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Ces personnalités romandes qui ont rêvé devant leur petit écran

Par Sabine Pirolt, Elisabeth Gordon - Mis en ligne le 01.07.2009 à 18:11

Maria Roth-Bernasconi, conseillère nationale (GE)
«Comme nous n’avions pas de télévision, nous sommes allés chez des voisins, à Lucerne. Nous n’avons pas été dormir mais avons fait la fête toute la nuit, avec mes parents et mes deux frères. Mes petites sœurs, elles, dormaient. J’avais 14 ans. Je me souviens d’un bonhomme qui marchait comme sur un coussin gonflable. J’avais un père scientifique et tout ce qui représentait une avancée scientifique était formidable. Ce qui me fascine aujourd’hui, c’est de voir l’univers et de me dire que l’on n’est rien. Cela relativise nos peines et nous rend humbles.»

Christa de Carouge, styliste
«Je suis quelqu’un de très émotif. Lorsque j’ai vu les images – j’avais alors 35 ans et je vivais à Genève avec celui qui est devenu mon ex-mari – j’avais mal partout, tellement les émotions ressenties étaient fortes. J’avais l’impression d’assister à la naissance d’un conte de fées. Comme j’aime tout ce qui est incroyable, j’étais heureuse de participer à quelque chose de si fantastique. Aujourd’hui je me dis qu’avec tout l’argent investi, on aurait mieux fait de réduire la faim et la pauvreté dans le monde. On ne pourra certainement jamais habiter sur la Lune ou sur Mars. Il faut revenir sur Terre et aider les gens qui en ont besoin.»

Claude Nicollier, astronaute
«J’avais 25 ans. Je venais de sortir de l’hôpital, où j’avais été soigné à la suite d’un grave accident de voiture, et j’étais en convalescence chez mes parents, à La Tour-de-Peilz. Le 21 juillet, je suis allé chez ma tante qui avait une télévision noir et blanc et nous avons passé toute la nuit devant le poste. A l’époque, j’étais déjà pilote militaire depuis trois ans et j’avais suivi de près toutes les missions Apollo. Mais là, j’ai été totalement fasciné par l’aventure. Je n’arrivais pas à y croire; nous nous demandions tous: “Est-ce possible?”» Ce ne sont pas ces premiers pas sur la Lune qui m’ont incité à devenir astronaute. C’était un rêve d’enfant depuis que j’avais lu On a marché sur la Lune d’Hergé; mon inspiration a été la fusée à carreaux rouge et blanc de Tintin. En tant que Suisse, je ne pensais pas pouvoir y arriver mais, depuis Spoutnik, je suivais la conquête spatiale avec passion. Apollo 11 m’a fait vivre une nuit incroyable, au sens propre du terme. L’atterrissage des premiers hommes sur la Lune représente un grand bond pour l’humanité, selon la formule de Neil Armstrong. Mais tout est parti du discours de Kennedy, en mai 1961 (lors duquel le président a lancé le programme Apollo, ndlr), qui a représenté un pari formidablement ambitieux. Cela montre que lorsque l’on se fixe un objectif – si possible noble et éthiquement défendable – qui paraît impossible, et que l’on met toute l’énergie, le talent, l’enthousiasme d’une nation à le réaliser, on y parvient. C’est la grande leçon du programme Apollo.»

Gérard Rabaey, cuisinier, triple étoilé Michelin
«Si je n’avais pas été cuisinier, j’aurais aimé être pilote. Tout ce qui vole m’intéresse. J’étais donc très passionné par cet événement. J’avais 21 ans et je travaillais dans un restaurant très connu à l’époque, le Mon Moulin, à 5 kilomètres de Martigny. Mon patron m’avait proposé de regarder la télévision dans son appartement. Je me souviens qu’il faisait très chaud et que l’on ne voyait rien bouger sur le petit écran. Nous avions d’ailleurs peur que la transmission soit coupée à cause d’un problème de satellite. J’avais l’impression d’assister à un très grand moment, un événement d’exception, hors norme, comme il y en a très peu dans la vie d’un homme.»

Pascal Auberson, chanteur et musicien
«J’avais 17 ans et j’étais à Chavornay, chez mon grandpère paysan avec mes parents, mon frère et ma sœur. Il possédait un vieux poste. Nous n’en pouvions plus d’attendre des images qui ne venaient pas. Mon grand-père, un énorme bonhomme, somnolait devant la télévision. Au moment où le commentateur a annoncé les images, la télé a fait “pffff!” et une petite fumée noire en est sortie. Mon père a dit: “Nom de D… on s’en va!” On a tous sauté dans la vieille 2 CV pour partir chez des amis. Il a dit à son père: “François, on t’embarque! Mais mon grand-père a répondu: «De toute façon, ce n’est pas vrai!”»

Bertrand Piccard, aéronaute et président de Solar Impulse
Il est l’un des rares privilégiés à avoir assisté de près, au Centre spatial Kennedy, au départ de la fusée Saturn V. Bertrand Piccard avait alors 11 ans. A l’époque, sa famille vivait en Floride car son père, Jacques, collaborait avec la Nasa et Wernher von Braun avait veillé à ce qu’il puisse assister, en bonne place, au lancement. «C’est incroyable de penser que la veille du jour où il allait réaliser le rêve de sa vie, le patron du programme spatial américain prenait encore le temps de veiller à ce qu’un petit garçon puisse suivre au mieux le décollage.»
Puis vint le jour J. «Nous étions au restaurant lorsque mon père a reçu un appel lui annonçant que la sortie de Neil Armstrong et de Buzz Aldrin était avancée de quelques heures. Nous sommes vite rentrés chez nous et nous nous sommes retrouvés devant le poste de télévision que mon père avait spécialement acheté pour l’occasion.» En regardant la retransmission de ces premiers pas sur la Lune, «j’ai eu le sentiment de vivre l’Histoire de l’intérieur puisque j’avais eu la chance de rencontrer presque tous les astronautes de la Nasa.» Bertrand Piccard reconnaît que les moments qu’il a vécus à Cap Kennedy ont changé sa vie. «A partir de là, je me suis dit qu’il n’y avait plus rien d’impossible et qu’avec un rêve, de la persévérance, de la technologie et une bonne équipe, on pouvait à peu près tout faire.» Sans les missions Apollo, Solar Impulse n’existerait probablement pas.

Jean Studer, conseiller d’Etat (NE)
«Je venais de quitter la période où je voulais devenir cosmonaute. J’avais 12 ans. Alors forcément, j’étais passionné et je connaissais tout sur le sujet. Avec mon frère, qui est plus manuel que moi, j’avais construit une maquette du vaisseau spatial. Nous étions en famille, devant la télévision. J’avais de la peine à voir où était le bonhomme sur l’écran. Je me souviens qu’il est descendu du LEM dans l’angle gauche du poste. L’ambiance? Un sentiment collectif de vivre quelque chose d’extraordinaire et de changer d’ère. Un espace nouveau et infini s’ouvrait. Nous imaginions que dans vingt ans, il serait possible de partir en voyage sur la Lune.»

Jacques Barillon, avocat
«J’avais 18 ans. Comme je suis un grand insomniaque, je n’ai pas eu de peine à faire nuit blanche. J’ai dû réveiller ma mère et ma grand-mère avec lesquelles je vivais. J’en garde des images hallucinantes. C’était un événement venu de nulle part. Aujourd’hui, le monde a changé. Cette magie et l’insouciance qui allait avec ont disparu. Les gens se demandaient alors: “Mes enfants iront-ils sur la Lune?” Aujourd’hui, ils disent: «Vont-ils éviter une pandémie?” L’adolescent que j’étais se disait qu’à cette cadencelà, tout allait se développer très vite et que peut-être, lorsque j’aurais 40 ou 50 ans, la Lune serait une destination de voyage pour les gens qui en ont les moyens.»

Lolita Morena, ex-Miss Suisse
«C’est sur un poste de télévision en noir et blanc que j’ai vu les images. J’avais 8 ans et je me souviens que j’étais dans mon pyjama Calida bleu clair à rayures. J’étais avec ma mère et mon beau-père à Neuchâtel. Tout le monde autour de moi était surexcité. J’avais l’impression que tout cela n’était pas vrai et que je regardais un film. Marcher sur la Lune, nous les enfants, nous ne savions pas vraiment ce que cela représentait. La Lune, c’était cette chose qui brillait dans le ciel et que l’on trouvait dans les contes de fées. Ce que cela a apporté à l’humanité? Je me dis que c’est bien de s’arrêter là. On a déjà tellement massacré la Terre. Alors si l’on peut éviter de saccager d’autres planètes…»

Maria Mettral, comédienne, présentatrice météo
«J’étais en vacances chez ma famille, un village dans les Pouilles. J’avais 9 ans. Mon père et moi – ma mère était restée avec mon petit frère - sommes descendus dans le bistrot au-dessous de l’appartement de ma grandmère, où il y avait la télévision. Je me vois encore, assise sur ses genoux. A mes yeux, ces images, qui sont restées incrustées dans mon cerveau, étaient doublement merveilleuses: d’une part parce qu’à la maison, nous n’avions pas de petit écran et que, d’autre part, cela ne s’était jamais vu, c’était un événement surnaturel. J’ai toujours adoré l’espace, le côté infini, ce que cela entraîne comme imaginaire. Mon rêve le plus fou est de voir la Terre en orbite».




Tags: Témoignages, personnalités romandes, 21 juillet 1969, télévision,

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