Une fois encore, l’EPFL se joue des superlatifs. La haute école vient de présenter son nouveau joyau: le Swiss Tech Convention Center. Design ultra-léché et équipements ultramodernes pour ce nouveau centre de congrès d’une capacité maximale de 3000 places, qu’accompagnent une galerie marchande de 2800 m2 et 515 logements pour étudiants.
Ce nouvel apport au campus qui a émergé voici quarante ans d’un champ de betteraves ne sera pas le plus léger. Financé par la Confédération, l’EPFL et le secteur privé, le projet coûte 225 millions de francs, soit le double du Rolex Learning Center. Il sera achevé en automne 2013.
Ce centre rejoint un marché déjà occupé par d’autres complexes: Geneva Palexpo, Beaulieu Lausanne, Montreux Music & Convention Centre (2m2c) et Forum Fribourg. Pourquoi dès lors bâtir un nouveau centre de congrès? L’offre va-t-elle dépasser la demande? Plongée dans la guerre des congrès.
Aujourd’hui, le Rolex Center s’érige en totem architectural, capable de faire rayonner la marque EPFL tout autour du globe. A en croire la présentation de ses concepteurs, le Swiss Tech Convention Center fera de même. «Ce n’est pas un bâtiment quelconque», glisse Patrick Aebischer, président de l’école polytechnique. Au-delà de sa forme épurée, diamantaire, le bâtiment bénéficiera d’outils à la pointe de la technologie. Particularité exceptionnelle, la salle principale sera entièrement modulable.
Son inclinaison comme son nombre de sièges pourront être modifiés à la guise des organisateurs, cela en l’espace de quelques minutes. «Des invités pourront assister à une conférence, assis sur une chaise dans un auditoire. Puis sortir prendre un café, revenir, et voir que le même auditoire s’est transformé en salle de bal», lance Patrick Aebischer.
Cet outil de luxe coûtera près du 10% du budget total, soit 20 millions de francs. Le financement de l’édifice est assuré à travers un partenariat privépublic (PPP), deux fonds du Credit Suisse injectant 225 millions de francs suisses. Malgré le coût des congrès, les propriétaires s’attendent à friser la rentabilité. «Sur l’espace de deux à trois ans, les activités annexes au centre permettront d’assurer 80% du coût», explique Francis-Luc Perret, vice-président de l’EPFL, en charge du projet.
Palexpo menacé? Une fois sorti de terre, le Convention Center pourrait devenir le plus beau palais des congrès de Suisse romande. Sa classe éclipserat- elle Beaulieu et consorts? Pour Francis-Luc Perret, nous n’en sommes pas là: «La nature du centre est tout à fait particulière. Elle répond à un besoin de nos professeurs, chercheurs et étudiants d’organiser des congrès scientifiques.» Des événements qui requièrent des conditionscadres spécifiques et que les salles actuelles n’offrent pas.
Le directeur général de Palexpo, Claude Membrez, ne se sent d’ailleurs pas menacé: «Nous ne sommes pas en concurrence, car la localisation prime sur la qualité de la salle. Et les différents sites de Suisse romande sont très différents.» Malgré sa lourdeur, le cube d’acier de Palexpo a l’avantage de la taille et de l’accessibilité. De même que le 2m2c qui, malgré sa taille plus petite, a la chance de se situer sur un site paradisiaque. «Chacun répond à un besoin particulier» estime Claude Membrez.
«L’EPFL bénéficie de l’engouement de la nouveauté, de la technique. Mais le centre, même s’il est le plus beau de Suisse romande, ne se trouve pas en ville et ne dispose pas de lieux de vie; pas de bar et peu d’hôtels à proximité. Notre centre, lui, dispose en plus de la proximité du lac. Ce sont deux produits différents, confirme Rémy Crégut, directeur général du complexe montreusien. Mais le lancement de ce nouveau site nous incite à remettre en question nos produits et à penser à la rénovation des bâtiments. La peur est de se retrouver en rupture face au centre de conférence du XXIe siècle.»
Dans la pratique, la complémentarité vantée par les discours officiels risque en outre de s’effriter. En août dernier, Palexpo avait «volé» à Beaulieu le salon EPHJ-EPMT/SMT – qui rassemble les fournisseurs de l’horlogerie, de la joaillerie, des microtechnologies et des technologies médicales. «On aura parfois des chevauchements, mais je n’ai pas peur», dit Claude Membrez.
A Lausanne, Béat Kunz, directeur de la société MCH Beaulieu, met l’accent sur les synergies à trouver avec l’EPFL: «Nous nous concentrerons sur les foires et congrès avec expositions. L’école polytechnique plutôt sur les petits événements.» Conscient que cette coordination ne tombera pas du ciel, Béat Kunz rappelle qu’il collabore depuis la première heure avec Isabelle Aubert, future présidente du Convention Center. Au-delà du gentleman’s agreement, l’EPFL va monter un «convention bureau» afin de promouvoir ces synergies. «Le but est d’accorder à chacun les événements les mieux adaptés à son centre», glisse Francis-Luc Perret.
Etranglement hôtelier. Une autre menace plane sur les conférenciers: le manque de lits. La Cité de Calvin connaît déjà le problème: Palexpo a l’obligation de s’accorder avec le Centre international de conférences de Genève – mis à disposition gratuitement aux ONG et organisations internationales – pour éviter la congestion hôtelière. «Entre mai et juin, qui est la saison des conférences internationales, nous sommes forcés d’organiser des événements qui ne requièrent pas de nuitées», explique Claude Membrez.
Avec l’arrivée du Convention Center, les doutes pèsent de même sur les capacités hôtelières de Lausanne. «Il est indispensable d’adapter l’offre», souligne Béat Kunz. Plus optimiste, Jean-Jacques Gauer, directeur du Lausanne Palace, se réjouit de l’ouverture d’un centre qui «attirera les investissements».
Il rappelle également que de nombreux projets doivent encore aboutir, comme l’extension du Mövenpick à Ouchy (+ 330 lits) ou la construction de la tour Taoua, sur le site de Beaulieu (+ 660 lits). De son côté, l’EPFL pense utiliser les chambres vides des étudiants pour loger des invités durant l’été. Autre solution: la construction d’un nouvel établissement. Le site cible serait le toit d’un dépôt de 14 000 m2 des Transports lausannois, qui se trouve à proximité.
Au final, plus que déclencher une guerre impitoyable entre centres des congrès, le Swiss Tech Convention Center devrait contribuer à faire évoluer le secteur. Et si compétition il y a, elle s’annonce plutôt saine. Et permettrait «d’éviter de se retrouver dans des situations de monopole et de renouveler des infrastructures vieillissantes», comme conclut Patrick Aebischer.
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