«Ça me touche qu’à la Paradeplatz ou ailleurs, on parle de Veysonnaz ainsi. C’est mon village, j’y connais tout le monde. Cela fait un mois que l’on ressasse de nouveau toute cette affaire et que tous les jours le nom de notre commune est prononcé. Et n’importe qui peut dire n’importe quoi!» Assis dans la grande salle de réunion de la magnifique maison communale, le président de Veysonnaz, Henri-Bernard Fragnière, sort la photocopie d’une réaction d’un lecteur parue dans un quotidien. Il la lit: «La justice a subi des pressions de la part des forces politiques de la commune. Les jeunes étaient connus du village de Veysonnaz, mais on a étouffé l’affaire car cela aurait eu l’effet d’une bombe.» Son visage se ferme. «Je suis atteint dans mon honneur en tant que représentant de la commune. Une fois pour toutes, j’aimerais dire que ce qui s’est passé ici est malheureux, mais qu’il ne faut pas rendre responsable toute une population. Les gens d’ici n’y peuvent rien. Ce drame aurait pu se passer n’importe où.»
Question taboue. Un drame qui date du 7 février 2002. Vers 17 heures, un garçon de 7 ans, Luca Mongelli, est retrouvé inanimé dans la neige, presque entièrement dévêtu, le corps recouvert de «lésions en forme de stries linéaires» et d’hématomes. Aujourd’hui, le jeune homme est tétraplégique et aveugle. La justice a conclu que c’est le chien de la famille – il ressemblait à un berger allemand et avait 6 mois à l’époque – qui est responsable des faits. Beaucoup ne croient pas à cette version, et quelque 9500 personnes ont signé une pétition pour demander la réouverture de l’enquête.
Au café du village, Geneviève Praz, une Veysonnarde pur sucre, confirme la lassitude générale: «Certains disent: “Mais qu’ils arrêtent de nous casser les pieds avec cette histoire!” Les gens aimeraient absolument que la vérité sorte au grand jour et que l’on puisse tourner la page. Pour les parents, mais également pour le village et toute la société.» Si elle-même ne croit pas à la thèse du chien, elle n’accorde pas l’ombre d’un crédit à la version de la bande d’adolescents qui auraient agressé le garçonnet. «L’un d’eux aurait fini par craquer.»
Doutes. Elle raconte l’amertume de certains villageois qui se sont montrés solidaires des parents de Luca: «Touchés par ce qui était arrivé, des Veysonnards ont distribué des bulletins de versement dans les boîtes à lettres. Beaucoup ont donné de l’argent. Quelque temps plus tard, le père de l’enfant roulait avec une nouvelle voiture de sport rouge rutilante. Certains ont dit: “Tu te rends compte, si nos dons ont servi à ça...”» Une autre collecte, organisée par les membres de l’Eglise catholique, a abouti à plusieurs milliers de francs. Animateur pastoral, Jean-Philippe Glassey se souvient très bien de la générosité des paroissiens: «Ils donnaient tous 100 ou 200 francs. Ils se sont montrés très solidaires, même si cela n’a jamais été relevé par la famille. Aujourd’hui, les gens ne donneraient plus ces sommes-là. Lorsque l’hypothèse du complot a circulé dans les médias, nous nous sommes sentis soupçonnés. Ça a fait un coup aux gens...»
Au café du village, on évoque un non-dit de cette affaire, soit des parents qui ne surveillaient pas leurs enfants et qui ont laissé partir seuls leurs deux garçons de 4 et 7 ans, avec un chien vif et mal dressé. «Aujourd’hui les parents ont besoin de trouver un coupable pour se déculpabiliser, voilà ce que disent beaucoup de gens ici», raconte un client. Plus petite commune du canton avec ses 112 hectares, Veysonnaz est un village où tout le monde se connaît, se rencontre et cause. Patron de Téléveysonnaz, Jean-Marie Fournier est l’homme à qui rien n’échappe et à qui l’on vient tout raconter. «Si quelqu’un était au courant de quelque chose, après toutes ces années, cela se saurait. En dix ans, je n’ai jamais eu l’ombre d’un doute sur la non-implication de quelqu’un de chez nous. N’empêche que mon bon sens terrien ne croit pas à la version du chien...»
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