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Edito
Ce que révèle Wikileaks

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 28.07.2010 à 10:51

La semaine dernière, nous racontions dans ces colonnes l’apparition surprise de Julian Assange, à la Conférence TED Global, à Oxford. Le fondateur du site Wikileaks laissait entendre qu’il préparait un gros coup. Le suspense a pris fin dimanche soir avec la mise en ligne de quelque 92 000 documents classés secrets. Mis en forme, analysés et publiés simultanément par le magazine allemand Der Spiegel, le quotidien britannique The Guardian et le New York Times, ils pourraient contraindre les Etats-Unis et les alliés à revoir leur stratégie dans leur lutte contre le terrorisme.

Ces pièces ne contiennent pourtant pas d’informations radicalement nouvelles, elles ne révèlent rien que les experts ne sachent déjà. Mais elles confirment et rendent plus concrètes les conditions sur le terrain, elles jettent une lumière irréfutable sur la réalité d’une guerre chaque jour plus impopulaire: le double jeu des services secrets pakistanais; la vulnérabilité et les pannes des drones; les méthodes de commando, comme la Task Force 373, dignes du Jack Bauer de 24 heures chrono; l’augmentation des morts civiles; la désaffection, voire la haine de la population locale vis-à-vis des troupes étrangères.

A ceux qui annonçaient le déclin des talibans, ces documents offrent un démenti évident, ils contredisent la propagande du gouvernement Obama, ils rendent difficilement justifiables les 300 milliards de dollars dépensés jusqu’ici. «Ces données apportent la description d’une guerre la plus complète qu’on ait jamais eue pendant un conflit armé, soit à un moment où l’on peut encore influencer positivement le cours des choses, explique Julian Assange. Par son volume et pour les détails qu’il contient, le matériel éclipse tout ce qui a été dit jusqu’à maintenant sur l’Afghanistan. Cela va changer notre manière de voir non seulement cette guerre, mais aussi toutes les guerres modernes.» L’homme n’en fait pas mystère: son combat ne fait que commencer, d’autres coups fumants sont en préparation (lire son interview en page 26).

C’est bien ce qui provoque la panique au sein de l’administration et de l’armée américaines: la fuite de documents classés secrets, leur diffusion immédiate dans le monde entier grâce au web, l’appel implicite à de nouvelles contributions anonymes... Difficile de disqualifier Wikileaks et ses méthodes, après que Julian Assange a passé un accord avec trois journaux prestigieux. Une grande première, cette collaboration de l’activiste rebelle et de grands médias établis qui, s’ils n’ont pas eux-mêmes sorti la matière première du scoop, en ont vérifié l’authenticité, lui ont donné un sens.

Au final, cette affaire révèle surtout l’évolution du rapport des forces entre les Etats et les organisations implantées en plusieurs lieux dans le monde, donc difficilement contrôlables, comme Wikileaks. Une nouvelle constellation dont Julian Assange est l’incarnation spectaculaire. Il le sera davantage encore s’il parvient à infléchir durablement le cours de la guerre en Afghanistan.

Cette affaire nous informe autant sur la guerre en Afghanistan que sur les nouveaux pouvoirs du web.

 




Tags: Wikileaks, Afghanistan, Julian Assange,

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