En 2009, Pascal Couchepin avait rappelé l’usage. Un conseiller fédéral, qui n’attend pas la fin de la législature pour s’en aller, annonce son retrait le dernier vendredi d’une session parlementaire. Dans le cas de Micheline Calmy-Rey, cela pointe la date du 17 juin prochain.
Avantage de la manœuvre, la ministre des Affaires étrangères tenterait d’éviter à son parti le scénario catastrophe suivant: l’annonce d’une démission cet automne couplée à un possible recul des socialistes aux élections fédérales entraînant attaques et menaces sur leur deuxième siège.
Son successeur pourrait être élu en septembre et, coup double, la course au Conseil fédéral mettrait les projecteurs sur le Parti socialiste et ses candidats pendant tout l’été.
Cette stratégie a ses partisans: elle s’était révélée payante en 1995, lorsque la dream team du PS (les Peter Bodenmann, André Daguet et autres Jean-François Steiert) dirigeait le parti.
Otto Stich avait cédé sa place juste avant les élections fédérales, ouvrant la voie à un duel très médiatisé entre le Zurichois Moritz Leuenberger et le Fribourgeois Otto Piller. Les camarades avaient cartonné aux élections avec 23% des suffrages.
La situation est aujourd’hui différente. A l’époque, la «formule magique» de la composition du Conseil fédéral était encore solide. Quatre législatures plus tard, les paradigmes de la réélection du gouvernement ont complètement changé.
Pas moins de cinq conseillers fédéraux sur sept sont sur le ballant. Seules Doris Leuthard (PDC) et Simonetta Sommaruga (PS) sont certaines de rempiler. Pour tous les autres, le résultat du 23 octobre sera déterminant.
Crédibilité ruinée. Dernier bémol au scénario «Stich», une démission annoncée trop tôt ruinerait la crédibilité de celle qui est aussi présidente de la Confédération cette année et semble plutôt bien remplir le job jusqu’ici.
Mais la socialiste n’aime pas non plus se faire rabaisser (elle n’a été élue présidente qu’avec 106 voix – un avertissement) et se plaît à surprendre son monde: si le risque d’une défaite est trop grand, on peut imaginer qu’elle démissionne après neuf ans de règne au Conseil fédéral. Impossible pour elle de finir comme Ruth Metzler.
«Le scénario d’une démission de Micheline Calmy-Rey cet été déjà n’est que pur fantasme, tranche le président du PS Christian Levrat. En revanche, je peux vivre avec les deux autres variantes, celles d’un départ à fin 2011 ou en 2013.»
Selon lui, rien ne s’oppose à ce que la Genevoise reste en place jusqu’en 2013. Son excellent réseau international serait même un atout pour la Suisse au moment de faire progresser le dossier européen notamment.
Christian Levrat concède qu’un départ de la cheffe de la diplomatie à fin 2011 serait plus risqué pour le PS. Son successeur serait élu en septième position et non plus en première dans le cas de figure où Calmy-Rey se représentait. Dès lors, tous les coups fourrés seraient permis.
Les adversaires du PS exigent son départ à fin 2011. «Elle commettrait une erreur en briguant un nouveau mandat. Elle n’obtiendra aucune voix dans notre parti», avertit Yvan Perrin, vice-président de l’UDC. Pour eux, cela offrirait une marge de manœuvre bienvenue.
Les Verts réclament un siège au Conseil fédéral depuis quatre ans. Le centre-droit pourrait saisir l’occasion de le lui offrir, à condition que l’intéressé partage ses vues en matière de rigueur financière. Il pourrait aussi maintenir en place Eveline Widmer-Schlumpf après avoir donné un second siège à l’UDC.
Les grands perdants seraient alors les socialistes romands, qui se verraient privés de toute représentation au Conseil fédéral alors que ce sont eux qui ont engrangé les rares succès du parti aux élections cantonales et communales ces derniers temps.
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