Il y avait bien Pierre Maudet, conseiller administratif genevois en balade dominicale dans le parc avec femme, enfant et poussette. Mais, dimanche au pied du mur des Réformateurs à Genève, jour du lancement officiel de l’Année Calvin 2009, pas trace du moindre représentant officiel des autorités, pas de salut de bienvenue du maire de cette ville que, pourtant, le monde surnomme la Cité de Calvin.
Au menu: invocation de Philippe Reymond, modérateur de la Compagnie des pasteurs du canton, message de l’Alliance réformée mondiale, mot du président de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, celui de l’Eglise protestante genevoise. Message plus qu’implicite: Calvin appartient à l’Eglise, et c’est très bien comme cela. Dans la foule, Gabriel de Montmollin, patron des Editions Labor et Fides, s’étonne: «C’est dommage. Je me serais presque attendu à voir un conseiller fédéral.
Calvin est un personnage culturel et historique de premier plan qui ne concerne de loin pas le seul domaine religieux. En Allemagne, le gouvernement a déjà levé plusieurs millions d’euros pour les célébrations prévues en 2017 autour de Luther. Il y a une disproportion entre l’implication des autorités pour Calvin et pour le tricentenaire Rousseau en 2012, pour lequel elles ont, depuis longtemps, lancé un large appel aux organismes culturels ou artistiques.» Chacun pour soi. Les autorités mettent des locaux à disposition de Calvin09, certes, et ont inscrit de justesse 500000 francs au budget cantonal 2009, encore à valider. Mais sinon, c’est chacun pour soi. «Lorsqu’il y a eu les premières discussions au Grand Conseil, se souvient Roland Benz, président du comité de pilotage de Calvin09, certains députés ont protesté: il n’y avait pas de raison que l’Etat fête un homme d’Eglise. Mais l’Eglise aurait été heureuse que l’Etat s’en mêle. Nous souhaitons des manifestations ouvertes à toute la population, sans connotations religieuses. D’où le marché huguenot, cet été, ou le spectacle de théâtre.»
Il y a exactement un siècle, l’Etat avait déjà répondu à un projet peu discret de monument à Calvin au jardin Anglais par le mur des Réformateurs, aux Bastions, noyant Calvin parmi ses pairs de la Réforme. De fait, la polémique dure depuis cinq siècles. «L’Etat de Genève a toujours craint que Calvin ne s’arroge le pouvoir sur la cité. Ce dernier épisode est révélateur de sa défiance pour Calvin. Les autorités ont le souci de ne pas confondre l’Etat et l’Eglise. Mais, dans ce cas précis, chaque partie surjoue son rôle...» La cérémonie de dimanche était organisée par l’Eglise protestante de Genève. Qui n’a pas officiellement invité les autorités à s’exprimer. «L’Eglise n’a pas voulu les mettre dans une situation difficile», avance Philippe Reymond.
Héritage. Pour Isabelle Graesslé, directrice du Musée de la Réforme à Genève, «ce que fait l’Eglise est séparé de l’Etat. Que ce soit la Ville ou le Canton qui organise les festivités Calvin, ce qui aurait été évident dans d’autres cantons, comme Vaud, n’est pas envisageable. La perception de Calvin à Genève est ambivalente. J’espère vraiment que cet anniversaire permettra d’assumer l’héritage. D’un point de vue politique autant que religieux.»
L’intérêt du Conseil administratif de la ville est là, assure le chef de cabinet de Pierre Maudet. Mais, à la fin de la cérémonie dimanche, Pierre Maudet soupire: «C’est compliqué. Je suis le seul protestant à la Ville. Les autres sont soit catholiques, soit plus ou moins athées...» Une histoire de chapelle, donc.
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