on pourrait appeler les «à-côtés» de l'initiative ou les «bas-côtés». Ainsi, l'idée de fixer les primes maladie en fonction de la capacité économique des assurés, ce qui reviendrait à créer, en contrebande, un nouvel impôt sur le revenu et la fortune.
Côté romand, Pierre-Yves Maillard a réussi à rallier derrière lui tous les directeurs cantonaux, sauf un, Neuchâtel, dont le gouvernement, étrange paradoxe, se situe majoritairement à gauche. Il se trouve simplement que le conseiller d'Etat chargé de la Santé publique, le radical Roland Debély, appartient à ce qui reste de la minorité de droite. Le cas Debély illustre le fait que les directrices et directeurs cantonaux ne défendent que des opinions personnelles, qui ne préjugent en aucune manière de l'attitude des gouvernements en tant que tels. Mais l'opinion de spécialistes de la santé publique sur des problèmes y afférents pèse forcément d'un grand poids. On est en droit de présumer qu'ils parlent en connaissance de cause. Même s'ils sont socialistes ou apparentés.
La Conférence des directrices et directeurs cantonaux est donc un lobby influent, où réussissent à passer des idées qui n'ont aucune chance devant le Parlement fédéral. La Conférence répugne pourtant à prendre publiquement position, lorsque ses membres apparaissent trop divisés, comme c'est le cas pour la caisse unique. Une voix de majorité, c'est court. Et la radicale obwaldienne Esther Gasser Pfulg pourrait bien, un jour, renforcer le camp des non. Sans parler de la socialiste saint-galloise Heidi Hanselmann qu'un rien pourrait faire vaciller.
Accommodements pour convaincre Quelles sont les chances de l'initiative de l'emporter, en mars de l'an prochain, devant le peuple? La plupart des directeurs de la Santé qui la soutiennent sont prêts à s'engager, du haut de leur autorité, pendant la campagne qui précédera la votation fédérale. Pour apaiser les inquiétudes des opposants, Pierre-Yves Maillard, installé aux grandes orgues de la caisse unique, est prêt à quelques accommodements.
Une caisse au lieu de 87, c'est forcément des emplois en moins dans les cantons, même si à Berne la bureaucratie sera plus lourde. Dès lors, pourquoi ne pas confier aux caisses actuelles, sur mandat de la caisse nationale, le soin de continuer à percevoir les demandes de remboursement des assurés? Et pourquoi, afin d'esquiver le reproche de prélever un impôt sur la richesse déguisé, ne pas pondérer le revenu en fonction de la taille des ménages? Plus on aurait d'enfants, moins on paierait de cotisations. Face à des arguments aussi populaires, pour ne pas dire aussi populistes, les opposants à la caisse unique auront fort à faire. Pascal Couchepin surtout. |
En mars prochain, les opposants à la caisse unique auront fort à faire. Surtout Pascal Couchepin.
les treize directeurs de la santé pour l'initiative...
Leader du «oui»
Pierre-Yves Maillard
Vaud - PS
Thomas Burgener
Valais - PS
Heidi Hanselmann
Saint-Gall - PS
Ruth LÜthi
Fribourg - PS
Armin Hüppin
Schwyz - PS
Pierre-François Unger
Genève - PDC
Leo Odermatt
Nidwald - indép.
Claude Hêche
Jura - PS
Philippe Perrenoud
Berne - PS
Peter Gomm
Soleure - PS
patrizia Pesenti
Tessin - PS
Ursula Hafner-Wipf
Schaffhouse - PS
Matthias Weishaupt
Appenzell aR - PS
...Et les douze qui sont contre
Leader du «non»
Markus Dürr
Lucerne - PDC
Roland Debély
Neuchâtel - PRD
Bernhard Koch
Thurgovie - PDC
Verena Diener
Zurich - VERT-LIB.
Ernst Hasler
Argovie - UDC
Carlo Conti
Bâle-Ville - PDC
Rolf Widmer
Glaris - PDC
Werner Ebneter
Appenzell aI - PDC
Martin Schmid
Grisons - PRD
Joachim Eder
Zoug - PRD
Erich Straumann
Bâle-Camp. - UDC
Stefan Fryberg
Uri - PRD
Abstention
Esther
Gasser Pfulg
Obwald - PRD
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