Le 22 décembre 2012, vous ne serez plus de ce monde. L’avantage, c’est que le film catastrophe de l’Américain Roland Emmerich qui vous prévient, 2012, sort dans une semaine, soit le 11 novembre 2009 – vous aurez ainsi deux longues années pour vous y préparer. Mais vous préparer à quoi, précisément? Autant à une série de séismes dévastateurs qu’à une collision avec une météorite géante, un alignement stellaire fatal, aux influences d’une planète fantôme nommée Nibiru ou à un crash informatique généralisé. Soit autant de théories fumeuses, certaines aussi vieilles que les religions païennes, d’autres quasi contemporaines, alliant 2012 et la fin du monde – théories que cette superproduction hollywoodienne est en passe de ressusciter avec succès.
Principaux responsables – involontaires – de cette paranoïa généralisée: les Mayas, qui auraient relevé que le 21 décembre 2012, et pour la première fois depuis 26 000 ans, le Soleil s’alignerait avec le centre de la galaxie et de la voie lactée. Pour eux, ce phénomène astronomique devait s’accompagner de séismes dévastateurs et décimer la population. C’est même à cette date que s’arrêterait leur calendrier. Serait-ce là le signe de la fin du monde? Les sites et les forums qui discutent autour de cette date sont nombreux, d’autant plus que Nostradamus lui-même aurait cautionné la version Maya de cette fin du monde. Ils augmentent même au fur et à mesure que s’approche la date du 11 novembre – normal, la production du film elle-même s’est attaquée il y a déjà de nombreux mois à une monstrueuse entreprise d’intoxication de la toile, créant des sites pseudoscientifiques alimentant bien entendu les rumeurs.
Sept scénarios. Quant à la manière dont le monde se finira, sept scénarios tournent en boucle de manière récurrente. La théorie d’un alignement galactique fatal, soit une configuration astronomique particulière, a été popularisée en 2002 par John Major Jenkins, écrivain américain passionné par les Mayas. Le transit de Vénus, dans la nuit du 5 au 6 juin 2012, devant le Soleil et non au-dessus ou au-dessous comme c’est le cas le plus souvent, a été annoncé comme perturbateur pour la Terre. Une planète géante appelée Nibiru frôlerait l’orbite terrestre tous les 3600 ans, provoquant tsunamis, séismes, basculement de l’axe des pôles et extinctions massives d’espèces: la menace, théorisée par l’auteur d’origine russe Zecharia Sitchin dans son livre La 12e planète à la fin des années 70, bible du New Age, est reprise par de nombreux adeptes des théories du complot comme l’Américain Marshall Masters, grand défenseur de l’existence de la fameuse Planète aussi dite X. Sont encore souvent évoqués comme scénarios catastrophe: le Soleil en surchauffe, une collision avec un astéroïde géant, une inversion des pôles qui entraînerait la disparition de l’humanité ou, enfin, une expulsion de la Terre de son orbite, la condamnant à errer dans le désert de la galaxie.
Le christianisme, féru d’eschatologie depuis toujours, n’est pas en reste. Les évangéliques adorent évoquer l’Apocalypse et relèvent que des versets du Livre de Daniel font explicitement référence au 21 décembre 2012. Chez les catholiques, c’est du côté des prophéties de Padre Pio que l’on trouve un lien avec 2012: dans les années 50, l’homme aux stigmates, sanctifié en 2002, avait prophétisé des épreuves terribles: «Un grand châtiment se prépare: ce sera effroyable comme jamais depuis la création du monde.» Le 21 décembre 2012 tombant sur un vendredi, certains catholiques évoquent l’idée que le monde vivra en fait de nouvelles Pâques. Le soleil disparaîtra pendant trois jours pour rebriller sur un monde ressuscité, renouvelé par la foi. L’astrologue Elizabeth Teissier ne dit pas autre chose lorsqu’elle nous avertit: «Ça va péter! Si nous ne corrigeons pas le tir ces prochaines années, ce sera la catastrophe. Est-ce pour cela que les Indiens hopis placent la fin du monde en 2012? Il ne tient qu’à nous que ce ne soit pas la fin du monde, mais seulement la fin d’un monde. Mais pour cela, nous avons du pain sur la planche, car il y a vraiment le feu au lac!» A l’instar des Mayas, les Indiens Hopis craignent en effet, eux aussi, un alignement planétaire, le 21 décembre 2012. Ils prévoient la fin d’un monde, pour l’émergence d’un nouveau, qui évoluera dans une dimension spirituelle plus élevée, plus juste.
Le concept est largement en vogue dans la mouvance New Age. La Suisse n’échappe pas aux mouvements extraterrestro-ésotériques qui partagent l’idée d’une ascension spirituelle qui adviendrait ce même 21 décembre 2012, ascension se doublant d’une évacuation de la Terre: aidés par des êtres de lumière, les habitants de la planète bleue, menacée d’extinction, seraient invités à monter sur des vaisseaux spatiaux pour être emmenés vers un ailleurs. La populaire médium romande Cathy Muller a longtemps divulgué des messages à ce propos, messages qu’elle dit avoir reçus d’un dénommé Ashtar Sheran, commandeur de la flotte intergalactique. Cathy Muller explique aujourd’hui que l’évacuation se présentait en fait comme une possibilité parmi d’autres, mais qu’elle ne serait plus à l’ordre du jour. Pourquoi? Parce que le «ciel», explique-t-elle, «est content de nous»...
Et si c’était vrai? Fadaises? Sornettes? Balivernes? Forcément, hélas. «Le web adore la rumeur, explique Dominique Leglu, directrice de la rédaction de Sciences et avenir. Celle de 2012 a pour elle de quoi s’alimenter!» «Cela fait 2000 ans que, en christianisme, on attend la fin du monde à échéance régulière», constate Frédéric Amsler, professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions à l’Université de Lausanne. «On pourra faire tous les calculs qu’on veut pour la fixer à la date que l’on voudra. Ce qui est intéressant, ce sont les raisons pour lesquelles on se livre à de telles mathématiques. Il y a d’abord l’angoisse du temps présent. Marquer le temps permet de lui donner un sens. Et donner un sens à l’Histoire permet de donner un sens à sa vie. La fin du monde viendra punir les méchants et épargnera le petit groupe des justes qui s’est préparé.» Antoon Leon Vollemaere, spécialiste belge des prévisions mayas, est consterné. «Ceux qui connaissent superficiellement le calendrier maya, les adeptes du New Age, les promoteurs malintentionnés qui visent à vendre du papier et des films absurdes, parlent à tort et à travers. Il n’y aura pas d’apocalypse maya en 2012! Après des études de plusieurs années sur les corrélations entre le calendrier maya et notre calendrier julien, j’en suis arrivé à la conclusion que la fin du calendrier maya est déjà passée, peu après la conquête espagnole, le 12 décembre 1546, ce qui a signifié la fin de la civilisation maya. Donc la fin d’un monde, le leur.»
Les scientifiques s’amusent. «C’est fou comme les gens aiment se faire peur!» commente Sylvia Ekström, collaboratrice scientifique à l’observatoire astronomique de l’Université de Genève. «Et avec des arguments qui ne tiennent scientifiquement pas la route. Les planètes rocheuses et les planètes gazeuses ne seront absolument pas alignées le 21 décembre 2012. A cela s’ajoute qu’il n’y a aucune raison qu’une configuration particulière du Soleil par rapport au plan galactique ait la moindre conséquence pour notre planète.» Le renversement des pôles? «Aucune prédiction sérieuse ne prétend qu’une nouvelle inversion aurait lieu en 2012, le processus s’étalant de toute façon sur plusieurs centaines d’années.» Que peut-elle dire de la planète Nibiru? «Pure affabulation!» Maxime Marmier, l’un de ses collaborateurs, relève avoir reçu des appels de quidams effrayés par les propos qui circulent sur 2012. «Il faut répondre à ces élucubrations, sans mettre de l’huile sur le feu.» Ou, comme David Morrison, un des responsables de l’Institut d’astrobiologie de la NASA, mettre en ligne (www.astrobiology.nasa.gov/ask-an-astrobiologist) toutes les questions qu’on lui a posées sur 2012, et ses réponses.
Reste que, pour la psychanalyste Sylvie Le Poulichet, auteure d’Environnement et catastrophe (Mentha, 1991), l’amateur de prédictions apocalyptiques n’envisage jamais sérieusement son propre anéantissement. «D’autant que le futur survivant se divertit à croire que ses ennemis disparaîtront dans la catastrophe. La perspective terrifiante de la fin du monde se transforme alors en victoire du moi, avec la délicieuse sensation de maîtriser la vie et la mort.»
«ÇA VA PÉTER! SI NOUS NE CORRIGEONS PAS LE TIR DES PROCHAINES ANNÉES, CE SERA LA CATASTROPHE.» Elizabeth Teissier, astrologue
«C’EST FOU COMME LES GENS AIMENT SE FAIRE PEUR! ET AVEC DES ARGUMENTS QUI NE TIENNENT PAS LA ROUTE!» Sylvia Ekström, Observatoire astronomique de l’Université de Genève
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