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Ces Neuchâtelois qui diraient non

Par Daniel Audétat - Mis en ligne le 15.01.2009 à 06:00

Bilatérales. Manifs contre les frontaliers, socialistes contre la libre circulation. Les Neuchâtelois jouent à se faire peur.

Mais où est passée Sylvette après avoir frappé si fort dans les Montagnes neuchâteloises? Fin février 2008, on l’a vue dans les journaux et à la télé, plantée au bord de la route du Col-des-Roches, juste avant la douane. Une vingtaine de personnes entouraient la pasionaria pour soutenir sa protestation. «Les frontaliers volent le travail des Suisses!» Les images de cette manif avaient marqué les esprits. Avec, en arrière-plan, la file des voitures immatriculées en France qui embouteillent Le Locle chaque matin et soir de semaine.
A la veille de la votation sur les accords bilatéraux avec l’Union européenne, qu’advient-il du combat de Sylvette pour un retour à la «préférence nationale»? Jusqu’à l’entrée en vigueur de la libre circulation, en juin 2002, ce principe obligeait les employeurs à «préférer» les candidats suisses aux étrangers. Elle pourrait plastronner, Sylvette... Juste avant les Fêtes, quelques ténors du PS neuchâtelois ont annoncé qu’ils recommandaient de voter «non» le 8 février. «Nous manquons de garanties sur la question cruciale de la sous-enchère salariale», a expliqué Matthieu Béguelin à L’Express. Venant du président des socialistes de la ville de Neuchâtel, l’interview a fait du bruit. Son canton a toujours été le plus europhile du pays. Va-t-il changer de camp?

Foi de syndicaliste. «Sylvette? On n’en a plus entendu parler depuis un bout de temps...» De son histoire, on ne saura guère davantage au siège chaux-de-fonnier du syndicat Unia. Si ce n’est que cette quinquagénaire est arrivée récemment au Locle et qu’elle a vainement cherché un emploi dans les cafés et restaurants. «Mais, pour apprécier la situation neuchâteloise, insiste le secrétaire syndical David Taillard, il faut tenir compte des élections cantonales, toutes proches et très ouvertes.» Lui-même, à 33 ans, espère conserver le 5 avril son siège de député. La campagne des cantonales parasite la votation fédérale. Alors, il n’hésite pas à mettre dans le même sac «tous ceux qui usent de la peur comme d’un instrument politique».
Pourtant, une sainte alliance s’est nouée au Parlement cantonal. Les groupes UDC, radical-libéral et socialiste ont adopté une résolution commune pour les bilatérales. Mais les élections approchent, et certains, tout à droite ou tout à gauche, ont pris le parti du non. «Ils sont tous du Bas, le Littoral neuchâtelois», dénonce David Taillard. Pourquoi? «Parce que dans le Haut, où se concentrent les emplois industriels, les élus savent à quel point notre économie dépend des exportations.»
La révolte de Sylvette illustre un malaise bien réel, convient Pascal Crespin, secrétaire d’Unia en charge du secteur industriel. «Les rumeurs sur les frontaliers sont incessantes.» Dans telle entreprise horlogère, leurs salaires seraient très inférieurs aux minimaux de la convention collective. Dans une autre, les employés domiciliés en Suisse seraient écartés pour laisser la place à des Français. Ceux-là accapareraient les postes de cadres pour se coopter... «Tout a été contrôlé», garantit Pascal Crespin. Résultat? «De rares cas de sous-enchère salariale dans de petites entreprises de sous-traitance non conventionnées.» David Taillard reprend: «Les frontaliers servent de boucs émissaires. Dans le temps, ils roulaient dans des épaves. Aujourd’hui, ils ont de plus belles voitures que nous.» Autrement dit, les Français qui affluent sont en majorité très qualifiés. Très motivés. Et davantage syndiqués que les résidents. Alors, les Suisses précarisés ont l’impression de perdre des privilèges nationaux.
 
Juge en colère. Sous le Mont-Cornu, l’appartement de Raymond Spira surplombe la vallée enneigée de La Chaux-de-Fonds. A 71 ans, cet ancien juge au Tribunal fédéral des assurances à Lucerne n’a rien perdu de sa fougue socialiste et assume avec passion la présidence de la Commission cantonale tripartite chargée de l’observation du marché du travail. Ce matin, Raymond Spira reste remonté par une émission de Temps présent qui, la veille, a montré des chantiers troubles dans le canton de Vaud. «Ces cas extrêmes n’ont rien à voir avec ce que je connais.» Sa commission vient de publier une étude sur l’évolution des salaires entre 2002 et 2006 dans l’horlogerie neuchâteloise qui concentre 40% des emplois industriels du canton: «Malgré une forte augmentation de la main-d’œuvre frontalière, la libre circulation n’a pas entraîné de sous-enchère.» Le juge s’inquiète aussi de la position des socialistes qui ont rallié le camp du refus. «Un tabou est tombé. Désormais, on peut voter contre la voie européenne sans avoir le sentiment de faire le jeu de l’extrême droite.» Contre Sylvette, qui lui a adressé une lettre rageuse, Raymond Spira n’est pas fâché. «Mais sa lutte est d’un autre âge. Grâce aux mesures d’accompagnement, la protection des travailleurs s’est renforcée dans une proportion que la gauche suisse, une des plus faibles d’Europe, n’aurait jamais pu imposer hors du contexte européen.»
 
Les «mais» du POP. Ce jeudi, le président de la Ville du Locle reçoit chez lui, rue du Foyer, juste derrière l’usine Tissot. C’est son jour de garde des enfants. Cela n’empêche pas Denis de la Reussille d’expliquer la position de son parti, le POP, qui, entre «oui mais» et «non mais», a renoncé à un mot d’ordre pour le 8 février. Cela dit, Denis de la Reussille plaide pour le oui. En fait, les Montagnes neuchâteloises sont une région européenne qui se constitue pas à pas. Le flux des frontaliers le démontre. Rien qu’au Locle, ils occupent 33% des emplois industriels. Et comptent pour un quart des recettes fiscales que la commune tire des personnes physiques. Le président se permet une touche de realpolitik: «Pour nous, un frontalier de Morteau (la ville française voisine) est plus rentable qu’un pendulaire de Bienne.» Reste le problème des transports, même si les Français ont fait de gros efforts pour dynamiser la ligne ferroviaire entre Besançon et La Chaux-de-Fonds. C’est comme cela qu’il faut analyser la compréhension des Loclois envers Sylvette, dit Denis de la Reussille, qui l’a reçue plus d’une fois: ses
plaintes ont rejoint celles des habitants qui souffrent des
nuisances provoquées par les innombrables voitures de pendulaires se déplaçant et stationnant dans les quartiers de la cité.
 
Ministre en Europe. Ministre de l’Economie neuchâteloise, le socialiste Bernard Soguel a peu de temps. Ce matin, il part pour Paris. C’est comme ça. Trois ou quatre fois par mois, il va à la rencontre de l’Europe. Là où c’est nécessaire, à Bruxelles, à Rome, mais le plus souvent dans le triangle que forment avec son canton les agglomérations de Besançon, Morteau et Belfort. «Nous devons nous associer à la métropole Rhin-Rhône que projettent nos voisins.» Les Français encouragent cette coopération. Parce qu’ils souffrent trop de l’essor économique qu’ont connu les Montagnes neuchâteloises ces dernières années. Les nouveaux frontaliers qui ont permis aux horlogers suisses de répondre à des carnets de commandes extravagants ont été formés dans des instituts techniques de Lyon, Rouen ou Strasbourg. Tandis que des PME françaises peinaient à embaucher, il a fallu construire pour eux des lotissements, des écoles, des hôpitaux en Franche-Comté. Où le coût de la vie engendré par le niveau de rémunération des frontaliers a provoqué des tensions avec ceux qui n’ont pas la chance de travailler en Suisse. Dans ces conditions, Bernard Soguel l’a bien compris, un non des Suisses aux accords bilatéraux permettrait aux autorités françaises de tenir le couteau par le manche jusque sur le plan régional.
 
Histoire jurassienne. Et Sylvette, dans tout ça? Aux dernières nouvelles, elle a tenté de se reconvertir dans la musique, mais l’affaire a tourné à l’aigre. Alors elle s’en est allée voir ailleurs, usant de cette mobilité qu’elle a tant reprochée aux frontaliers. A La Brasserie, où chaque vendredi se retrouvent des Loclois de tous âges et de toutes conditions, on en rigole gentiment. Et on continue à pester contre ces frontaliers qui encombrent les rues. Mais personne ne se déclare contre les bilatérales. Apparemment, la plupart sont convaincus que l’avenir des Montagnes est européen. Le verdict du 8 février dira ce qu’il en est vraiment.
Quoi qu’il en soit, pour François Thiébaud, patron des montres Tissot, l’unité sans frontière de cette région jurassienne est une réalité historique. Et même physique. Lui, par exemple, a grandi à Besançon.
Au Locle, il parcourt comme une tornade les étages du siège de l’entreprise horlogère pour donner corps à sa démonstration. Parmi ses cadres les plus proches, il compte autant de Francs-Comtois que de Neuchâtelois. Et ses collaborateurs suisses se succèdent pour raconter leurs liens familiaux avec la France voisine. Pour François Thiébaud, le Graal est là: «On ne le dit pas assez. Avant la guerre, ce sont les Suisses qui venaient travailler en France voisine. Nous partageons une même culture, un même savoir-faire, grâce auxquels notre région fera sa place dans le monde.» Parole de Jurassien transfrontalier!



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Réaction de dknapen0
le 19.01.2009 à 09:59
Effectivement l`afflux de frontaliers n`est pas nuisible pour l`emploi dans...
 



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