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Edito
Cap sur le Brésil et la Russie

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 06.09.2011 à 14:07

On connaît la tradition helvétique des bons offices. La virtuosité de nos négociateurs est légendaire quand il s’agit de préserver les intérêts économiques de la Suisse. Ils ont, dans la défense du secret bancaire (ou ce qu’il en reste), accompli des miracles.

On sous-estime le potentiel diplomatique de la science. Pourtant, dans ce domaine, la Suisse est une grande puissance.

En revanche, on sous-estime encore le potentiel diplomatique de la science. Pourtant, dans ce domaine, notre pays est à la pointe. Une puissance de premier plan qui ne dit pas encore son nom (lire l’enquête de Michel Guillaume en page 62).

C’est le mérite de plusieurs personnalités romandes de l’avoir compris, il y a des années déjà. Parmi lesquelles l’ancien secrétaire d’Etat Charles Kleiber, le banquier Thierry Lombard, Xavier Comtesse d’Avenir Suisse, le conseiller fédéral Pascal Couchepin et, maintenant, son successeur Didier Burkhalter. Sans oublier le président de l’EPFL Patrick Aebischer.

La preuve: grâce à la qualité de sa recherche, la Suisse participe largement aux grands programmes scientifiques européens, elle obtient de l’Union des fonds importants. Et reste aujourd’hui dans la course pour deux projets dits «amiraux» qui pourraient drainer chacun jusqu’à 1 milliard d’euros sur dix ans. Des sommes considérables, pour des ambitions immenses comme celles de l’initiative Human Brain, qui vise à construire un modèle informatique du cerveau humain.

Il faudra toutefois mouiller la chemise à Bruxelles et dans les capitales européennes pour les faire définitivement adopter. La Suisse, qui n’est pas membre de l’Union européenne, part avec un handicap politique. Toujours la même histoire (lire en page 67).

Pour promouvoir la recherche et la technologie suisses et pour servir de tête de pont aux hautes écoles et aux entreprises, on a aussi créé un réseau de consulats scientifiques, Swissnex, un modèle imité d’ailleurs par les Allemands et qui n’a cessé de s’étendre ces dernières années. Et c’est ainsi que le drapeau de la science helvétique flotte à Boston, San Francisco, Shanghai, Singapour et Bangalore.

La prochaine étape? Le Brésil, ce géant qui s’éveille et qui tire derrière lui l’entier du continent latinoaméricain. La Turquie, peut-être, dont le rôle économique et géostratégique ne peut que gagner encore en importance. Ou la Russie. On oublie parfois qu’elle abrite les plus brillants mathématiciens et qu’elle nourrit d’importantes ambitions technologiques.

Au nord de Moscou, le gouvernement projette le centre d’innovation de Skolkovo, devisé à 2,8 milliards. Une sorte de Silicon Valley à la russe. Un lieu idéal pour ouvrir un nouveau «comptoir» de la science suisse sur les routes du savoir.

Alors que l’on s’efforce sans beaucoup de résultats de pallier les effets à court terme du franc fort et l’agitation délétère des spéculateurs, voilà le type d’initiatives qui contribue à coup sûr au rayonnement et à la prospérité de la Suisse. Les flux d’étudiants, les échanges entre chercheurs, l’innovation, la conquête de nouveaux marchés.

Et, au final, la création d’emplois et de richesses. La résolution commune des grands défis de l’époque, comme la santé. La défense des intérêts du pays. Mais sur la durée. Telles sont les vertus de cette diplomatie du 3e type.

 

alain.jeannet@hebdo.ch
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