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Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 08.02.2012 à 11:13 |
«Vivement le 1er avril.» Au moment d’échanger leurs vœux à Nouvel An, certains ministres vaudois se sont souhaité par SMS d’être déjà au soir du second tour de l’élection au Conseil d’Etat. La messe sera dite, les jeux seront faits et l’on pourra alors recommencer à bosser en toute concorde, en toute amitié: Pascal, Pierre-Yves, Anne-Catherine, Jacqueline, Philippe et les autres, une bande de quadras (pour l’essentiel), devenue maître dans la gestion des conflits ou des divergences comme dans l’accouchement de réformes durables. Alors que le canton frémit de passer durablement, cinq longues années, à gauche (et pas quelques petits mois entre une complémentaire et les élections générales, comme cela est déjà arrivé en 1996-1998 et comme c’est le cas depuis décembre avec l’élection de la Verte Béatrice Métraux), alors que les étatsmajors des partis s’apprêtent à livrer la mère de toutes les batailles pour gagner la majorité à l’exécutif et/ou au Grand Conseil, les principaux héros répugnent à l’empoignade. Comme si les Achille de droite n’avaient pas envie de donner une raclée aux Hector de gauche, et vice versa… Comme si la guerre de Troie ne devait pas avoir lieu… Accord tacite. Un député de gauche met les pieds dans le plat avec humeur: «Il y a une sorte d’accord tacite entre Pascal Broulis et les deux socialistes, Pierre-Yves Maillard et Anne-Catherine Lyon. Il a la couronne, ils ont le pognon (leurs départements pèsent trois quarts du budget cantonal, ndlr). Maillard est déjà l’homme fort du gouvernement, mais de manière latérale, cela ne se voit pas de l’extérieur. Broulis, qui aime plus les mondanités liées à la charge de président, lui préserve ses soirées. Le vrai changement après l’élection au Conseil d’Etat serait que ce bloc se défasse.» La bonne entente entre Broulis et Maillard rend un élu de droite nerveux et impatient: «Ils doivent se battre, donner des coups. A la fin, il n’y aura qu’un gagnant.» Cette non-envie d’en découdre peut donner lieu à des scènes cocasses comme lors de la présentation du bilan du programme de législature, le 23 janvier dernier sur le chantier du bâtiment Géopolitis à l’Université de Lausanne: trois conseillers d’Etat (le président radical Pascal Broulis, la doyenne de fonction du collège, la socialiste Anne-Catherine Lyon, et le libéral Philippe Leuba) quasi interchangeables dans le commentaire du PowerPoint, chacun vantant avec autant de conviction les réalisations de ses collègues que les siennes propres. La rançon du succès. Ce refus de se jeter la vaisselle à la figure n’a pourtant rien de pusillanime. Il est la rançon d’un succès, le retour à une collégialité exemplaire et dynamique depuis dix ans (lire en page 26). Un spectacle à faire pâlir d’envie les Genevois et les Neuchâtelois, lassés par les tiraillements ou les incompétences de leurs gouvernants. De fait, que la majorité du Gouvernement vaudois penche à gauche ou à droite le 1er avril, la manière de fonctionner ne devrait guère changer. «Avant, tout n’était pas impossible, après, tout ne sera pas possible, mais on agira», résume le premier de cordée de la gauche, Pierre-Yves Maillard. D’une majorité de centre droit, on passera à une majorité de centre gauche. Bonjour l’enjeu! Et dire qu’il se trouve au moins cinq autres candidats dits centristes pour vouloir jouer les arbitres entre les deux camps (lire encadré en page 28). Le point de vue tout en prudence de Pierre-Yves Maillard est assez renversant, si l’on songe que le socialiste rêve depuis son entrée en politique il y a quinze ans de conquérir la majorité au Conseil d’Etat. Le chef du Département de la santé et de l’action sociale assure n’avoir renié aucune de ses convictions. Simplement l’âge et l’expérience sont passés par là. Pour ne rien dire d’un certain sens tactique… Ni effrayer ni décevoir. «Ce sera un moment historique, mais ce ne sera pas le grand soir. Si on laisse croire que tout sera bouleversé, on effraie et on prépare les déceptions, dit cet héritier d’une génération qui s’est politisée dans les années 80, alors que François Mitterrand était au pouvoir en France. Il ne faut pas fétichiser la gauche au pouvoir dans les institutions. Ce sont les forces sociales dans leur ensemble, les syndicats, les associations, qui doivent faire évoluer le canton. La responsabilité du changement ne peut pas reposer sur les seules épaules de quelques ministres.» Tout dépendra aussi du rapport des forces au Grand Conseil, très incertain: les partis de gauche espèrent une progression, mais doutent d’emporter l’entier de la mise. En face, Pascal Broulis avoue ne pas redouter une majorité de gauche au Conseil d’Etat pour cinq ans, mais plutôt que celle-ci soit «sous l’emprise du politiquement correct», qu’elle n’assume pas des décisions impopulaires, ou des dossiers difficiles. Le radical pense toutefois que ses collègues n’auront pas à subir ce test, il veut croire que la droite reprendra les commandes, que l’UDC Claude-Alain Voiblet parviendra à s’imposer aux côtés des trois sortants libéraux-radicaux. Il se garde toutefois de préciser qui en ferait les frais. Pour reconquérir la majorité, Voiblet devrait dépasser une des trois femmes colistières de Maillard. Ce qui constituerait une grosse surprise. Celui qui est aussi le secrétaire de l’UDC Vaud a glané peu de voix dans les autres partis de droite lors des élections fédérales. Un scrutin n’est jamais gagné d’avance, mais les rosesverts n’ont jamais été aussi près de réaliser l’exploit de gouverner pour cinq ans le plus grand canton de Suisse romande. Dès lors, si ce ne sera pas le grand soir, si les chefs de département de droite seront traités avec autant d’égards que l’ont été ceux de gauche, qu’est-ce qui changera vraiment? Fluidifier les procédures. Tout d’abord le rythme des décisions. Le président Broulis, par ailleurs également chef du Département des finances, a instauré un processus «chicanier», disent ses collègues (lire en page 28). Les décisions finissent par être prises, mais elles traînent de longs mois durant l’évaluation de leur impact sur le budget ou l’effectif de personnel. Le passage au 4/3 en faveur de la gauche devrait fluidifier les procédures, changer l’état d’esprit. Investissements dopés. Les investissements devraient s’en trouver dopés. Sous la houlette de Pascal Broulis, les finances vaudoises ont non seulement été assainies, mais elles dégagent désormais de copieux excédents. «On pourrait tripler les investissements sans s’endetter d’un franc», constate Pierre-Yves Maillard avant d’égrainer les cibles: le logement, les rabais d’impôts pour les familles de la classe moyenne étranglées par les primes de l’assurance maladie, des allocations familiales plus généreuses… Les secteurs sous-dotés gagneront également des effectifs. On pourra par exemple engager des inspecteurs du travail pour lutter contre le travail au noir. Mais aussi des gendarmes. Les effectifs de ces derniers, contrairement à ceux des enseignants ou des infirmières, ne sont pas indexés sur l’évolution démographique, déplorent les candidats socialistes. Le passage à gauche, une histoire de hausse du potentiomètre? Certaines mesures ne coûteront rien, comme la suppression de l’autorisation pour poser des panneaux solaires. Pierre-Yves Maillard promet aussi plus de clarté dans l’attribution de rabais fiscaux aux entreprises. Les critères liés à l’emploi productif seront fixés, leur application soumise à un contrôle parlementaire. Meilleur employeur. Vaud cherchera aussi à être un meilleur employeur du point de vue des crèches. La loi sur l’accueil de jour des enfants a bel et bien été mise sous toit durant la précédente législature, mais l’Etat a créé peu de places pour les enfants de son personnel. La radicale Jacqueline de Quattro n’a pas pu obtenir les crédits pour en installer une à la gendarmerie. Ce devrait être plus simple avec une majorité de gauche… et surtout une majorité féminine. C’est le point qui rend le sourire aux deux camps opposés: avec l’élection de Nuria Gorrite, les réélections d’Anne-Catherine Lyon, de Jacqueline de Quattro et de Béatrice Métraux, le collège comprendrait quatre élues sur sept. Une première, quinze ans après l’arrivée de la première femme au Conseil d’Etat, la radicale Jacqueline Maurer. A l’époque, en 1997, un challenger quasiment inconnu avait contesté son avènement: un certain Pierre-Yves Maillard, qui s’était fait un nom dans cette première campagne, non sans regretter d’avoir eu l’air de contester la première candidate ayant sérieusement des chances d’accéder au gouvernement.
PIERRE-YVES MAILLARDElu en 2004, chef du Département de la santé et de l'action sociale. Homme fort du gouvernement, le socialiste n’a même pas souffert de l’échec de sa candidature au Conseil fédéral. Son système de prestations complémentaires pour les familles, approuvé par 61% des Vaudois l’an dernier, et le dispositif de formation des jeunes adultes à l’aide sociale (Forjad), conçu avec Anne-Catherine Lyon, inscrivent le canton à la pointe des standards sociaux en Suisse.
PASCAL BROULISElu en 2002, chef du Département des finances et des relations extérieures, président du Conseil d’Etat. En deux législatures, le radical a restauré la crédibilité financière du canton, la dette est assainie, le système de rémunération des collaborateurs a été allégé et modernisé. Le président Broulis est très visible à l’extérieur du collège, très à l’aise dans les relations intercantonales et transfrontalières.
ANNE-CATHERINE LYONElue en 2002, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture. La socialiste a fait approuver par 52% des Vaudois la loi sur l’enseignement obligatoire, un exploit: le système inégalitaire des trois filières est cassé. Elle a aussi mis sur les rails une loi sur les écoles de musique attendue depuis quarante ans, et diminué les effectifs des classes de gymnase.
PHILIPPE LEUBAElu en 2007, chef du Département de l’économie. Le libéral a d’abord dirigé le Département de l’intérieur, réalisant notamment la réforme Codex (réorganisation de la chaîne judiciaire), et le renforcement du dispositif pénitentiaire. En charge de l’économie depuis le début de l’année, il a gardé la supervision du dossier de l’asile.
JACQUELINE DE QUATTROElue en 2007, cheffe du Département de la sécurité et de l’environnement. La radicale a réussi une réforme de l’organisation policière, là où tous ses prédécesseurs s’étaient cassé les dents depuis vingt ans. En matière d’environnement, elle n’a que tardivement bénéficié des crédits qui lui permettront de préparer le canton à l’après-nucléaire.
BEATRICE METRAUXElue en 2011, cheffe du Département de l’intérieur. La Verte, ancienne présidente de la Fédération des sociétés de fonctionnaires vaudois, vient d’entrer en fonctions. C’est à elle qu’il appartient de lancer des impulsions dans le secteur du logement (qui a été rattaché à son département), pour lequel la gauche a de grandes ambitions.
LES AUTRES CANDIDATSC’est un record: 21 candidats s’affronteront lors du premier tour, le 11 mars. La droite aligne les radicaux sortants Pascal Broulis et Jacqueline de Quattro, le libéral sortant Philippe Leuba et l’UDC Claude-Alain Voiblet, secrétaire cantonal de son parti; la gauche, les socialistes Pierre-Yves Maillard et Anne-Catherine Lyon, sortants, et la députée et syndique de Morges Nuria Gorrite, de même que la Verte Béatrice Métraux, élue en décembre. Les partis du centre partent divisés: Emmanuel Gétaz, de Vaud Libre, se présente seul face à une liste à quatre qui réunit le Vert’libéral Patrick Vallat, le PDC Claude Béglé, ancien patron de la Poste, le PBD Martin Chevallaz et l’UDF Maximilien Bernhard. L’extrême gauche propose cinq candidats: Jean-Michel Dolivo, Soufia Fekih, Yvan Luccarini, Julien Sansonnens et Aurélie Wydler. Le Mouvement citoyens vaudois deux: Tiziana Cordani et Roland Villard. Enfin, l’entrepreneur Guillaume Morand se présente sur une liste indépendante baptisée «Parti de rien». Le second tour aura lieu le 1er avril.
LES SEPT SECRETS DU GOUVERNEMENT VAUDOIS
PRINCIPES. Souffrir ensemble crée des liens. L’assainissement des finances cantonales a soudé l’équipe. Qui a inventé un art de gouverner efficace, décortiqué par notre enquête.Harmonieux, soudés comme les doigts de la main. S’il y avait un classement de la collégialité dans les exécutifs romands, le Gouvernement vaudois gagnerait une médaille. Cette performance, jugée impossible il y a quinze ans, repose sur quelques innovations introduites par la Constituante, qui, de 1999 à 2002, a beaucoup cogité sur les racines de la mauvaise gouvernance cantonale. Elle tient également aux qualités des ministres. Depuis 2002, Anne-Catherine Lyon (ancienne députée à la Constituante d’ailleurs) et Pascal Broulis font la paire. Dans leur rôle de moteur du collège, ils ont été rejoints à la fin de 2004 par Pierre-Yves Maillard. Mais, il serait faux de croire que les quatre autres ne jouent que les utilités. Ce gouvernement est un vrai collège de pairs, même si, de l’extérieur, ne semblent émerger que les têtes de Pierre-Yves Maillard et de Pascal Broulis. En dix ans, le Conseil d’Etat a fait passer la dette cantonale de 9 à 2 milliards de francs. Ce dur labeur d’assainissement, de sacrifices douloureux et d’arbitrages subtils, fut une épreuve, dans le huis clos du Château, qui a soudé l’équipe, au-delà des clivages partisans, sans toutefois que ceux-ci soient niés. En septembre dernier le décès de l’UDC Jean-Claude Mermoud a montré la profondeur des liens d’amitié entre collègues. Alors que leurs homologues genevois et neuchâtelois affichent leurs tensions, voici les sept principes qui guident les ministres vaudois. 01 SE METTRE D'ACCORD AU PREALABLE Dès qu’il est installé, le gouvernement a quatre mois pour déposer son programme de législature. L’élaboration de celui-ci, de même que la planification financière qui l’accompagne, déblaie le terrain: on liste le souhaitable, on fixe des priorités, on identifie les probables champs de mines. Ce tri préalable n’est toutefois pas une assurance tous risques. Ce n’est pas parce qu’un objet a été listé dans le programme de législature qu’il passera comme une lettre à la poste. Cette boussole est une innovation voulue par la Constituante pour obliger le gouvernement à anticiper. Pratiquée dès 2002, elle a toutefois pleinement déployé ses vertus pendant la législature 2007-2012. 02 UN ACCOUCHEMENT COLLECTIF Les projets qui déplaisent au collège sont rarement purement et simplement jetés. Quand il n’est pas jugé convaincant, l’ouvrage est remis sur le métier. Pour trouver le bon équilibre, le travail est collectif. Les séances à sept du mercredi sont donc «interminables», soupire un conseiller d’Etat, elles se poursuivent souvent l’après-midi, alors que de nombreux exécutifs bouclent leur travail collégial hebdomadaire à midi. Avantage de cette gestation très participative, le projet est ensuite porté par tous. Que l’objet émane à l’origine de gauche ou de droite ne change rien à l’intensité des interventions des pairs. Anne-Catherine Lyon a souffert lors de l’élaboration de la nouvelle loi sur l’enseignement obligatoire autant que Jacqueline de Quattro avec sa réforme policière. 03 A TROIS C'EST MIEUX Les gros enjeux, comme le développement durable ou les ressources humaines, sont souvent transversaux, comprenez par là qu’ils affectent les services de plusieurs départements. D’autres dossiers sont d’une extrême délicatesse, tels l’asile, la sécurité ou les relations avec les communes. Pour les gérer au mieux et déminer le terrain, le Conseil d’Etat fonctionne dans un premier temps par délégation: trois ministres sont impliqués, cela amplifie l’action. Le gouvernement s’appuie ainsi sur 17 délégations; celles-ci sont bipartisanes, elles comprennent toujours un représentant de la minorité. 04 NE PARTONS PAS FACHES Le sens du «bien commun», un mot que tous les conseillers d’Etat ont désormais à la bouche, n’empêche pas les tensions. D’autant plus douloureusement vécues que les ministres s’apprécient. Quand il sent deux collègues fâchés après une séance houleuse, le président Broulis les appelle par téléphone pour qu’ils se rabibochent. Lui-même, après avoir défendu un dossier et créé une certaine tension, n’hésite pas à aller tendre la main. Chacun dans son rôle, mais on évite soigneusement d’humilier un collègue. 05 LA VERTU DE LA DUREE C’est une autre innovation de la Constituante qui porte ses fruits. Une législature de cinq ans rend une guerre de tranchées usante pour les deux camps qui décideraient de s’affronter. La période est trop étendue pour se disputer à chaque séance. Elle oblige les ministres à se soucier de pouvoir afficher un bilan substantiel à la fin de l’exercice. Les majoritaires font ainsi en sorte que les minoritaires n’aient pas envie de semer la zizanie. Les minoritaires ne font pas outrageusement monter les enchères et évitent les mesures de rétorsion, le blocage de leurs dossiers. 06 PAS DE TAPAGE Avant 2002, les ruptures de collégialité étaient aussi bruyantes que médiatiques. Le Conseil d’Etat a pris soin de les dédramatiser et d’instaurer une gestion publique sereine de ses désaccords. Les communiqués officiels mentionnent désormais les motifs de divergence d’une minorité (pas forcément de gauche d’ailleurs). Du coup, les éclats ont disparu, et la presse s’en est désintéressée. Les ministres de gauche doivent réfléchir pour se souvenir de leurs désaccords tellement profonds avec la droite qu’ils ont voulu le faire savoir. Ah oui, la politique d’asile, la drogue… Quant à la statistique précise de ces prises de distance publiques, personne ne la tient. «Je ne me trompe pas en disant que c’est à peu près deux par année», évalue le chancelier Vincent Grandjean. 07 DES MINORITAIRES RESPECTES A 4 contre 3 depuis 2002, le rapport de force n’a plus la brutalité du 5/2 qui a longtemps marqué la politique vaudoise. «Le gouvernement n’est pas monocolore, il faut respecter les équilibres», affirme Pascal Broulis. D’autant que, avec cinq partis prétendant légitimement au gouvernement (radicaux et libéraux n’ont pas encore fusionné à l’échelon cantonal), le statut de minoritaire ne se joue pas toujours sur l’axe gauche-droite. Des élus de droite peuvent être minorisés par une coalition d’un des leurs avec les trois de gauche. Mais le Gouvernement vaudois décompte rarement les voix, l’essentiel des décisions est entériné par consensus. Sur les plus de 6000 décisions prises par le collège durant la législature, une quarantaine seulement ont fait l’objet d’un vote. «Nous avons été des minoritaires avec influence», soulignent les deux socialistes qui avouent avoir pu réaliser presque toutes les réformes qu’ils souhaitaient. C’est dans les détails, l’intensité du dispositif mis en place, qu’ils ont pu toutefois éprouver de solides frustrations. Une droite durablement minoritaire ne serait pas traitée autrement. Gage de ce respect mutuel, les quatre socialistes et Verts désormais en position de force n’ont pas ravi à Pascal Broulis la présidence du collège.
LE DESTIN DE L'HYPERPRESIDENT
PASCAL BROULIS. Le radical devra-t-il abandonner une fonction qu’il adore? Cinq ans, c’est usant, surtout pour les autres. La gauche hésite.Un scénario court qui en dit long sur la camaraderie qui règne au sein du collège vaudois. Même majoritaire pour les cinq prochaines années, la gauche pourrait laisser à Pascal Broulis son poste de président qu’il chérit tant. La Constitution du 14 avril 2003 a aboli la présidence tournante. Il appartient au seul collège de décider qui sera son primus inter pares. Il n’y a pas de règle, mais en 2007, c’est le meilleur élu du camp majoritaire qui a été choisi. Il faudra donc scruter les résultats des uns et des autres. Si Pierre-Yves Maillard engrange un score canon, comme prix de consolation après son échec dans la course au Conseil fédéral, pourra-t-il se dérober? Pour l’heure, il ne se prononce pas. Anne-Catherine Lyon, qui a déjà présidé en 2005, et qui est la doyenne de fonction du collège, pourrait aussi endosser le rôle. Le hic, c’est que les deux socialistes sont à la tête de départements mammouths (Santé et action sociale pour Maillard, Formation, jeunesse et culture pour Lyon), dont le poids n’est guère compatible avec la charge additionnelle d’une présidence quinquennale. D’où la tentation de la laisser à l’ami Broulis. Ce scénario, qui énerve passablement les militants de gauche avides de symboles, a un défaut. Les autres ministres en ont parfois assez de leur président, présent sur tous les fronts, et qui, surtout, cumule deux autres leviers de pouvoir, les finances et le service du personnel. Une fonction de GO. Quand ils avouent leur lassitude face à leur hyperprésident, ses collègues s’empressent de préciser que «ce n’est rien de personnel contre Pascal», que cinq ans c’est long, quel que soit le titulaire. Mais certains rêvent d’un putsch contre lui-même dans le cas où la droite serait majoritaire. A ce stade du scénario, toutes sortes de sous-variantes s’emmêlent. Si la gauche est majoritaire au Conseil d’Etat mais que le Grand Conseil est nettement resté à droite, Broulis pourrait être une sorte de président ambassadeur, garant de la bonne volonté gouvernementale. La gauche lui laisserait aussi les finances mais lui enlèverait le service du personnel. Comme responsable de ce service clé, le radical se montre tatillon avec ses collègues, souvent exaspérés. Un poste repourvu ou créé constitue une dépense durable. Pascal Broulis y regarde à trois fois avant de céder. «Dans un projet devisé à 100 millions de francs, il a toujours l’intime conviction de pouvoir en économiser 20», explique un collègue. Du point de vue de la maîtrise des coûts, c’est extraordinaire, mais cette méthode de travail, très lente, crée de monstrueux embouteillages, paralysant l’action gouvernementale. Quoi qu’il en soit, la désignation du prochain président promet d’être un moment délicat pour la dynamique de groupe. Un député malicieux relativise toutefois l’importance de la fonction: «C’est un enjeu à l’extérieur, mais à l’interne du gouvernement, ce n’est pas si important, le président a une fonction de GO (gentil organisateur, ndlr).» |









