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HÔTEL Aujourd’hui en travaux, le Bristol date de la grande époque touristique de Finhaut, au début du XXe siècle. La commune souhaite acheter le rez-de-chaussée.
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Jackpot
Ce que Finhaut fait de ses millions

Par Matthieu Ruf - Mis en ligne le 23.02.2011 à 10:45

Le 28 février, le petit village valaisan vote sur l’utilisation de 19 millions de francs issus du renouvellement d’une concession hydraulique. Reportage.

Avec ses six étages et ses balcons en fer forgé, l’hôtel Mont-Fleuri surplombe le village. Dans la pluie fine de l’après-midi, on s’y dirige en se demandant s’il y a là âme qui vive.

«Chambres», annonce simplement une minuscule pancarte sur la porte. On sonne. La jeune employée qui l’ouvre confirme que l’hôtel est ouvert. «Mais en ce moment, il n’y a aucun client. C’est un peu tristounet.»

En hiver, accroché au flanc de la montagne, Finhaut est comme les autres localités de la vallée du Trient, au-dessus de Martigny: très calme, voire désert.

Dans les rues qui joignent l’école à l’église, le magasin Proxi à la petite gare, difficile de croiser quelques-uns des 450 habitants. Difficile aussi d’imaginer l’époque des touristes anglais des années 20 et des 19 hôtels alors en activité.

Aujourd’hui, ils ne sont plus que deux, et ne tournent pas. Le président actuel de la commune aimerait que celle-ci les achète. Et verrait bien le Mont-Fleuri devenir un 4-étoiles attractif, géré par un groupe sis de l’autre côté de la frontière, à Chamonix: Best Mont Blanc, dont Finhaut deviendrait actionnaire à 50%.

C’est beaucoup pour une commune avec un budget de 3,5 millions de francs… jusqu’il y a peu. En 2011, en effet, il est passé à 35 millions. Comme cinq autres communes de la vallée, Finhaut a touché le jackpot du renouvellement de la concession hydraulique du barrage de Barberine (voir ci-dessous).

«Requins». Le matin, avant de monter dans la vallée, on rencontre à Martigny l’homme par qui ces projets arrivent: Pascal May, le président de Finhaut. Membre de la direction de l’entreprise de transports TMR, il reçoit en costume noir au centre de congrès de l’Hôtel du Parc, avant de s’éclipser pour une réunion professionnelle.

Hauts plafonds, logos, sols de marbre: tout contraste dans cet édifice ultramoderne avec la modestie des gens et des constructions que l’on croisera plus tard, dans la montagne.

Pascal May en est convaincu, les investissements qu’il propose aux Fignolins permettraient au village de «passer un cap. C’est une opportunité de relancer un tourisme de qualité. Si on le fait, d’autres croiront à nouveau au développement de Finhaut. Sinon, il sera difficile de maintenir les services tels que la poste et le centre sportif, et cela deviendra une cité-dortoir.»

Le président sait que le vote des citoyens à l’assemblée primaire du 28 février, qui acceptera ou refusera le budget de 19 millions dédié à ces projets, sera serré. Dans son village, les opinions sont tranchées.

Comme celle de ce client au restaurant Le Central, à l’heure du repas de midi, qui lance d’un air amusé à ses convives: «A Finhaut, on hérite de tous les requins du Valais!»

Après un projet de centre thermal à 100 millions dessiné par Christian Constantin, entre-temps abandonné, celui de Best Mont Blanc fait en effet peur à certains: Alain Felley, propriétaire pour moitié du groupe, est l’ancien administrateur du Casino de Saxon.

Quoique blanchi par la justice, il traîne avec lui l’image de l’enquête judiciaire menée autour du montage financier de l’établissement, qui avait dû fermer en 2002.

Cadeau empoisonné. Si le débat est vif, peu d’habitants acceptent de parler à la presse. Dans un village où l’on se connaît, où l’on travaille ensemble, «l’omerta», selon le mot d’un habitant, est palpable.

Certains, tout de même, s’expriment à visage découvert. Genevois d’origine, Richard Baillif vit à Finhaut depuis quinze ans. Chez lui, à quelques minutes à pied du Central, cet architecte à la retraite reçoit en compagnie d’un Fignolin de souche, l’ancien vice-président de la commune, Jean-Marie Lonfat.

Assis à une grande table ronde, il tient un document à la main: «La boîte à idées. Propositions d’habitants de Finhaut.» En avril 2010, les deux hommes et une douzaine d’autres citoyens ont remis ce rapport, qui contient 55 idées de développement, aux autorités communales.

Satisfaits de voir que quelques-unes de ces suggestions ont été reprises dans le budget présenté au début de février, ils voient d’un très mauvais œil l’investissement de 9,5 millions d’euros dans Best Mont Blanc, jugeant le risque de pertes «déraisonnable », notamment à cause du taux de change.

Derrière leur barbe blanche, ils montrent une fougue de jeunes indignés. «On pourrait plutôt investir 3 millions (au lieu de 300 000 francs, ndlr) dans les forces motrices valaisannes, quelque chose de sûr», lance Richard Baillif, et son ami renchérit: «Cela permettrait de mettre de l’argent dans quelque chose qui sert à tout le monde. Ce qui atténuerait les tensions avec la plaine.»

Car, «en bas», nombreux sont ceux, l’Etat du Valais en tête, qui aimeraient que les mannes financières des concessions hydrauliques profitent à tout le canton.

Richard Baillif soupire: «Cet argent est un bienfait, mais aussi un cadeau empoisonné, à cause des convoitises. Il y a un gros problème d’ambiance dans le village, et on souffre d’une mauvaise image.» Une image et un tumulte dont certains, dans la vallée, se passeraient volontiers.


Finances

La poule aux eaux d'or

Les millions La concession des installations hydrauliques de Châtelard-Barberine, qui approvisionnent les trains CFF en électricité, expire en 2017.

Le 4 février, l’ex-régie fédérale signait un nouvel acte de concession valable jusqu’en 2097 avec les six communes concernées par le barrage, qui toucheront en tout 343 millions de francs, de manière échelonnée.

Dans l’immédiat, ce sont surtout Salvan (30,5 millions), Finhaut (26,2 millions) et Trient (13,3 millions) qui touchent le gros lot. Un avant-goût du renouvellement d’autres concessions hydrauliques, bien plus importantes, au cours des prochaines décennies en Valais.

Les projets A Salvan, la rénovation de l’école et des installations touristiques devraient suivre le remboursement des dettes de la commune et une baisse d’impôts déjà décidée.

A Trient, la construction de 4 appartements destinés en priorité aux jeunes est au budget; la présidente aimerait en outre terminer les canalisations et les conduites électriques.

A Finhaut, de nombreux projets sont soumis au vote le 28 février: baisse d’impôts, construction d’un mur de grimpe, encouragement à la construction et la rénovation des bâtiments…

Surtout, dans un budget séparé, les autorités aimeraient prendre 50% des actions de Best Mont Blanc, qui détient 3 hôtels à Chamonix, un investissement de 9,5 millions d’euros.

Pour 4,5 millions de francs, elle aimerait aussi racheter 3 hôtels et restaurants de Finhaut, le rez-de-chaussée de l’hôtel Bristol pour y mettre des locaux administratifs, ainsi que l’Hôtel Suisse, au Châtelard, qui accueillerait un centre de recherche sur les cellules souches dirigé par le docteur Michel Fontaine.





Tags: Finhaut, millions,

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