Calexico à la croisée des chemins
En concert à Rock Oz’Arènes, les Américains promettent un mélange cosmopolite, entre country, pop et flamenco.
Le meilleur moyen de saisir le talent de Calexico, c’est de voir le groupe américain sur scène. Joey Burns, John Convertino et leurs musiciens y excellent dans l’art des croisements surprenants. Les rythmes latinos de Guero Canelo se muent en une reprise de Manu Chao, tandis que la formule tex-mex de Crystal Frontier divague vers le rock et la pop, ouvrant sur The Clash (Guns Of Brixton), The Specials (Ghost Town) ou encore Joy Division (Love Will Tear Us Apart). Entre érudition et improvisation, la troupe de Tucson (Arizona) repousse les frontières avec un plaisir communicatif. «Dans un sens, il s’agit d’un jeu, observe Joey Burns, chanteur de Calexico. Mais c’est aussi quelque chose de spontané. Surtout, cela correspond à un état d’esprit qu’incarne parfaitement une chanson comme Crystal Frontier.» Enregistré en 2001 avec le Mariachi Luz de Luna, ce titre réalise le rêve annoncé par le patronyme que s’est choisi le groupe de Tucson: marier en musique la Californie et le Mexique.
Du Mexique à l’espace. Plutôt que de contenter ces ambitions initiales, ce premier mélange en a amené de multiples autres depuis, au gré des rencontres. «Souvent, nous avons les chansons, mais il nous faut quelqu’un avec la clé pour les débloquer», explique Burns. Ainsi, un voyage en Espagne les plonge dans la tradition du flamenco, tandis qu’une collaboration avec Iron & Wine les initie aux charmes de la pop seventies. Mieux, devenu francophile à force de jouer à Paris, Calexico se lie d’amitié avec les chanteurs Dominique A et Katerine, jusqu’à les inviter à se produire à Tucson et reprendre certains de leurs titres phare, notamment la ritournelle Louxor, j’adore. Cette volonté de varier les univers et les collaborations traduit un désir d’ouverture, nécessaire lorsqu’on vit aux Etats-Unis. «Un pays où on a le choix entre cinquante marques de céréales au supermarché, mais seulement entre deux partis politiques au moment d’élire son président», ironise Joey Burns. Tout en reconnaissant que l’élection de Barack Obama apporte de nouvelles perspectives, par sa capacité même, notamment, à ramener à lui de nombreux courants de pensée et de les réunir autour du plus grand dénominateur commun. Comme une suite logique à cet élan cosmopolite, la musique du groupe se retrouve aujourd’hui à taquiner les étoiles, grâce à l’initiative d’une élue démocrate au Congrès. En juin 2008, Gabrielle Giffords a ainsi choisi Crystal Frontier comme titre pour réveiller les astronautes en mission de la navette Discovery, parmi lesquels son mari Mark E. Kelly. «L’idée nous a d’abord fait sourire, avoue Joey Burns. Depuis, il m’arrive de contempler le ciel de l’Arizona et de me demander où se trouve notre chanson.» L’expérience intergalactique pourrait bien s’avérer précieuse pour Calexico lors de son passage aux arènes d’Avenches le 13 août, coincé entre le punkrock adolescent d’Offspring et les chansons mâtinées de reggae de Tryo. Mais qui sait, peut-être les Américains y trouveront-ils l’inspiration pour de nouveaux mélanges.
Rock Oz’Arènes. Avenches. Du me 12 au sa 15 août. www.rockozarenes.com
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