Enseignant à l’Université de Lausanne, l’historien Cédric Humair décrypte les logiques qui sous-tendent la création de l’Etat fédéral. Auteur d’un passionnant ouvrage de vulgarisation sur le sujet (1848, Naissance de la Suisse moderne, Ed. Antipodes, 2009), il revient sur les idées fortes de son travail.
Comment la Suisse s’est-elle inventée une fête nationale?
A la fin du XIXe siècle, on récupère un pacte de 1291, découvert vers 1760, pour en faire le texte fondateur de la Confédération. Avec le 600e anniversaire de celle-ci en 1891, les autorités imaginent une commémoration à titre unique.
Pourquoi?
Avec cette fête nationale, on copie les pays qui nous entourent. C’est intéressant, car le Conseil fédéral réagit à la pression des Suisses de l’étranger qui réclament d’avoir l’équivalent d’un 14 Juillet ou de la Fête du Kaiser. Au final, le 1er Août s’instaure seulement de façon régulière dès 1899.
Ce n’était qu’une fête pour les Suisses de l’étranger?
Non, bien entendu. En 1891, la Suisse se trouve en pleine crise d’identité nationale et elle sort d’une période de marasme économique. Le manque de cohésion nationale est flagrant. De plus, le mouvement ouvrier se structure, des grèves ont lieu. Avec l’invention du 1er Août, les élites jouent sur la fibre nationaliste pour rassembler la population.
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