L'Hebdo;
1998-11-12 Ça fourmille de gags
Réalisé en images virtuelles, «Fourmiz» nous emmène dans le microcosme avec Woody Allen comme guide.
Les insectes ont la cote. Après le succès des «Fourmis», la trilogie romanesque de Bernard Werber, le triomphe de «Microcosmos» sur grand écran, ils envahissent le cinéma d'animation, pullulant dans «Fourmiz», avant d'aller grouiller dans «1001 pattes» («Bug's Life»). Dreamworks, le studio de Spielberg, a produit le premier; Disney le second. Comme Jeffrey Katzenberg a quitté l'usine à Mickey pour diriger le département animation dans la maison d'E. T., les observateurs n'ont pas manqué de relever de curieuses coïncidences entre ces deux projets. Qui marquent une nouvelle étape dans la bataille que mènent les géants du divertissement pour conquérir le marché des enfants.
En attendant de butiner aux délices de «1001 pattes», il est temps de plonger sous le gazon de Central Park, d'entrer dans la fourmilière. Z, à qui Woody Allen prête sa voix et son tempérament, est chez son psychanalyste. Il se plaint d'avoir été négligé par une mère qui préférait ses 5 millions de frères et soeurs. Comble pour une fourmi, il se sent mal dans sa peau. En quête d'identité, il revendique son individualité au sein d'une société qui a érigé le collectivisme en dogme absolu. Il est le mauvais ouvrier, le marginal, le dissident.
Mais comme chaque fourmi doit connaître son quart d'heure de gloire, Z, ce minable à peine capable de soulever dix fois son poids, va avoir la chance inouïe de rencontrer la princesse Bala, de s'en faire aimer et de sauver la colonie.
Bien sûr, «Fourmiz» recycle des éléments éprouvés depuis la nuit des temps (princesse enlevée, général félon, etc.). Mais il le fait avec drôlerie et inventivité. Intégrant pour rire les théories sociobiologiques d'Edward O. Wilson, cette fantaisie décrit une société d'hyménoptères hautement improbable, puisque constituée de mâles et de femelles dans des proportions égales. La fourmilière évoque davantage certaines projections de systèmes totalitaires («Métropolis») que la vie passionnante des insectes. Les gags balancent entre anthropomorphisme et clins d'oeil animaliers. Juchés sur leurs quatre pattes arrière, les fourmis se servent de leurs mains pour boire une gorgée de miellat à même le puceron ou dansent comme des robots sur une version sinistre de «Guantanamera».
Après «Toy Story», «Fourmiz» est le second film entièrement réalisé par l'ordinateur. Hallucinantes, les images issues d'assemblages de polygones virtuels démontrent les progrès vertigineux accomplis par l'informatique ces dernières années: 60000 fourmis partant à l'assaut des termites constituent un spectacle pharaonique. Si les programmes peinent encore à définir textiles et poils, la complexion lisse des insectes permet de dépasser ces difficultés. Par ailleurs, chaque personnage est doté d'une expression faciale tellement étonnante que Woody Allen, qui ne supporte pas de se voir à l'écran, a préféré s'abstenir de visionner.
Un film fourmidouble! s'exclameront les spectateurs adultes. Les enfants aussi. Avec cette réserve: pour goûter pleinement «Fourmiz», il faut le déguster en version originale pour découvrir, derrière Woody Allen, les voix de quelques grandes stars comme Sharon Stone, Gene Hackman, Sylvester Stallone, Christopher Walken, Danny Glover, Dan Aykroyd...
Antoine Duplan
«Fourmiz» («Antz»). D'Eric Darnell et Tim Johnson. Etats-Unis, 1 h 19.
Z Le dissident un rien dépressif (Woody Allen)
Weaver Le soldat pas futé (Stallone)
Bala La jolie princesse (Sharon Stone)
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