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Edito
Cap vers l'Asie?

Par Patrick Oberli - Mis en ligne le 04.08.2010 à 11:06

 
La semaine prochaine, Doris Leuthard, à la tête d’une forte délégation économique, se déplacera une nouvelle fois en Chine. Elle y rencontrera les plus hauts dignitaires de la deuxième puissance économique du monde. Et visitera l’Exposition universelle de Shanghai. Tout un symbole. Car la visite de la présidente de la Confédération tombe exactement soixante ans après la reconnaissance officielle de la République populaire par la Suisse (lire l’article d’Alain Campiotti, Suisse-Chine: Doris Leuthard dans la gueule du dragon).

Celle-ci avait été une des premières nations à franchir le pas avec une lettre de Max Petitpierre, président à l’époque, à Mao Zedong. Un geste précurseur, tout comme celui d’Uli Sigg en 1980. Alors dirigeant du fabricant lucernois d’ascenseurs Schindler et, plus tard, ambassadeur de Suisse à Pékin, l’homme d’affaires a signé la toute première joint-venture occidentale dans l’empire communiste. Depuis, plus de 300 entreprises helvétiques (700 filiales créées) ont suivi un mouvement inexorable, plaçant la Chine dans le peloton de tête des partenaires commerciaux de la Suisse.

Cet élan n’est toutefois pas naturel. On n’efface pas trente ans de communisme diabolisé – entre 1950 et 1980, les relations sont restées minimales – d’un coup de baguette magique. Sans compter que la Chine fascine autant qu’elle rebute. Ces oscillations permanentes font d’elle, un jour, l’avenir du monde et, le lendemain, le bourreau de la dignité humaine. Seule certitude: la Suisse connaît encore bien mal le continent asiatique, pourtant nouveau moteur de l’ordre économique mondial.

Cependant, l’insistance du Gouvernement suisse à soigner les relations avec Pékin indique un changechangement de mentalité. Qui se traduit dans les actes. Depuis 2009, le recentrage du réseau d’ambassades helvétiques sur l’Asie (lire l’enquête de Julie Zaugg, Réseau des ambassades: La ruée vers l'est) est clairement affiché dans le Rapport de politique extérieure, au détriment de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord; l’ambassade de Suisse à Pékin a vu son personnel doubler (à 70 employés), la diplomatie étant aujourd’hui souvent le premier promoteur d’un pays; un consulat a ouvert à Guangzhou (Canton); un traité de libre-échange est en préparation. Au niveau des entreprises, les banques, UBS la première, font de l’Asie leur nouvel eldorado, profitant de ce que le débat sur le secret bancaire n’y trouve que peu d’écho. L’horlogerie y a trouvé une nouvelle mine d’or et les hautes écoles, EPFL en tête, multiplient les programmes d’échange.

L’avenir de la Suisse serait-il asiatique? Certains le martèlent, au point qu’economiesuisse affirmait, en janvier 2010, que s’occuper de la Chine a plus de sens que de discuter d’une adhésion à l’Union européenne. Fascinant, le continent asiatique l’est assurément. Il mérite en ce sens une considération accrue. Néanmoins, il ne faut pas tomber dans la fantaisie. La Suisse s’est construite et vit par ses échanges avec l’Europe, son premier – et de loin – partenaire. Cette période n’est pas près de se terminer. Bien que le Vieux Continent traverse une période de stagnation contrastant avec le dynamisme asiatique, son potentiel économique est intact. Et doit demeurer prioritaire.

Fascinante, l’Asie l’est assurément. Mais l’Europe reste prioritaire.

 






Tags: Doris Leuthard, Shanghai, exposition universelle, Max Petitpierre, Mao Zedong,

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