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Campus Novartis: le laboratoire du bien-travailler

Par Mireille Descombes - Mis en ligne le 24.02.2010 à 15:22

A Bâle, le géant pharmaceutique a fait appel aux plus grands architectes pour créer une petite ville dans la ville destinée à séduire et retenir les meilleurs chercheurs.

Pour l’amateur d’architecture contemporaine habitué à voyager sur papier glacé, le Campus Novartis de Bâle tient du pays de Cocagne. Du bureau japonais Sanaa à l’Américain Frank O. Gehry, de Diener & Diener à David Chipperfield, en passant par Adolf Krischanitz, Tadao Ando, et bientôt Herzog & de Meuron ou Rem Koolhaas, tous les grands noms de l’architecture y ont leur place. Où que l’on regarde depuis la Fabrikstrasse qui sert d’axe majeur à cette petite ville dans la ville, ce ne sont que façades élégantes, volumes équilibrés, détails raffinés, sans même parler des intérieurs longuement pensés et des meubles parfois faits sur mesure. Mais comme tout eldorado, le campus du géant pharmaceutique bâlois reste inaccessible au plus grand nombre. Confidentialité et crainte de l’espionnage obligent, et bien que l’an dernier il ait accueilli plus de 16 000 visiteurs, il est bien difficile d’y pénétrer à moins d’y travailler ou d’y être personnellement invité.

«Notre but n’était pas de créer un musée ou un best of de l’architecture mondiale, mais d’abord d’offrir aux chercheurs un lieu attractif et stimulant dans un contexte de grande concurrence internationale», insiste Bernard Aebischer, responsable de la coordination pour la planification et la construction des Campus Novartis. Soucieux de freiner la fringale des visiteurs potentiels, il nous rappellera à plusieurs reprises en cours de visite qu’avant le prestige, c’est l’homme qui est au cœur de cette réflexion. Une démarche ambitieuse qui entend voir dans l’environnement bâti un partenaire actif et dynamique de la créativité au travail.

L’aventure démarre en 1996 avec la fusion des entreprises Sandoz et Ciba Geigy dont est issue Novartis. Confrontée à l’éparpillement de ses infrastructures dans la ville, la nouvelle firme décide de les regrouper sur le site de Saint-Johann, quelque 20 hectares jouxtant la frontière française et bordés par le Rhin. En 2001, le Conseil d’administration charge Vittorio Magnago Lampugnani, architecte à Milan et professeur à l’EPFZ, de concevoir le plan directeur du site. Mot d’ordre de cette restructuration: faciliter la flexibilité, l’ouverture et la communication entre les employés. L’architecte – qui signera lui aussi l’un des nouveaux bâtiments – prend pour modèle la ville préindustrielle avec ses rues, ses places, ses lieux de détente, d’échange et de loisirs. Pour garantir calme et bien-être à ce «campus de la connaissance», les piétons et les bicyclettes y seront rois.

Vittorio Magnago Lampugnani choisit de garder la structure existante en y ajoutant de nouvelles routes. Conservés eux aussi pour la plupart, les bâtiments d’origine sont complétés par une enfilade d’édifices neufs d’une hauteur maximale de 22 mètres et dont tous les rezde-chaussée sont dédiés à des activités collectives et sociales, cafés, restaurants, supermarché ou boutiques.

De part et d’autre de l’impressionnante Fabrikstrasse – 600 mètres de long – chaque architecte impose aujourd’hui ses choix esthétiques et son style. Au départ, cependant, tous ont reçu le même cahier des charges: créer des espaces de travail ouverts, complétés par des zones de plus grande privacité tout en permettant aux employés de travailler à la lumière du jour. Chaque étage devait aussi offrir, outre des petites salles de briefing et des espaces pour s’isoler, un coin machine à café que, visiblement, les usagers n’ont pas tardé à s’approprier et à personnaliser. Dernière «contrainte»: les différents niveaux devaient être reliés entre eux par un escalier accessible et confortable, histoire de faciliter les rencontres, d’encourager les échanges. «Grâce à ces différents lieux de contacts informels, on a pu diminuer de 50 % les meetings officiels», se réjouit Bernard Aebischer.

«Mettre un nouveau produit sur le marché peut prendre dix ans et impliquer quelque 3000 personnes», explique la chimiste Martine Francotte, coordinatrice du campus bâlois. Ce dernier n’a pas eu besoin d’autant de temps pour prendre vie. La première étape ne se terminera toutefois qu’en 2014, estimée à quelque 2 milliards de francs. Et le site continuera à évoluer, étant conçu et voulu comme un work in progress. Trois bâtiments seront inaugurés cette année, d’autres sont en cours de planification, et de nouvelles configurations de travail sont testées. «Ce qui manque encore, ce sont les team spaces, des espaces simples et fonctionnels où l’on puisse se retirer en équipe pour travailler en mangeant des pizzas, écrire sur les murs, passer la nuit, voire toute une semaine», analyse en souriant Martine Francotte. Visiblement, les ressorts de l’imagination et de la créativité semblent plus difficiles à découvrir que certaines molécules. Une bonne nouvelle en quelque sorte.

«GRÂCE À CES DIFFÉRENTS LIEUX DE CONTACTS INFORMELS, ON A PU DIMINUER DE 50% LES MEETINGS OFFICIELS.» Bernard Aebischer, responsable de la coordination pour la planification et la construction des Campus Novartis


DÉBAT

Table ronde sur «Bâle, le Campus Novartis» au Centre culturel suisse de Paris le 26 février à 20 h. Avec Bernard Aebischer et Vittorio Magnago Lampugnani, Débat organisé et animé par Matthieu Jaccard, architecte et historien de l’art.




Tags: Bâle, Novartis, architecture,

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