Minarets
Calme plat
De retour du Proche-Orient, Alain Berset a la certitude que les intérêts suisses ne sont pas menacés par l’initiative sur les minarets. Du moins pas encore.
Alors que les partisans et les opposants de l’initiative sur les minarets s’affrontent à coups d’affiches, le président du Conseil des Etats, Alain Berset, est allé prendre la température au Liban et en Syrie du 28 septembre au 7 octobre. Il a notamment rencontré le président libanais Michel Sleiman, son premier ministre Saad Hariri, le vice-président syrien Farouk al-Sharaa, les deux présidents du Parlement et les groupes parlementaires Suisse-Liban et Suisse–Syrie. «Personne n’a évoqué l’initiative sur les minarets, note le socialiste. Ce n’est pas un thème de discussion dans ces pays.»
Assailli par les journalistes dès sa descente de l’avion, il a aussi eu de nombreux contacts avec les médias locaux. «J’ai tenu plusieurs conférences de presse et donné un entretien d’une demiheure à une chaîne de télé arabe. A aucun moment, on ne m’a posé de questions à ce sujet, alors qu’on m’a par exemple demandé de commenter l’affaire Polanski.» Le Fribourgeois va plus loin encore: «Vu de ces deux pays, le débat mené en Suisse sur les minarets paraît creux. Maronites, sunnites, chiites, Druzes et orthodoxes y vivent côte à côte, avec chacun leur lieu de culte. Ils peinent à comprendre que cette liberté religieuse pose problème en Suisse.»
Pour ne pas susciter une polémique qui n’existe pas encore, Alain Berset a évité d’aborder la question des minarets avec ses interlocuteurs. A une exception près: le grand mufti de Syrie. «Je lui ai expliqué le fonctionnement de notre système politique. Il a pris note et m’a dit que l’essentiel était que la liberté de culte soit préservée, sans faire des minarets eux-mêmes une question de principe.»
Image troublée.
Si l’initiative n’est pas encore débattue dans le monde arabe, le conseiller d’Etat s’inquiète néanmoins des dégâts d’image qui pourraient en résulter pour la Suisse. «Dans les deux pays où je me suis rendu, nous sommes perçus comme un pays tolérant et ouvert, qui a su protéger ses minorités et faire vivre en paix des communautés culturellement et linguistiquement diverses.» A tel point que la Suisse – qui a organisé des rencontres entre communautés libanaises et œuvré à rapprocher la Syrie et Israël – apparaît même comme un modèle. «L’initiative sur les minarets trouble cette image, en soulignant nos divisions et le traitement que nous réservons à la minorité musulmane», déplore le socialiste.
Il juge que, si le débat dérapait en Suisse, le feu pourrait prendre très rapidement hors de nos frontières. «Cela ne se produira sans doute pas avant la fin de la campagne, en novembre. Mais si, à ce moment-là, une chaîne arabe s’avisait de diffuser un reportage de cinq minutes sur cette votation, il n’y aurait plus grand chose à faire», soupire-t-il.
|