A la sortie nord de la gare de Renens, les voyageurs ne prêtent pas attention à l’affiche de l’UDC, au-dessus de leur tête, qui met en scène des bottes noires piétinant le drapeau suisse pour dénoncer une «immigration massive». Autour de la gare, des fanions du 1er Août décorent encore les immeubles, à côté des tags juvéniles revendiquant l’identité du «10-20».
Une centaine de nationalités se côtoient dans cette ville de l’agglomération lausannoise longtemps acquise à la gauche ouvrière. «Un carrefour d’idées», indique le slogan de la municipalité. Parmi ses 20 000 habitants, la moitié sont d’origine étrangère.
Pourtant, depuis peu, un sentiment anti-immigration a commencé à envahir la commune. Au comptoir du pub local, le Big Ben, Manu, un Portugais arrivé il y a trente ans en Suisse, en témoigne: «Certains habitants de Renens, intégrés et d’origine étrangère, en ont marre d’être associés aux étrangers posant problème.»
Aux dernières élections communales, l’UDC a obtenu 10 sièges sur les 80 à pourvoir. Autant que les Verts. Un score si inattendu que le parti n’avait pensé à présenter que cinq candidats et a dû en trouver cinq autres, en catastrophe.
João-Batista Domingos, 25 ans, est l’un d’entre eux. «J’aime scandaliser pour transmettre mes idées et ne pas passer sous silence certains maux», lance avec un sourire taquin cet admirateur de l’humoriste Dieudonné.
Angolais réfugié en Suisse depuis 1995, João-Batista rêvait, petit, de devenir président de son pays. Aujourd’hui, il critique la restauration de la place du marché bétonnée, centre de vie où les membres de son parti viennent militer le samedi.
Mais il revient vite à la question des étrangers: «Renens est plus qu’endettée. La commune a beaucoup de problèmes de logement. Nous ne pouvons pas accueillir tout le monde.» En quête de reconnaissance, ce rugbyman sait que son «profil d’ovni politique» peut servir l’UDC: un jeune Noir engagé qui souhaite agir sur le terrain, sans ambition nationale.
Son intérêt pour l’UDC remonte à une rencontre avec le ténor valaisan du parti Oskar Freysinger. «Orphée» – c’est le surnom qu’il se donne depuis qu’il étudie la philosophie et la biologie à l’Université de Lausanne – lui avait écrit son désaccord sur la manière dont était tournée l’initiative anti-minarets. Le politicien l’avait alors invité à Berne pour en discuter. Pendant ce déjeuner, ils s’entendirent sur leurs goûts littéraires.
Alors, lorsque la meilleure amie d’Orphée, sa voisine de 60 ans elle-même conseillère communale, lui propose de participer au «bien public», il accepte, devenant conseiller communal. Il la cite d’ailleurs à tout va pour justifier ses opinions. «Ma meilleure amie soutient l’UDC sans être raciste.»
La campagne contre l’immigration de masse représente, selon lui, la peur de l’étranger davantage que du Noir en tant que tel. «Le communautarisme tue Renens», ajoute-t-il à voix basse en mentionnant ses voisins portugais.
Orphée et Manu ne sont pas des cas isolés. La section locale de l’UDC a elle-même été fondée par le Français Stéphane Montabert en février 2009, deux mois avant sa naturalisation. Cet informaticien s’était encarté au sein du parti national suite à l’éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral en 2007.
Attirer une partie des étrangers représente le nouveau défi de l’UDC, bien au-delà de Renens. Depuis qu’ils ont accès au droit de vote communal, instauré en 2003 dans le canton de Vaud, ces derniers sont devenus un électorat intéressant pour le plus grand parti de Suisse.
En comparant ce phénomène aux prémisses du vote des femmes, Oscar Mazzoleni, politologue à l’Unil et spécialiste de l’UDC, estime que «les étrangers intégrés socialement qui adhèrent à ce parti ne se sentent évidemment pas stigmatisés par les campagnes ciblant certaines catégories d’étrangers que l’UDC juge incapables de mériter leur place en Suisse.»
Leur vote permet en outre à l’UDC de se défaire de l’image xénophobe que ses adversaires lui attribuent. «Cela pourrait même lui attirer un électorat plus modéré au niveau fédéral», conclut Oscar Mazzoleni.
Et pendant ce temps... les autres blogtrotters se racontent sur le blog
Thomas
Martigny : Immersion au FC Sion
Immersion au FC Sion. Thomas a rencontré trois nouveaux joueurs du FC Sion, privés de match depuis le début du championnat. La situation est désormais apaisée. «C’est un vrai soulagement» s’exprime Mario Mutsch, 26 ans, arrivé cet été de Metz. (...) José Gonçalves, quant à lui, est déjà concentré sur le match de ce week-end contre Bâle: «Cette nouvelle est tombée plus vite que prévu. Maintenant, l’objectif est de rapidement se mettre en tête que le championnat est lancé pour nous aussi.»
Raphaël
Bienne : Modèle de bilinguisme
Raphaël a rencontré Lisa et Elise. L’une parle allemand, l’autre français, et elles travaillent ensemble à Bienne. Il recueille leurs témoignages sur cette ville où cohabitent ces deux langues. «En primaire, il y avait deux bâtiments pour les Alémaniques et deux pour les Romands: à la récré c’était la guerre», dit Lisa en rigolant. Pourtant l’expérience n’a pas influencé ses a priori par rapport au français: «A Bienne, ça n’a pas d’importance quelle langue une personne parle.»
Marianne
Seelisberg (UR) : Rencontre avec le Raja de Suisse
En 2005, Félix Kägi voulait raser Genève. De passage à Seelisberg, Marianne a rencontré ce yogi suisse pour parler du monde actuel et de la conscience collective. Elle raconte que, selon lui, la méditation serait la solution de tous les maux. Toutefois, «l’explication magique a tout de même ses limites: pourquoi Kadhafi reste-til insensible à ces bonnes ondes méditatives? “C’est un sale bonhomme, il n’y a rien à faire”, répond le Raja en soupirant.»
Manon
Appenzell (RI) : Entre deux "traditions"
Manon a découvert une tradition commercialisée: «Dans les ruelles appenzelloises, c’est le souk à la suisse: figurines en bois, habits, cloches et colliers pour chien avec vaches dorées.» Mais elle a aussi pu expérimenter une tradition plus authentique durant une soirée rythmée par «les chants traditionnels. Ni une, ni deux, la tablée entière chante en chœur» et déguste les spécialités régionales comme «le ti-bi-ta-bi ou di-bida- bi», café typique d’Appenzell.
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