Ceux qui aiment les coups de théâtre sont servis: Fulvio Pelli, président du Parti libéral-radical (PLR) a longtemps incarné l’orthodoxie du secret bancaire. Le voilà qui vient d’opérer un brusque revirement, en présentant, lundi 8 mars, à Berne, ce qu’il appelle sa «Weissgeldstrategie». En résumé: il faut nettoyer la place financière suisse, légaliser l’argent soustrait au fisc, en finir avec la distinction entre fraude et évasion fiscales, y compris en Suisse. Oui, mais de quelle manière?
En exigeant des banques qu’elles se portent garantes et qu’elles vérifient elles-mêmes la conformité fiscale des fonds de leurs clients.
Cette proposition, lâchée sans concertation avec les parlementaires libéraux-radicaux et sans en informer au préalable les milieux bancaires a fait l’effet d’une bombe. Elle revient, pour les professionnels, à mettre le banquier dans le rôle d’un agent du fisc. Elle semble, de plus, impraticable (lire l’article d’Yves Steiner "Le Portugal, lessivé par la crise").
Au sein de l’appareil du parti, ce changement de ligne marque l’influence croissante des libérauxradicaux proches de l’industrie et des PME, notamment représentés par les entrepreneurs Otto Ineichen, Johann Schneider-Ammann et Philipp Müller. Il y a quelques jours, ce dernier confiait au dominical SonntagsZeitung: «Le Parti libéral-radical doit rester un parti populaire, qui représente l’ensemble de l’économie.» Entendez: et pas seulement la place financière.
Parce que les divisions du PLR ont longtemps été maintenues sous le couvercle, parce que les excès salariaux de certains top managers et la débâcle d’UBS lui collent comme un chewing-gum sous la chaussure, parce que les votations du 7 mars ont révélé un fossé entre les partis de droite et leur clientèle, parce que tout est bon désormais pour envoyer un signal aux électeurs, le psychodrame actuel n’en est que plus spectaculaire.
Désormais, les états-majors sont comme tétanisés par l’échéance de l’élection parlementaire de 2011 (lire l’article de Julie Zaugg et Michel Guillaume "La droite tétanisée par 2011"). Le PLR, en particulier, qui s’accroche à un Hans-Rudolf Merz pourtant en fin de course. Un PLR qui refuse aussi d’aborder la question européenne, alors qu’il lui sera impossible de l’esquiver dans quelques mois ? l’UDC prépare ses munitions. Une fois encore, il préfère attendre, temporiser, quitte à réagir dans la précipitation et à pécher par improvisation. Comme les événements récents le prouvent.
On ne peut exclure un sursaut, bien sûr, un nouveau recul en 2011 n’est pas certain. Mais il ne suffira pas de se distancier des banques et de se découvrir une allergie opportune aux excès des top managers. Pour le parti qui a fait la Suisse moderne et qui devrait retrouver son rôle de moteur politique du pays, le populisme et les conversions en rase campagne ne peuvent tenir lieu de stratégie. Il faut des idées claires et mobilisatrices, du leadership et une belle capacité à forger des alliances. Quel programme, alors? On se réjouit d’entendre l’imprévisible Fulvio Pelli défendre lui-même son cas.
Le PLR et son président semblent tétanisés par l’élection de 2011.
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